GHISLAIN Georges, Fery.

Par Francis Drugman - José Gotovitch

Quaregnon (pr. Hainaut, arr. Mons), 8 avril 1909 – Baudour (commune de Saint-Ghislain, pr. Hainaut, arr. Mons), 30 juin 1992. Ouvrier mineur, militant communiste, résistant, conseiller communal de Quaregnon, conseiller provincial du Hainaut, secrétaire fédéral du Parti communiste de Belgique (PCB) du Borinage (pr. Hainaut).

Issu d’une famille ouvrière étiquetée communiste, Georges Ghislain est le fils d’Anthime Ghislain, ouvrier mineur, né et domicilié à Quaregnon, rue du Mayeur Danau (aujourd’hui rue Joseph Wauters), et de Joséphine Maton, sans profession, née à Quaregnon. Il effectue des études primaires complètes à Quaregnon. Son service militaire accompli en 1927 en tant que milicien au 7ème Régiment d’infanterie (1er Bon, 4e Cie), Ghislain entre dans le monde du travail en qualité d’ouvrier mineur aux Charbonnages des Produits à Flénu (aujourd’hui commune de Mons, pr. Hainaut, arr. Mons). Il s’affilie au syndicat socialiste dès 1926, il y restera quatorze ans jusqu’en 1940. En 1931, il demande sa mutation pour le Charbonnage du Rieu du Cœur, au puits n° 2 dit de l’Epette à Quaregnon.

Le 10 octobre 1931, Georges Ghislain épouse à Jemappes (aujourd’hui commune de Mons) Hélène Malengreaux, giletière, née à Jemappes le 3 janvier 1912. Le 26 octobre suivant, le couple s’installe à Jemappes au n° 36 de la rue Lloyd George, qu’il quitte pour se domicilier à Quaregnon le 16 décembre 1932. Un fils y naît le 27 février 1933. Par la suite, le couple divorcera par jugement du 15 février 1951, transcrit sur les registres de l’état civil de Quaregnon le 1er août 1951.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Georges Ghislain est mobilisé le 9 septembre 1939 mais rentre le 22 novembre 1939. Pendant la campagne des dix-huit jours en mai 1940, mitrailleur, il est à l’internement des prisonniers de guerre. À partir de février 1942, à l’instigation d’Aimable Dubois, mineur à Quaregnon, il est intégré dans le réseau de vente et de distribution de la presse clandestine du Parti communiste auquel il adhère en juin. Georges Liénard de Wasmes (aujourd’hui commune de Colfontaine, pr. Hainaut, arr. Mons), responsable fédéral des cadres installe chez Ghislain son lieu de rendez-vous. Ce dernier distribue également la presse du Front de l’indépendance (FI) ainsi que des Comités de lutte syndicale. Il diffuse Le Drapeau rouge, La Voix boraine, L’Unité patriotique, Front, La Mine, L’Usine, Le Métallo, L’Écho du rail, Le Paysan. Georges Ghislain est reconnu résistant par la presse clandestine à la date du 1er juin 1942. Durant cette période, il assure également, via le PCB et le FI, des actions de sabotage. Il intègre dès leur constitution les Milices patriotiques du Borinage, baptisées Corps Francs, qui contribuent à la libération du Borinage. Il y a le grade de commandant de compagnie. Pour ces actes, Ghislain est reconnu résistant armé pour la période du 1er mai 1942 au 14 octobre 1944.

Après la Libération, Georges Ghislain milite au Comité de lutte syndicale (CLS), devenu le Syndicat unique. En novembre 1945, il devient délégué du personnel du puits L’Epette du Rieu du Cœur. Il combat le courant trotskyte qui est dominant.

