ARGIOLAS Jean-Marie

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 8 janvier 1924 à Marseille (Bouches-du-Rhône), mort le 2 avril 2020 à Salon-de-Provence (Bouches-du-Rhône) ; successivement charpentier en fer, docker, manœuvre, facteur, charpentier en bois, boiseur et employé de la SNCF ; militant communiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), d’Istres (BdR), de Montélimar (Drôme) et de Miramas (BdR) ; membre des Francs-Tireurs et Partisans Français, puis engagé dans l’armée de Libération ; trésorier de la section PCF de Miramas ; syndicaliste CGT, trésorier du syndicat des cheminots de Miramas ; militant du Mouvement de la Paix.

Vente de masse de <em>L’Avant-garde</em>
Vente de masse de L’Avant-garde
Quartier de la Lèque, Port-de-Bouc, juin 1947. Jean-Marie Argiolas est debout au milieu.

Jean-Marie Argiolas était un fils d’immigrés sardes qui s’étaient rencontrés à L’Estaque (Marseille) au début des années 1920. Son père, Angelo Argiolas, né à Oniferi (Italie), était un militant communiste qui travailla en France comme docker et manœuvre. Sa mère, Battistina Cesaraccio, était au moins sympathisante communiste. Née à Busachi (Italie), elle fut successivement cantinière et femme de ménage.
Jean-Marie fut le deuxième d’une fratrie de quatre enfants, qui furent tous membres du PCF. Nés italiens, ils firent l’objet d’une naturalisation collective en mars 1937. L’aîné, Paul Argiolas, né en 1922, fut notamment docker et journaliste. La troisième, Pascaline Argiolas, née en 1926, fut employée municipale. La plus jeune, Élisabeth Argiolas, née en 1930, fut employée aux PTT avant d’être femme au foyer.
La famille Argiolas vécut d’abord à L’Estaque, où naquirent les deux garçons, puis elle déménagea à Port-de-Bouc, dans le quartier de la Tranchée avant la naissance de leur troisième enfant, et enfin dans celui des Comtes après la naissance de la dernière.

Jean-Marie Argiolas exerça son premier emploi officiel à quatorze ans comme charpentier en fer aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc. Il y resta deux ans, de septembre 1938 à fin décembre 1940. Entre-temps avait eu lieu la débâcle de l’armée française face à l’Allemagne et la police de Vichy recherchait à Port-de-Bouc les militants communistes qui s’étaient fait remarquer avant la guerre. Le domicile des Argiolas fut alors perquisitionné.
De mars à août 1941, Jean-Marie travailla comme ouvrier du BTP pour la Société régionale du bâtiment de Port-de-Bouc, une entreprise qui l’embaucha à plusieurs reprises durant la guerre. Son embauche est certifiée par une attestation sur l’honneur signée par deux collègues communistes : Pierre Santoru et Émile Giorgetti.
De septembre 1941 à juin 1942, il fut docker par intermittence pour les ports de Marseille, qui avaient étendu leur activité à la zone de Caronte (commune de Martigues) et Port-de-Bouc.
Comme il y avait les restrictions et six bouches à nourrir chez lui, il dérobait quand il le pouvait des denrées alimentaires là où il travaillait. Sa sœur Élisabeth se rappelait encore en 2020 les sacs de cacahuètes que sa mère et elle devaient se presser de cuisiner pour éviter d’être dénoncées à la police de Vichy.
De l’été 1942 à l’automne 1944, Jean-Marie enchaîna plusieurs emplois d’ouvrier du BTP à la Société régionale du bâtiment, de manœuvre à l’usine Kuhlmann de Port-de-Bouc et de docker au port de Caronte. Dans les périodes où il était docker, il faisait de petits paquets de denrées de première nécessité (comme du sucre et de la farine) qu’il jetait par-dessus la barrière et allait récupérer le soir.
En novembre 1942, les troupes allemandes ayant franchi la ligne de démarcation, elles défilèrent dans Port-de-Bouc.

