BAZERQUE Jean-Louis, Joseph, Léon, Dominique, alias « CHARBONNIER », « SANGLIER », « LEBRUN » ; « AIGLE », « LUCIEN », pseudonymes de clandestinité

Par André Balent

Né le 11 mai 1905 à Pau Basses-Pyrénées/Pyrénées-Atlantiques), mort le 13 juin 1944 à Larroque (Haute-Garonne) ; domicilié à Aucamville (Haute-Garonne) ; étudiant en médecine ; militant des Jeunesses socialistes SFIO puis de la SFIO de la Haute-Garonne ; résistant : Combat, Armée secrète ; membre de réseaux (Brutus, Françoise, Dutch-Paris) pour lesquels il fut un organisateur de filières de passage vers l’Espagne ; considéré comme un des passeurs les plus audacieux et méthodique de la Haute-Garonne et de l’Ariège

Jean-Louis Bazerque (1905-1944)
D’après Eychenne op. cit., 1984, p. 123

Jean-Louis Bazerque était le fils de Dominique, Bertrand Bazerque commis principal des contributions directes et de Hélène, Marie Charbonnier sans profession. En 1905, ils étaient respectivement âgés de trente-huit et vingt-six ans. Le patronyme de sa mère fut son principal pseudonyme de clandestinité pendant la Seconde Guerre mondiale.

Par la suite la famille s’installa à Aucamville, commune de la périphérie de la ville, au nord de celle-ci.
Après ses études secondaires, Jean-Louis Bazerque entreprit des études de médecine qu’il négligea, consacrant plutôt son temps à l’activité militante. Avant la guerre, il pratiqua les sports de haute montagne, devenant un « pyrénéiste » confirmé qui apprit à connaître à fond la haute Montagne du Couserans, du Comminges et de la Bigorre. La connaissance de ces massifs orienta, on le comprend, son activité clandestine résistante. Il partageait cette passion avec un autre étudiant en médecine toulousain, Gabriel Nahas, un protestant fils d’un Syrien et d’une Française.

