SCHMER André [SCHMER Néhémiaz]

Par Claude Pennetier

Né le 18 mai 1927 à Prezmysl (Pologne), mort le 13 avril 2020 ; fraiseur chez SKF à Ivry-sur-Seine (Val-de-Marne) ; résistant MOI-FTP ; militant communiste militant de la mémoire de la Résistance.

Né dans une famille juive qui se réfugia en France en 1928, fils d’un tailleur né en 1897 et d’une mère née en 1903, sans profession, André Schmer avait deux soeurs, Lucie née en 1925, Annette née à Paris en 1929 (elle était donc Française ce qui fut très utile pendant l’Occupation). Son père était membre du Parti communiste en Pologne. Pendant la Première guerre mondiale, l’armée austro-hongroise l’avait mobilisé. Il émigra dans le Nord de la France pour échapper aux persécutions puis il regroupa femme et enfants à Paris.
De 1928 à 1939, la famille habitait impasse Saumon dans le XXe arr. et le père travaillait à domicile. Les enfants fréquentaient les écoles publique de la rue des Cendriers et de la rue Tlemcen ; ils fréquentaient le patronage laïc du XXe. Le père apprenait la grammaire, le français et l’histoire de France pendant que les enfants faisaient leurs devoirs d’écoliers. Selon les souvenirs d’André Schmer : "Le quartier de Ménilmontant était un endroit très populaire de Paris, chrétiens, arabes, juifs, nous vivions en bonne entente, sans aucune marque de racisme ou d’antisémitisme (...) Mon quartier, c’était un pays de gauche". Il fréquentait la Bellevilloise, rue Boyer, et vibrait au soutien de l’Espagne républicaine, collectant vivres et argent pour soutenir la cause.
À la déclaration de guerre, son père, comme le firent beaucoup de communistes étrangers, s’engagea dans l’armée française et rejoignit le 21e régiment de marche étranger. L’enfant assista avec peine au défilé des troupes allemande descendant le boulevard Gambetta vers l’avenue de la République. La famille s’était installée au 31 passage de Ménilmontant dans le XIe arr. Le père, démobilisé, revint dans le foyer mais obtenant de moins en moins de travail, il ne pouvait compter que sur le travail de couturière de la fille aînée. Le jeune garçon, qui refusa toujours de porter l’Étoile jaune, distribua des tracts dénonçant les fascistes qui vendaient le journal Le Pilori. Il militait aux Jeunesses communistes. Repéré, il dut se réfugier un temps en Normandie. Son père avait été averti par un policier du XIe arr. qu’une rafle aurait lieu le 16 juillet 1942 (il fit à ce policier patriote une attestation après-guerre), il n’ouvrit pas lorsque la police frappa puis fit descendre la famille dans la cave et la cacha plusieurs jours avec la complicité du concierge qui apportait les courses.
En septembre 1942, André Schmer quitta ses parents avec des faux-papiers au nom d’Étienne Dumon et gagna Lyon. Il y entra dans les "compagnons de France", groupement de jeunes qui faisaient un service national tout en suivant les règles (uniforme, levée des couleurs, chant ’Maréchal nous voilà’). Il profita de sa position, avec son chef, un jeune belge favorable à la Résistance, pour distribuer des tracts et les jeter à la volée dans les cinéma sà étage. Il se fit arrêter par la police place Bellecourt, mais son chef réussit à le faire passer pour un élément sûr, fidèle au Maréchal et il fut libéré après avoir reçu quelques claques pour "faire circuler le sang" disaient les policiers. Il prit aussitôt le train pour Grenoble où il était attendu par de jeunes résistants ; il travailla comme plongeur dans un restaurant. Ses parents et ses sœurs le rejoignirent et logèrent à Échirolles.
André Schmer participa à un groupe de combattants juifs mais, désireux de se battre plus efficacement, il obtint sa mutation, en janvier 1944, dans le bataillon FTP-MOI Liberté (Carmagnole). Il participa dans ce cadre à de très nombreuses opérations militaires aux Mines de la Mûre, sur la voie ferrée Lyon-Grenoble, en gare de Grenoble, à l’usine Nord-Est à Grenoble, sur la voie ferrée Lyon-Chambéry, à la Centrale électrique de l’usine d’aluminium des Clavaux, à la centrale électrique de Schilienne, aux compresseurs de la Motte d’Aveillons, sur la voie ferrée Culoz-Bellegarde, sur la voie ferrée de Veynes, sur la ligne téléphonique La Mûre-Grenoble, au garage Ricou. À partir de début juillet et jusqu’à la libération de Grenoble les 19-22 août 1944, ses actions touchèrent directement les troupes allemandes. Il fut ensuite envoyé en mission à Villeurbanne (Rhône) et s’illustra sur la barricade Bellecombe où il fit prisonnier deux Allemands, puis se battit à Lyon. Il fut démobilisé en novembre 1944 avec le grade de caporal. Il avait alors 17 ans 1/2.
Revenu à Paris, il accueillit son oncle Jacques revenu de Dachau, mais qui mourut très vite des suites des mauvais traitements. Son cousin Charles et sa tante périrent à Auschwitz.
Naturalisé français en 1948 (il déclarait dans les années 2000 être plus Francais que Français), il se maria le 21 mai 1949 avec Christiane Hann qui, précise-t-il n’était pas juive, et en accord avec elle s’éloigna des métiers traditionnels (tailleur, maroquinier) ; il entra au centre d’apprentissage pour adultes pour devenir fraiseur. Une fille naquit le 4 avril 1950.
Il fit son service militaire d’avril 1951 à février 1952 au 401e régiment anti-aérien, avec le grade de Maréchal des logis.
Il fut secrétaire national de l’Amicale des anciens FTP-MOI du Bataillon Carmagnole-Liberté.
ll travailla comme fraiseur à la SKF d’Ivry-sur-Seine et milita à la CGT. Il s’installa en 1957 à Ivry, avenue Danièle Casanova, avec son épouse Christiane, employée à la Sécurité sociale. Une pleurésie l’obligea à quitter son emploi en juin 1964. Il entra dans la fonction publique et termina sa carrière comme adjoint technique principal à la Mairie d’Ivry-sur-Seine. Il était secrétaire de l’ANACR d’Ivry , vice président de l’ULAC local (anciens combattants) et se consacra à la mémoire de la résistance et de la déportation. Il fut un des fondateurs du Comité Tlemcen, pour rendre hommage aux enfants du XXe arr. disparus en déportation.
Titulaire de la Médaille militaire de la Croix de combattant volontaire, il avait obtenu de la part des autorités soviétiques la Médaille d’honneur des combattants volontaires de la grande guerre. Il reçut la Légion d’honneur en novembre 2014, remise solennellement à Ivry-sur-Seine par le géopolitologue Pascal Boniface, récompense qu’il avait ardemment souhaité et qui parachevait son lien profond avec la France, particulièrement avec la France ouvrière.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229116, notice SCHMER André [SCHMER Néhémiaz] par Claude Pennetier, version mise en ligne le 10 juin 2020, dernière modification le 12 juin 2020.

Par Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Mun. Ivry-sur-Seine (merci à Michèle Rault). — Val-de-Marne, mai-juin 2020. — Sites internet.

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