BALLET René, Georges

Par Alain Dalançon

Né le 16 août 1928 à Saint-Étienne (Loire), mort le 1er janvier 2017 à Vanves (Hauts-de-Seine) ; journaliste, écrivain ; militant communiste.

René Ballet
René Ballet

Son père, Louis, Joseph, André, travaillait à la Compagnie des chemins de fer PLM ; veuf, il s’était remarié avec sa mère (née Jeanne Coupin), modiste. En 1934, il obtint une promotion à Grenoble (Isère) où la famille s’installa.

C’est dans l’ancienne capitale du Dauphiné que René Ballet effectua toute sa scolarité : à l’école primaire Jean-Jaurès d’abord, puis à partir de 1939, au lycée Champollion. La guerre, la défaite, puis l’occupation de la zone sud en 1943, perturbèrent une existence jusque-là insouciante et éveillèrent sa conscience politique, surtout après l’installation des Allemands dans son lycée, contraignant professeurs et élèves à déménager au lycée de filles Stendhal. Suivant son demi-frère, Georges, plus âgé de 10 ans, qui rejoignit un maquis pour échapper au STO, il chercha en 1944 à participer à la Résistance.

Après la Libération, René Ballet termina ses études secondaires. Il adhéra à l’UJRF (Union de la jeunesse républicaine de France) et, en classe de terminale, il eut un professeur d’histoire, militant communiste, Jean Gacon, dont l’enseignement le marqua beaucoup.

Le baccalauréat « philo » en poche, il adhéra au PCF et s’inscrivit à la faculté de droit de Grenoble. Il réussit au concours d’inspecteur-élève des Contributions directes et passa deux ans à Paris à l’École des contributions. Durant cette période, lors de la manifestation parisienne du 24 janvier 1951 contre la guerre de Corée, il fut arrêté et signalé à son administration des Finances.

Il épousa le 12 juillet 1951, Simone Perrier qu’il avait connue auparavant à l’UJRF, fille d’un professeur, militant syndicaliste du SNES, Charles Perrier et d’une institutrice.

Le jeune couple résida à Lyon où René Ballet avait été nommé contrôleur, et où il termina sa licence en droit tandis que son épouse s’inscrivit à la faculté de droit. Il effectua son service militaire en 1953 au 4e régiment du génie à Grenoble. Peu passionné par le travail dans les Finances où il se sentait brimé et ne se voyait pas d’avenir, René Ballet démissionna et le couple partit dans une petite commune de l’Isère, Pact, où, à partir d’octobre 1956, ils furent instituteurs suppléants, et lui, en outre, secrétaire de mairie.

Il commença à collaborer au journal communiste Les Allobroges. Par cet intermédiaire il rencontra Roger Vailland, prix Goncourt 1957, qui s’était désencarté du PCF. Le couple Ballet se lia d’amitié avec l’écrivain et sa femme Élisabeth, qui habitaient à Meillonnas, petit village de l’Ain, voisin de Bourg-en-Bresse où vivaient toujours les grands-parents Perrier.

René Ballet fit lire l’un de ses manuscrits de roman, Échec et mat, à Vailland : il lui conseilla de le présenter aux éditions Gallimard qui le publièrent en juin 1960. Puis le même éditeur publia coup sur coup deux autres de ses livres : Les jours commencent à l’aube (juin 1961), et L’inutile retour (septembre 1962).

Le couple s’installa en 1961 à Paris, où Simone Ballet termina ses études en économie et en droit, tout en étant institutrice titulaire. Après un détachement à la radio-télévision scolaire, elle réussit au CAPET et devint à partir de 1971 professeure certifiée de sciences et techniques économiques au lycée Prévert à Boulogne-Billancourt (Hauts-de-Seine), puis, après la soutenance en 1978 d’une thèse de droit sur « Les conflits juridiques entre syndicats », elle enseigna le droit du travail et l’économie générale à l’IUT rattaché à l’université Paris V René Descartes, et termina sa carrière en 1995 au grade d’agrégé obtenu en 1990 par promotion interne.