Bazerque adhéra à la résistance organisée d’abord dans le cadre du mouvement Combat en 1942. En 1943, il intégra logiquement l’Armée secrète (AS) avec qui il demeura désormais en contact, « travaillant » sous les ordres du capitaine Gesse (de Saiint-Béat, dans le Comminges). Mais, dès 1942, avec son ami Nahas, il fut un organisateur de filières de passages vers l’Espagne à travers les Pyrénées. Il mit ces filières au service de plusieurs réseaux dont il devint un des agents les plus audacieux : « Brutus » (lié, comme il se doit, au Parti socialiste) ; « Françoise » animé de main de maître depuis Toulouse par Marie-Louise Dussart ; « Dutch-Paris », réseau néerlandais dont il prit en charge le fonctionnement depuis Toulouse. Avec ce dernier réseau qu’il co-dirigea dans sa partie « toulousaine » avec Nahas, il mit au point une filière ferroviaire qui utilisait les contributions bénévoles de « roulants » de la SNCF qui, depuis Toulouse, assuraient le service de trains le plus souvent des trains de marchandises) circulant sur les lignes pyrénéennes de Toulouse à Bagnères-de-Luchon (Haute-Garonne) et de Toulouse à Latour-de-Carol (Pyrénées-Orientales) via la vallée de l’Ariège, avec des gares donnant accès à des vallées secondaires permettant d’atteindre l’Andorre et dont le terminus est à proximité immédiate de la frontière avec l’Espagne. Il mit également en place des filières par les hauts massifs du Couserans et du Comminges débouchant sur le Pallars et le Val d’Aran. Il recruta un réseau de passeurs demeurant le plus souvent dans les vallées ou des villages du piémont pyrénéen, certains bénévoles, d’autres rétribués. Jean-Louis Bazerque paya de sa personne s’occupant personnellement de la partie finale, en partie pédestre, des parcours retenus pour sa filière. Lui-même servit de « guide » de haute montagne pour les fugitifs qu’il avait pris en charge. Un de ses cliants qui conduisit en Espagne par la montagne, Jean Weidner, déclara plus tard qu’ « il fut un guide passeur au mérite exceptionnel » Dans les vallées du Couserans (Ariège occidentale), du Comminges (Haute-Garonne méridionale et pyrénéenne) et de la Barousse (vallée pyrénéenne des Hautes-Pyrénées orientales, limitrophe du Comminges) des hommes — des bergers, des cantonniers, des gardes forestiers — le renseignaient en permanence sur les déplacements des forces d’occupation affectées à la surveillance de la frontière. Il y recruta des agents du passage, bénévoles ou rémunérés. Pour son ami Nahas, il était à la fois « prudent et audacieux ». Sérieux dans ses entreprises, il était aussi « plein de faconde, ayant le goût de la gaudriole ». Son chef de l’AS, le capitaine Gesse, estima qu’il était devenu « l’as des passeurs ». Ayant mis ses filières au service de plusieurs réseaux de passages, on sait, en ce qui concerne le réseau « Françoise », que son animatrice, Marie-Louise Dussard, a produit une liste de trente militaires alliés que « Charbonnier » avait réussi à faire franchir la frontière franco-espagnole. Le réseau Dutch-Paris reçut le renfort d’un important cadre de l’AS de la Haute-Garonne, Albert Lautman qui a collaboré aussi aux activités du réseau Françoise. La filière de Gabriel Nahas et Jean-Louis Bazerque, animée par ce dernier pour les traversées par la haute montagne pyrénéenne, l’était en amont par Jacqueline Hourry qui assurait les liaisons entre Paris et Toulouse. On estime à environ 2000 les personnes qui utilisèrent cette filière. Parmi elles des évadés de France, des Juifs, des militaires alliés (britanniques, canadiens, étatsuniens (150 et plus pour ces trois nationalités), néerlandais, belges ou polonais) désireux de réintégrer leurs postes de combat après avoir été abattus par l’aviation ou la DCA allemandes au -dessus de la France.
À partir d’avril 1943, le redoutable Pierre Marty, intendant régional de police milicien de Montpellier muté à Toulouse, se fixa, entre autres taches, de démanteler les filières regroupées dans et autour du réseau Dutch-Paris. Gabriel Nahas lui échappa de justesse le 28 mai 1944, à la sortie d’un restaurant toulousain. Il rejoignit le maquis de Pol-Roux formé à l’initiative de protestants tarnais dans les monts de Sidobre et de Lacaune (partie orientale, montagneuse du Tarn). L’étau se resserrait autour de « Charbonnier » et de ses hommes, plus actifs que jamais.
En juin 1944, il avait pris en charge trente à quarante candidats au passage vers l’Espagne. Il s’agissait d’un groupe composé essentiellement d’aviateurs, américains, britanniques et néerlandais, parmi lesquels Bram van der Stock qui livra son témoignage. Le groupe comprenait aussi des Français, un Russe et deux femmes, Odette Ernest, Mauricienne, agent du SOE et une infirmière française, Eugénie Roby. Né le 30 octobre 1915 à Pladjoe (Sumatra, Indes néerlandaises/Indonésie), étudiant an médecine, aviateur militaire néerlandais, Van der Stock — il écrivit plus tard un livre de souvenirs en néerlandais, Oorlogsvlieger van Oranje — s’ était engagé ensuite dans la RAF. Abattu il fut fait prisonnier en Allemagne. Évadé de son camp, il fut pris en charge par les filières de Bazerque. Il fut convoyé de Paris à Toulouse par train puis, par une femme du réseau, de Toulouse à Boulogne-sur-Gesse (Haute-Garonne) terminus d’une ligne du réseau d’intérêt local des Chemins de fer du Sud-Ouest. Par cet itinéraire détourné, a priori plus sûr que celui de la vallée de la Garonne, il gagna une ferme à Arbon, près de Vignaut (Haute-Garonne), lieux plus a sud de Larroque et de Boulogne, dans le massif pyrénéen. Bazerque devait les rejoindre en automobile en compagnie de deux de ses passeurs, Joseph Barrère et Pierre Sabadie. Ils apportaient du ravitaillement aux candidats à l’évasion avant d’entreprendre la traversée des Pyrénées. Le 13 juin, alors qu’ils traversaient le centre de Larroque (Haute-Garonne), village du piémont pyrénéen, dans le Comminges, ils furent tués par les Allemands sur le pont sur la Save. Le lendemain le groupe de fugitifs, pris en charge par d’autres guides put franchir les Pyrénées et atteignirent sans encombres le Val d’Aran. Barrère et Sabadie périrent carbonisés dans la voiture qui était tombée dans la rivière. Bazerque qui avait réussi à s’extraire du véhicule fut abattu.
Jean-Louis Bazerque reçut à titre posthume la Medal of Freedom
Un monument érigé à Larroque à l’endroit même du guet-apens qui provoqua la mort de Bazerque, Barrère et Sabadie perpétue le souvenir de leur engagement. Il y a à Aucamville une place Jean-Louis Bazerque. Il y a un dossier non consulté à son nom au SHD, Vincennes, 16 P 40408.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229359, notice BAZERQUE Jean-Louis, Joseph, Léon, Dominique, alias « CHARBONNIER », « SANGLIER », « LEBRUN » ; « AIGLE », « LUCIEN », pseudonymes de clandestinité par André Balent, version mise en ligne le 18 juin 2020, dernière modification le 17 décembre 2021.

Par André Balent

Jean-Louis Bazerque (1905-1944)
D’après Eychenne op. cit., 1984, p. 123
Larroque (Haute-Garonne)
Monument érigé à la mémoire des trois passeurs vers l’Espagne tués par les Allemands le 13 juin 1944
D’après Eychenne, op. cit., 1984, p. 198

SOURCES : Arch. dép. Pyrénées-Atlantiques, état-civil (registre du greffe du tribunal de grande instance de Pau) registre des naissances, Pau, 1903-1906, acte de naissance de Jean-Louis Bazerque. — Jean-Luc E. Carton, So close to Freedom : a World War II Story of Peril and Betrayal in the Pyrenees, Sterling VA, Potomac Books, 2019, p. 138-139, 175,196. (traduction en français de ce livre en 2020). — Émilienne Eychenne, Les montagnards de la liberté. Les passages par l’Ariège et la Haute-Garonne 1939-1945, Toulouse, Milan, 1984, 364 p. [p. 123 (photo), 132, 135,142, 148, 187, 192, 199, 340]. — Michel Goubet, « Bazerque Jean-Louis, (‘‘Charbonnier’’, ‘‘Le sanglier’’) », in La Résistance en Haute-Garonne, CDROM, Paris, AERI (Association pour des études sur la résistance intérieure), 2009. — Site evasioncomete.org consulté le 18 juin 2020, « Personne passée à une autre ligne d’évasion », texte mis en ligne le 19 avril 2019, reprend le récit de l’évasion de Bram van der Stock, son évasion d’Allemagne, son exfiltration de France et son passage des Pyrénées. — Site mémoire des hommes consulté le 10 juin 2020.

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