BOUISSOUNOUSE Janine, Adèle, Joséphine

Par Anne Mathieu

Né le 17 juillet 1903 à Paris (IIIe arr.), morte le 13 septembre 1978 à Provins (Seine-et-Marne) ; journaliste, romancière, essayiste ; compagne de route du parti communiste ; secrétaire générale du Comité National des Ecrivains (CNE) de 1950 à 1953

Janine Bouissounouse naquit à Paris en 1903, de Gaston Eugène Bouissounouse (1876-1915), sableur, et de Louise Adèle Pahin (1878-après 1935, avant 1946), lesquels divorcèrent en 1912.
Elle suivit des études d’histoire et d’histoire de l’art à la Sorbonne, puis à l’École du Louvre.
À la Sorbonne, elle fréquenta les membres du groupe Philosophies, dont Pierre Morhange et Georges Politzer avec lesquels elle devint amie. Amie, également, de Paul Éluard, par l’intermédiaire duquel elle rencontra André Breton.
Ses études terminées, elle fut un temps l’assistante du cinéaste italien Alberto Cavalcanti.

Le cinéma compta d’ailleurs parmi ses principaux centres d’intérêt. Ainsi fut-elle en 1929 secrétaire générale de la Revue du cinéma, dirigée par Robert Aron. Ainsi écrivit-elle en février 1936, un « Coup d’œil sur le cinéma soviétique », dans la revue Pour vous.
L’art, plus globalement, avait son attention. En 1932, elle signa un article intitulé « Les fleurs que nous aimons » dans le « magazine illustré » L’Image, dont le directeur était Roland Dorgelès et le rédacteur en chef Pierre Bonard. En août 1939, un article sur les compositions d’Alice Halicka dans la revue d’art La Renaissance – qui comptait Jean Cassou dans son comité de rédaction.

Janine Bouissounouse eut également une activité de critique littéraire, dans Les Nouvelles littéraires à partir de 1934 et à L’Intransigeant, où elle tint, de façon aléatoire, à partir d’octobre 1935, une partie de la rubrique « Les Lettres ».

Toutefois, son activité journalistique fut mobilisée sur plusieurs autres sujets, comme le montre sa collaboration régulière à L’Intransigeant à partir de 1932. Signalons, par exemple, les séries sur le « Petit tourisme » en avril-juin 1935, « Avec les femmes au pays des Soviets » en janvier 1936 ou « Aux urnes, citoyennes ! » en mars-avril 1936.
Comme le montre, également, ses interviews, dont celle de Mussolini pour un numéro spécial de l’hebdomadaire Vu en 1933.
Comme le montrent, enfin, ses reportages à Marianne à partir de 1934, notamment sur l’Autriche (7 mars 1934 ; illustré de ses propres photographies), ou sur la mafia et Rome (4 avril 1934). Cette même année 1934, elle fut envoyée spéciale du Petit Journal en Tunisie.

Certains des articles susmentionnés peuvent laisser supposer une évolution vers un engagement à gauche. C’est un fait. Un engagement à gauche qui la vit en outre se rapprocher de plus en plus du Parti communiste. En juin 1935, elle participa au Congrès international des écrivains pour la Défense de la culture. En novembre 1935, elle fit un voyage en URSS.
Cet engagement eut bien entendu des conséquences sur les périodiques auxquels elle collabora. Elle publia par exemple dans Vendredi une enquête sur « Le travail à domicile », dont la première partie parut le 23 octobre 1936.
Elle collabora au quotidien communiste Ce soir dès sa création en mars 1937, et ce pour quelques articles sur les femmes. Cette collaboration entérina en quelque sorte son engagement aux côtés du Parti communiste, que l’on peut noter aussi dans sa signature en octobre 1938 à la pétition de soutien à l’écrivain tchèque Karel Capek, pétition à l’initiative de l’Association internationale des écrivains pour la Défense de la culture et des Pen Clubs.
Parallèlement, elle poursuivit des publications romanesques, dont Le Chemin mort en 1938.

Depuis deux ans, son engagement était vécu en commun avec le lieutenant de vaisseau Louis de Villefosse (1900-1984), qu’elle avait épousé à Paris (XVIIIe arrondissement). Celui-ci s’engagea pour la France libre en 1941. Elle travailla quant à elle pour l’éditeur Jean Vigneau, par l’intermédiaire duquel elle fut en relation avec des résistants, celui-ci dirigeant le journal clandestin Pantagruel. Elle côtoya aussi des allemands antinazis, dont un employé comme interprète au Majestic. Ajoutons qu’elle dut cohabiter, dans sa maison familiale de Lonjumeau, avec des officiers allemands.
À la Libération, son nom figura parmi les signataires du célèbre « Manifeste des écrivains » réclamant l’épuration dans le monde des lettres et paru le 9 septembre 1944 dans le premier numéro au grand jour des Lettres françaises.
Le 9 novembre 1944, pour le premier numéro de Gavroche, « Hebdomadaire littéraire, politique, artistique et social », elle fit paraître de nouveau un article sur « Le travail à domicile ». Elle y tint ensuite pour quelque temps la rubrique « Lecture pour tous ». Le 1er juin 1945, elle publia un compte rendu sur La guerre à Paris de Charles Braibant, dans La Nef , dirigé par Robert Aron et Lucie Faure. Et collabora également au journal communiste Action. Dans Regards le 1er août 1945, elle livra un reportage sur « Le Havre dévasté » (Photos Alexis Léveillé).