De son côté, René Ballet, devenu journaliste de terrain à temps plein, travailla d’abord dans la presse automobile, puis comme rédacteur en chef de Constellation, devenue une revue généraliste. En raison de difficultés financières, la revue fusionna avec Lectures pour tous en 1971. Il la quitta alors pour un poste à la direction des relations extérieures du groupe Fiat, de 1971 à 1978.

Avant de quitter la Fiat, à l’automne 1978, il profita d’un voyage dans le Chili de Pinochet, pour écrire un reportage publié ensuite par l’Humanité, qui lui inspira en 2002, le roman Retour à Santopal, dans lequel il se livrait à l’autopsie de la société chilienne à travers l’histoire d’un gamin des bidonvilles.

Il travailla ensuite comme grand reporter à l’Humanité et l’Humanité-Dimanche. Il réalisa des reportages en France, en Europe et un peu partout dans le monde. Il défendit toujours sa conception du reportage, « forcer les frontières de l’interdit » : « clandestin dans le Chili de Pinochet et chez les tontons macoutes de Haïti ; fuyant les fastes officiels de la Tchécoslovaquie communiste pour rencontrer Hrabal-le-récalcitrant ; révélant comment le maire communiste de Naples dut organiser un sabotage pour faire respecter la loi, comment le peintre mexicain Siqueiros réalisa son œuvre monumentale en prison, comment l’affrontement entre Ferrari-le-despote et les ouvriers rebelles de l’Émilie rouge donna les plus belles voitures du monde… »

À la suite de la disparition des éditions Messidor, il participa en 1993, avec une trentaine d’autres auteurs, à la création des éditions « Le Temps des cerises », et devint rédacteur en chef de La Revue Commune, de 1996 à 2011.

René Ballet resta toujours attaché à son amitié avec Roger Vailland et son épouse Élisabeth. Il se consacra à faire connaître la richesse de l’œuvre de l’écrivain (préfaces des éditions de l’œuvre journalistique (Messidor), présentation de l’œuvre romanesque (Livre Club Diderot), articles parus notamment dans les Cahiers Roger Vailland, participation à des émissions de télévision) et fut membre cofondateur de l’association « Les Amis de Roger Vailland » en 1994. Il participa à l’organisation des « Rencontres Roger Vailland » tenues chaque année après 1995, à Bourg-en-Bresse.
Fidèle à cette amitié, il le fut aussi à sa ligne de conduite révolutionnaire visant à renverser l’ordre établi. Il concluait dans une interview : « Reste le plus important : écrire pour déranger ses amis. Le plus difficile aussi ; c’est si commode des amis bien rangés et bien arrangeants. »

Après son décès, deux articles parus dans l’Humanité du 3 janvier 2017, lui rendirent hommage, en particulier sous la plume de Pierre Chaillan qui, sous le titre « Une vie dans le droit fil de Roger Vailland », évoquait « Le grand homme de littérature […] communiste indéfectible [qui] formait avec son épouse un couple d’une grande élégance, que l’on croisait dans tous les événements militants, à la Fête de l’Humanité, partout où l’écrit politique pouvait être présent ou représenté. »

Le fonds littéraire René Ballet a été déposé par sa veuve à la médiathèque Vailland de Bourg-en-Bresse.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229600, notice BALLET René, Georges par Alain Dalançon, version mise en ligne le 25 juin 2020, dernière modification le 14 septembre 2020.

Par Alain Dalançon

René Ballet
René Ballet
Avec son épouse à Paris dans les années 1960

ŒUVRE : Le fichier de la BNF comprenait 39 références en 2020 : 14 romans (dont L’organidrame, Messidor, nominé pour le Goncourt (1986), Des usines et des hommes, Messidor (1987)), 3 scénarios, des essais, pamphlets, recueils de nouvelles…

SOURCES : Articles de l’Humanité et de l’Humanité-Dimanche. — Site de l’association « Les Amis de Roger Vailland ». — Site internet de l’intéressé. — René Ballet, Reporter de l’interdit, Le temps des cerises, 2004. — Renseignements fournis par son épouse.

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