DARSONVILLE Robert Charles Victor

Par Daniel Grason, Gilles Morin

Né le 14 février 1909 à Montataire (Oise), mort le 7 juin 1991 à Fleury-Mérogis (Essonne) ; cheminot ; militant communiste ; résistant ; déporté à Auschwitz en Pologne puis Buchenwald (Allemagne).

Fils de Victor Arthur, trente-et-un ans, carrier et de Alice née Bérard son épouse, vingt-deux ans, sans profession. Robert Darsonville épousa le 6 août 1932 Marie Louise Mathilde Josèphe Flamont en mairie de Bethansart dans le Pas-de-Calais.
Robert Darsonville vivait 32, route de Paris à Méry-sur-Oise (Seine-et-Oise). Il fut arrêté le 12 février 1944 par six inspecteurs de la BS1. Fouillé, il portait sur lui 40 000 francs appartenant au Front national de lutte pour l’indépendance de la France. Il était le Responsable inter-régional technique pour la Région parisienne pour activité qualifiée de « communo-terroriste » par la police.
Lors de son interrogatoire il a été frappé violemment par deux d’entre eux. Lors de l’établissement des scellés, l’inspecteur B… ne fit figurer la saisie de 4 000 francs. Il resta huit jours dans les locaux des Brigades spéciales, puis conduit dans le quartier allemand de la prison de Fresnes.
Le 27 avril 1944 il était dans le convoi de 1652 hommes à destination d’Auschwitz en Pologne où ils arrivèrent le 30 avril. Le 12 mai, ils étaient 1561 dont Robert Darsonville à quitter ce camp d’extermination pour Buchenwald en Allemagne.
Dans le camp il fit partie du Comité des intérêts français, participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient autant d’actes de résistance à la barbarie. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans son livre 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »
Alors que Robert Darsonville était à Buchenwald, Marcel Valtat vingt-et-un ans, secrétaire au ministère de l’Air qui avait été détenu dans les locaux des Brigades spéciales en même temps que Robert Darsonville témoigna début septembre 1944 devant la commission d’épuration de la police. Il déclara : « Durant la semaine passée aux Brigades spéciales, j’ai vu des camarades frappés à coups de nerf de bœuf, entre autres : Darsonville actuellement déporté et Martin Raymond également déporté. Toute la journée, on entendait les cris de douleur des détenus que l’on martyrisait. »
Le 8 avril 1945 à 21 heures Robert Darsonville était dans l’un des wagons de quatre-vingt hommes évacués de Buchenwald. Il nota les évènements au jour le jour : « Le canon gronde partout… on roule doucement… il fait froid… J’ai un mal de tête fou… […] Je suis malade à crever. Aviation sans relâche. Bombardement d’une ville proche, sans doute Iéna ? Et ça tombe… » Il écrivit le lendemain : « Nous touchons une ration de saucisson. Impossible de se reposer. » Le 11 avril le convoi atteignit la frontière tchécoslovaque « Nous avons faim. » La ration du 12 avril sera maigre : « un quart de soupe et une tartine de pain. » Au fil des jours la même faim tenaille les détenus.
À partir du 22 avril travail sur les voies qui ont été bombardées. Les français ont mauvaise réputation ils ne travaillaient pas assez. Un avion anglais tire sur la locomotive, une action dérisoire… « Et dire qu’il ne déraillera pas, ce p… de convoi ? » nota Darsonville. Une semaine plus tard : « Travail 5 heures 30 jusqu’à midi. Tout est calme. Les lilas sont en fleurs, les montagnes couvertes de neige… Toujours le bruit du canon… Toujours l’aviation ! Je crois que cette fois nous approchons de la fin. De nombreux soldats allemands battent en retraite et font front aux S.S. qui sont livides… mais toujours aussi sauvage. »
« Le 1er mai 1945 : C’est encore un 1er mai de lutte. Car il faut tenir le coup. Une fois de plus, plus rien à manger et il faut travailler. » Le 5 mai « Nous ne voyons plus nos gardiens, mais l’armée allemande qui se replie en se battant. Quelle race de fanatiques !... Tous nos gars vont dans les abris civils : des Françaises et travailleurs libres… Je reste seul avec Kermarrec dans le wagon. Nous avons échappé à la furie des S.S., à la dysenterie, à la faim, et l’artillerie a pris pour cible cette petite gare et le train. »
Du 6 au 9 mai 1945 : « Nous sommes enfin libres !... Alors la grande foire commence… Les Américains sont venus nous voir… Nous apprenons que la France est aux mains des « Rouges » ! La ville de Salzburg est pratiquement détruite… »
« Les soldats américains donnent l’exemple du pillage. Des déportés suivent l’exemple. Pas d’espoir de rapatriement avant quinze jours… Les troupes françaises sont à Berchtesgaden… »
« Le 20 mai nous quittons Salzburg en camion militaire. Direction Strasbourg où nous arrivons le 22 je crois. Centre d’accueil… Formalités impensables. Nous revoici en France !!! »
Robert Darsonville a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), et Déporté interné résistant (DIR).
Son mariage fut dissous par jugement rendu le 17 juillet 1947 par le Tribunal civil de Pontoise. Il se remaria avec Léonie Eugénie Banvier le 14 septembre 1960 en mairie du Ve arrondissement à Paris.
Il mourut le 7 juin 1991 à Fleury-Mérogis (Essonne).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229364, notice DARSONVILLE Robert Charles Victor par Daniel Grason, Gilles Morin, version mise en ligne le 18 juin 2020, dernière modification le 18 juin 2020.

Par Daniel Grason, Gilles Morin

SOURCES : AN. – Arch. PPo. KB 8, GB 147 (fiche). – Bureau Résistance GR 16 P 158421. – Site internet Association française Buchenwald Dora et komandos. – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Les policiers sous l’Occupation, Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, Éd. Perrin, 2001. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil 3E 414/93 acte n° 45. – Site internet Match ID.

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