BEN HAMICHE Messaoud

Par Daniel Grason

Né le 7 juin 1898 à Djurdjura (département d’Alger), mort à une date inconnue ; conducteur ; antifasciste ; résistant ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Au cours de filatures d’inspecteurs de la BS1 Messaoud Ben Hamiche avait été vu en compagnie de Jean Gilardet, Pierre Bonnot et Henri Guilbert. Le 10 septembre 1942 à 15 heures 30 il était vu avec Guilbert au jardin public de Choisy-le-Roi ; le même jour à 18 heures avec Gilardet à la porte d’Ivry, à 19 heures avec Hippolyte Louis, au terminus de l’autobus 83 à Villejuif, à 20 heures avec Maurice Cardin au café situé à l’angle de l’avenue du Moulin-de-Saquet et de la voie Voiseux. Le 12 septembre à 8 heures 45 il conversait avec Gilardet et Bonnot devant les usines Gnome-et-Rhône à Choisy-le-Roi. Le 18 septembre à 16 heures il était en compagnie de Bonnot à l’arrêt de l’autobus 85 à Thiais, puis à 18 heures 50 avec Bonnot et Hippolyte à l’arrêt du même autobus rue Barbès à Ivry-sur-Seine. Sur sa fiche de filatures, Messaoud Ben Hamiche était décrit ainsi : « 40 ans, 1,68 m, cheveux châtains légèrement ondulés, petite moustache, col dur glacé, veste grise, culotte plus foncée, chemise blanche. »
Le 15 octobre 1942 il avait été remarqué dans le débarras d’un débit de boissons au 28 rue Raspail à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne). Interrogée, la patronne de l’établissement déclara aux policiers : « Le client est resté effectivement quelques minutes dans la pièce dont vous me parlez mais c’était pour examiner mon poste de TSF que j’avais en dépôt. » Mais elle s’était précipitée dans la pièce et chercha à dissimuler un des tracts du parti communiste clandestin qui étaient sur un petit billard. Quatre paquets furent saisis contenant cinq mille tracts.
Interpellé Messaoud Ben Hamiche fut emmené dans les locaux des Brigades spéciales pour y être interrogé. Fouillé il portait sur lui une coupure d’un journal, l’article s’intitulait : « Deux chefs musulmans expliquent leur haine du communisme ». Un inspecteur lui demanda « en quoi cet article pouvait vous intéresser ? », il répondit « Cela m’intéressait car il s’agissait de l’opinion de deux chef musulmans. » Seconde saisie des policiers deux lettres d’un militant communiste emprisonné signé « Jean-Jacques », la réponse fut laconique : « Je ne puis donner aucune explication à ce sujet. »
Un inspecteur voulait connaître les raisons de sa présence sur le lieu de son arrestation, il répondit : « Je ne suis pas venu à cet endroit pour chercher des tracts, c’était uniquement pour vérifier le poste de TSF que j’avais déposé chez madame Guyomard. » Il affirma « Je n’ai jamais appartenu au Parti communiste. »
En octobre 1942 un tract manuscrit intitulé « La Défense » circulait dans la prison de la Santé. Ben Hamiche qui y était emprisonné fut trouvé porteur de lettres dont l’écriture présentait des similitudes avec ce tract. Deux inspecteurs de la BS1 constataient qu’il n’avait « pas été possible d’identifier les détenus dont les prénoms sont cités dans les lettres. »
Il comparut devant la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris le 15 mai 1943, fut condamné à deux ans de prison et 1 200 francs d’amende.
Il était le 12 mai 1944 dans le convoi de 2073 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne), les prisonniers arrivèrent sur place le 14 mai.
Messaoud Ben Hamiche participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient autant d’actes de résistance à la barbarie. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Matricule 49573 Messaoud Ben Hamiche rentra de déportation, il a été homologué au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229103, notice BEN HAMICHE Messaoud par Daniel Grason, version mise en ligne le 10 juin 2020, dernière modification le 28 août 2020.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 68, BA 2056. – Bureau Résistance GR 16 P 47134. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004.

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