Après la grève de 1948, Geroges Ghislain est licencié puis subit le boycott patronal dans tous les puits du Centre et du Borinage durant sept mois.
À partir de 1947, c’est un va-et-vient d’embauche : Ghislain travaille pour la SA des Charbonnages unis de l’Ouest de Mons à Dour (pr. Hainaut, arr. Mons), pour la SA du Charbonnage d’Hornu et Wasmes à Wasmes. Il termine sa carrière professionnelle au Levant du Flénu à Cuesmes (aujourd’hui commune de Mons). Georges Ghislain est pensionné mineur invalide en 1949 à l’âge de quarante ans et retraité à soixante ans le 1er mai 1969. Sa mise à la pension en 1949 est le début d’une période durant laquelle il se met à la disposition permanente du PCB.

Lors des élections communales de novembre 1946 à Quaregnon, le PCB est le deuxième parti en voix : il obtient 2.659 suffrages et trois sièges. Georges Ghislain est, avec Georgette Cornez et Victor Daullye, conseiller communal. Par la suite, il participe aux scrutins communaux de 1952, 1958, 1964, 1970 et 1976. Il demeure le chef de file de la liste communiste et conseiller communal jusqu’au 31 décembre 1976, grâce à des scores honorables et un nombre conséquent de voix de préférence. Quaregnon est une forteresse communiste et le demeurera longtemps. Georges Ghislain remplit son mandat de conseiller communal avec dignité. Il combat souvent la façon de penser des autres car ce n’est pas l’homme ou la femme qu’il vise mais ses idées.

Parallèlement, toujours chef de file du PC, Georges Ghislain est élu conseiller provincial du Hainaut, représentant le district de Boussu, avec 263 suffrages nominatifs. Après une éclipse en 1958, il retrouve son siège provincial en mars 1961 avec notamment 360 suffrages nominatifs. Il est porté au Secrétariat du Bureau provincial au gré de ses réélections de 1965 et 1968. En 1971, il n’est pas candidat.

Georges Ghislain joue un rôle important dans son parti. Il commence par placarder des affiches, diffuser des circulaires, vendre la presse communiste (Le Drapeau rouge). Adjoint au responsable syndical de la section en septembre 1944, il est secrétaire d’organisation en janvier 1945, responsable du travail aux entreprises en août 1945 et en 1951 et enfin secrétaire politique de Quaregnon en mai 1946. Il suit l’École fédérale puis en 1946, il est envoyé à l’École centrale du parti.
Entre 1956 et 1961, Georges Ghislain devient une personnalité imposante. Ses efforts, son audace, sa rigueur sont autant de qualités qui jouent en faveur de son élection au Comité central du PCB. Dans le sillage de Joseph Leemans, Ghislain, secrétaire politique, porte-parole de la Fédération boraine du PCB, s’affirme et devient un des leaders communistes dans la région. Il est élu au Secrétariat fédéral. C’est sur proposition du Bureau politique, qu’il est élu par les participants au XIIe Congrès du PCB membre du Comité central.
Georges Ghislain est très actif lors de la grève des mineurs de février 1959 qui a pour origine les premières fermetures des puits, premiers signes du déclin industriel de la Wallonie. Il diffuse des tracts et relance La Voix boraine, pendant du Drapeau rouge. Lors du XIIIe Congrès de Pâques 1960 à Liège (pr. et arr. Liège), il est réélu au Comité central.

S’ouvre alors une période conflictuelle. Dans les années 1960, Georges Ghislain, à la tête de la section de Quaregnon, refuse le tournant politique opéré par le PCB, rallié à l’Union des progressistes (UDP), prônée par le sénateur montois, René Noël*, qui l’applique avec succès dans sa commune de Cuesmes puis à Mons qui l’a englobée. Cette UDP résulte essentiellement d’une alliance avec des chrétiens progressistes et des socialistes dissidents. Lors des élections communales d’octobre 1976, première élection faisant suite à la fusion des communes, Georges Ghislain prend la tête de la fronde qui refuse cette alliance. Il pousse sa section de Quaregnon à déposer sa propre liste du « Parti communiste de Quaregnon » (PCQ). Cette dernière s’oppose à l’UDP conduite par des communistes reconnus, Victor Piérard*, tête de liste, dernier bourgmestre de Wasmuël, commune qui vient de fusionner avec Quaregnon et Jules Vercaigne*, échevin de la même commune, candidat à la 5e place. Ghislain se met ainsi « en dehors du Parti auquel il a consacré toute sa vie ! ». Cette division ne paie pas : Ghislain n’est pas élu malgré ses 598 voix et n’obtient aucun siège. Du côté de la liste UDP de Vercaigne, le score est mitigé. C’est la fin d’une chimère. L’UDP subit une défaite cuisante dans le Grand Mons, formé par la fusion des communes. C’est un échec pour René Noël. La liste PCB à Colfontaine ne gagne que trois sièges.
Esseulé, Georges Ghislain vit ainsi la fin de sa carrière de militant malgré la création d’un nouveau comité composé de jeunes militants du cru (PCQ). Sa seule consolation est sa nomination en 1977 comme « conseiller communal honoraire ».