Il s’engagea dans les Francs-Tireurs et Partisans en juin 1943, comme le suggèrent un « diplôme » de FTPF à son nom [validé par Charles Tillon et l’Association nationale des anciens FTPF] ainsi qu’un « certificat de service dans les Forces Françaises de l’Intérieur » [signé par le lieutenant Vial à Chanzy (Sidi Bel Abbès) en octobre 1945]. Ce dernier document date l’engagement d’Argiolas au 1er juin 1943, les FTP ayant été par la suite intégrés au sein des FFI. Il avait suivi le même cheminement que Paul, son frère aîné, sans avoir pour autant ses responsabilités politiques.
Les Allemands avaient installé à Port-de-Bouc une batterie de tir à proximité de leur maison. Leur présence y était donc permanente. De plus, aux dires d’Élisabeth Argiolas, leurs propriétaires ne cachaient pas leurs sympathies fascistes.
La nuit, les avions alliés mitraillaient régulièrement pour tenter d’atteindre les positions allemandes. Réveillés par les sirènes ou les coups de feu, la famille allait se réfugier dans l’abri qu’Angelo Argiolas avait creusé dans le sol du jardin. C’est dans cette atmosphère de grande tension que les deux frères tentaient d’agir sans se faire remarquer des autorités ni des voisins. Ils s’isolaient dans le poulailler de leurs parents, à la grande frayeur de leur mère. C’est là que Paul Argiolas aurait produit les tracts ou papillons que le Parti communiste clandestin l’avait chargé de réaliser, tandis que Jean-Marie y aurait caché des explosifs. A un moment, Paul dut quitter la maison pour éviter d’être pris. Il trouva temporairement refuge chez un cheminot, Marius Tassy, membre du PCF clandestin depuis 1942.

Selon le récit que fit le résistant socialiste Joseph Brando de la période de l’Occupation à Port-de-Bouc, les résistants plus âgés auraient conseillé aux plus jeunes de s’engager dans l’armée pour mener la libération du pays à son terme. Il nomme les frères Argiolas parmi ceux qu’on encouragea dans ce sens.
L’état signalétique de Jean-Marie précise qu’il s’engagea le 24 août 1944 dans le 3e régiment Rhône et Durance basé à Arles. Mise à part la présence de son frère Paul Argiolas, il faut mentionner celle d’Antoine Santoru*, autre jeune militant port-de-boucain, ami de Jean-Marie, qui se fit le témoin de cette période à travers plusieurs livres (sous la plume de Roland Joly).
Cantonnés dans la caserne d’Arles, les jeunes hommes, équipés d’uniformes et de matériel datant de la Première guerre mondiale, étaient impatients d’être envoyés en Allemagne à la poursuite de l’armée occupante. Après plusieurs semaines d’attente ils organisèrent des manifestations sur le boulevard des Lices au cri de : "Les FFI à Berlin !" (cité par Joly/Santoru).
L’armée était alors en pleine recomposition. Jean-Marie passa successivement au 3e bataillon de sécurité en octobre 1944, puis au 2/8e zouaves en février 1945. Antoine Santoru raconta comment les hommes furent embarqués sur le torpilleur Le Gloire suite à des émeutes en Algérie. Débarqués à Oran, ils furent cantonnés à la caserne d’Eckmühl en mai 1945, puis à Arzeu (aujourd’hui Arzew) le mois suivant. On leur ordonna de surveiller le camp de prisonniers de Bossuet, où étaient emprisonnés "de nombreux syndicalistes et progressistes algériens". Néanmoins les soldats, pour la plupart des FTP et FFI syndicalistes et communistes, refusèrent de surveiller un camp de prisonniers politiques. Au nombre des détenus du camp il y eut le communiste Louis Cote, conseiller municipal de Miramas sous le Front populaire, interné sous Vichy. [Vingt ans plus tard, la femme de Jean-Marie Argiolas sera candidate sur la liste menée par Louis Cote aux élections municipales.]
Pour sanctionner la désobéissance des soldats, on les consigna plus de quinze jours sous des marabouts en plein soleil, avec des provisions d’eau et de nourriture réduites (Joly/Santoru). Jean-Marie Argiolas fut démobilisé le 23 novembre 1945.