Son époux siégeant la Commission alliée chargée de veiller à l’exécution des clauses de l’armistice avec l’Italie, le couple décida de s’installer dans ce pays de 1945 à septembre 1947.
Paul Eluard, invité à Rome par l’Unita pour dispenser une conférence, lui présenta Palmiro Togliatti et Pietro Nenni.
En relation avec Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir, elle leur fit rencontrer des intellectuels italiens lorsqu’ils vinrent à Rome à l’été 1946. Elle fut l’une des chevilles ouvrières du numéro des Temps Modernes consacré à l’Italie en 1947 – même si son élaboration fut mouvementée du fait de l’évolution des positions sartriennes par rapport au parti communiste. Elle revint en Italie en avril 1948, pour un reportage sur les élections italiennes pour Libération ; en septembre 1949, pour le congrès international du Pen club.

Elle collabora aux Temps Modernes par d’autres articles, mais cessa d’y écrire à partir de 1950, Maurice Merleau-Ponty lui ayant demandé de choisir entre sa collaboration à la revue et celle aux périodiques communistes.
Outre ceux cités précédemment, Janine Bouissounouse continua en effet sa collaboration à Ce soir, où elle entra même à la rédaction à partir du 28 octobre 1950 comme chroniqueuse cinématographique (elle couvrit par exemple le festival de Cannes en 1951 et 1952) ; et où elle fut, aussi, envoyée spéciale en Tchécoslovaquie en mai 1951. Elle publia dans Europe, en avril 1951, pour un numéro spécial sur la Commune de Paris.

Son activité militante, ébauchée avant-guerre, se poursuivit alors avec plus d’intensité. Elle fut secrétaire du comité français pour un monument à la mémoire des frères Rosselli, comité composé de Julien Benda, Georges Bidault, Léon Blum, Paul Boncour, Claude Bourdet, Marcel Cachin, Jean Cassou, Pierre Cot, Paul Eluard, l’Abbé Gau, Francis Jourdain, Louis Martin-Chauffier, Emmanuel Mounier, Me de Moro-Giafferi, André Philip, Rémy Roure, Jean-Paul Sartre et Vercors (Combat, 2 mai 1949).
Elle fut membre du Comité National des Écrivains (CNE) et en devint secrétaire générale de 1950 à 1953. Elle participa à sa vente annuelle de livres, à ses « bataille du livre » et à son organe Les Lettres françaises. Elle siégea aux Assises de la Paix et de la Liberté en mars 1950, et, en en tant que membre du CNE, fit partie d’une délégation pour la libération de Nazim Hikmet en avril 1950. Elle rédigera plus tard l’introduction à la traduction en français d’un de ses romans.

Signalons qu’elle collabora à la revue Droit et liberté le 1er avril 1953, où elle signa un article commémorant les dix ans de l’insurrection du ghetto de Varsovie. Et aux Cahiers du Sud en 1956.

Cette année 1956, elle rompit avec le Parti communiste suite à l’écrasement de la révolution hongroise. Elle fut l’une des signataires de l’importante pétition « Contre l’intervention soviétique », publiée dans France-Observateur le 8 novembre 1956, aux côtés notamment de Sartre, Beauvoir, son époux Louis de Villefosse et Colette Audry.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229266, notice BOUISSOUNOUSE Janine, Adèle, Joséphine par Anne Mathieu, version mise en ligne le 17 juin 2020, dernière modification le 18 juin 2020.

Par Anne Mathieu

Jeux et Travaux, d’après un livre d’heures du XVe siècle, E. Droz, 1925.
Romans : L’Opérateur, d’après le film de Buster Keaton, Gallimard, 1929 ; Le Chemin mort, Denoël, 1938 ; L’étoile filante, Gallimard, 1940 ; Maison occupée, Gallimard, 1946 ; Natalie, les Editeurs français réunis, 1952
Comédie : Chimène, ou Les Raisins d’avril, comédie en 5 actes, 1950, BnF, Dept Arts et Spectacle.
Essais : Isabelle la Catholique, Comment se fit l’Espagne, Hachette, 1949 ; Dix pour un, Les Editeurs français réunis, 1950 ; La vie privée de Marie Stuart, Hachette, 1953 ; Jeanne et ses juges, Les Éditeurs français réunis, 1955 ; Julie de Lespinasse : ses amitiés, sa passion, Hachette, 1958 ; Condorcet, le philosophe dans la Révolution, Préface de Louis de Villefosse, Hachette, 1962 ; L’opposition à Napoléon (avec Louis de Villefosse), Flammarion, 1969.
Autobiographie : La nuit d’Autun : le temps des illusions, Calmann-Lévy, 1977.
Préface au Journal à Stella de Swift (Traduction de Renée Villoteau, Gallimard, 1939) ; Introduction au Prisonnier d’Ankara de Nazim Hikmet (Traduction d’Ankara Mahbusu, Les éditeurs français réunis, 1957)
Pièces radiophoniques : Chimène, ou Les Raisins d’avril, comédie en 5 actes, Réalisation Alain Barroux, 1958 ; La bataille de l’Encyclopédie, Production Claude Aveline, Réalisation Jacques-Adrien Blondeau, 1960 ; Germinal An II, ou L’Ennemi du peuple, Art et travail, Direction André Delferrière, 1964 ; Abraham Lincoln, pour le centième anniversaire de sa mort, Réalisation Alain Barroux, 1965.

SOURCES : Anne Mathieu, « Un travail au féminin ? Reportages sur les métiers de femmes », https://www.retronews.fr/, 9 avril 2020. — Olivier Forlin, Les Intellectuels français et l’Italie, 1945-1955 : médiation culturelle, engagement et représentations, L’Harmattan, 2006. — Jean-François Sirinelli, Intellectuels et Passions françaises – Manifestes et Pétitions au XXe siècle, Gallimard, « Folio/Histoire », 1990.

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