Lors des élections communales de 1988, Georges Ghislain opère un come-back spontané. Il n’est pas candidat à Quaregnon mais il s’insurge contre la liste du Rassemblement démocratique communal (RD), conduite par l’ancien sénateur et conseiller sortant, Jules Vercaigne, et composée en nombre égal de membres du PCB, du Parti social-chrétien (PSC) et du Parti réformateur libéral (PRL). Il diffuse un imprimé électoral signé de sa main, appelant à voter pour les candidats socialistes. L’antagonisme de 1976 est toujours bien présent. Il reproche à Vercaigne de s’allier avec la droite PSC-PRL et d’avoir installé Victor Piérard, en tête de la liste UDP en 1976 ! Le sursaut de Ghislain est bénéfique pour la majorité socialiste.

À la fin de sa vie, Georges Ghislain noue une idylle avec Aline Augustine Gilbert, née à Wasmuël le 18 octobre 1907, séparée. C’est une copine, militante communiste, présente sur la liste du PC lors des élections communales. Le couple se domicilie dans une coquette maison située au n° 115, rue de la Poudrière à Quaregnon. Aline Gilbert décède en 1989. Titulaire de la médaille civique de première classe pour ses vingt-cinq années de mandat communal, Georges Ghislain meurt à la clinique socialiste Louis Caty (aujourd’hui EPICURA) à Baudour en juin 1992. Ses funérailles ont lieu en l’église Saint-Quentin de Quaregnon le vendredi 3 juillet 1992. Pour l’anecdote et ceci pouvant expliquer cela, lors du vote des comptes des fabriques d’église des trois paroisses de Quaregnon, Ghislain ne votait pas contre mais s’abstenait à chaque exercice.

Le fils de Georges Ghislain, Gérard, cordonnier, célibataire, militant communiste, actif au sein de la Fédération générale du travail de Belgique (syndicat socialiste), figure sur les listes PC de son père à plusieurs reprises. Il meurt le 28 décembre 2003 à Boussu. Ses funérailles se déroulent à l’église Saint-Quentin de Quaregnon le 31 décembre 2003.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229367, notice GHISLAIN Georges, Fery. par Francis Drugman - José Gotovitch, version mise en ligne le 18 juin 2020, dernière modification le 11 janvier 2021.

Par Francis Drugman - José Gotovitch

SOURCES : CArCoB, dossier personnel – Archives communales de Quaregnon, registres de l’état civil et de la population – Archives de la ville de Mons, section de Jemappes, registres de l’état civil et de la population – Archives générales du Royaume, service Archives des Victimes de la Guerre, dossier de reconnaissance nationale au statut de résistant armé établi au nom de GHISLAIN Georges, né le 08/04/1909 (AGR-AVG-PC 611461/15884) – Centre de documentation et d’archives du Musée de la Résistance en Belgique asbl, dossier individuel du Front de l’indépendance n° IV/16400 – Papiers personnels de Francis Drugman – La Louvière, site du Bois-du-Luc, Archives du SAICOM asbl – MAERTEN F., « Du murmure au grondement. La Résistance politique et idéologique dans la province de Hainaut pendant la seconde guerre mondiale (mai 1940-septembre 1944) », dans Analectes d’histoire du Hainaut, t. 7, vol. II, Mons, 1999, p. 471.

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