L’après-guerre le vit s’investir avec enthousiasme dans l’Union des Jeunesses Républicaines de France (UJRF) de Port-de-Bouc, dans laquelle son frère Paul Argiolas avait des responsabilités. Le mouvement se battait entre autres pour la réduction de l’âge du droit de vote et de l’éligibilité, contre l’abattement des salaires des mineurs et contre la guerre d’Indochine. Jean-Marie participa activement aux ventes de masse de L’Avant-garde, le journal de l’organisation, pendant plusieurs années. En récompense pour son engagement on lui offrit une collection de numéros rassemblés dans une grande reliure rouge.
L’Union des Jeunes Filles de France (UJFF) attira un grand nombre de Port-de-boucaines de l’UJRF : elles pouvaient y traiter de questions concernant les femmes. Plusieurs cercles furent créés dans la ville. Pascaline Argiolas avait des responsabilités dans l’un d’entre eux.
C’est à l’UJRF que Jean-Marie fit la connaissance de Paulette Tassy, la fille du cheminot qui avait caché son frère Paul pendant la guerre. Emportés par l’exaltation qui traversa les organisations communistes au début de la Guerre froide, ils participèrent à l’extérieur des Bouches-du-Rhône à plusieurs rencontres de jeunes militants, comme le IIe congrès de l’UJRF à Lyon (Rhône) en mai 1948 – avec Antoine Santoru* - et une rencontre internationale de jeunes contre l’arme atomique à Nice (Alpes-Maritimes) en août 1950.

Au niveau professionnel, il continua à enchaîner des contrats brefs de 1945 à 1950 : docker pour les ports de Marseille, manœuvre pour la Société Baudet, Donon et Roussel (qui construisait des ponts), ouvrier de BTP pour la Société régionale du bâtiment, facteur pour les PTT.
De 1950 à 1952, il conserva exceptionnellement une même activité pendant deux années consécutives : boiseur chez Chagnaud et fils. Cette grande instabilité matérielle fit dire plus tard à sa femme que comme beaucoup de ses camarades il appelait facilement à faire grève, n’hésitant pas à monter sur un tonneau pour réclamer des gants ou des bottes de travail. Les patrons les poussaient vers la sortie, quand ils ne partaient pas d’eux-mêmes. Il lui aurait donc été difficile de conserver un emploi.
En mars 1951, Paulette Tassy et Jean-Marie Argiolas se fiancèrent, en présence d’Antoine Santoru* et Joséphine "Fifi" Ros, sa future femme (elle fut plus tard une élue communiste de Port-de-Bouc). Tous deux étaient également des camarades de parti et des amis proches des Argiolas. Antoine et Jean-Marie étaient de plus liés par la communauté des immigrés sardes, tandis que Fifi et Paulette militaient ensemble à l’UFF. Les fiancés se marièrent au mois de septembre.
Entre 1951 à 1953, le couple vécut deux ans à Istres, dans un deux-pièces chez des camarades, Félix et Flora Pizzella. En militant à la section locale, ils côtoyèrent le cheminot Raymond Blanc, futur secrétaire de la section de Miramas.

L’opposition à la politique "impérialiste" des USA menée par le Parti motiva Jean-Marie Argiolas à participer aux campagnes comme celle contre la venue en France en 1952 du général Ridgway, commandant en chef des forces de l’ONU. Avec des camarades il réalisa de nuit des graffitis à la peinture au minium le long des routes. Alors qu’ils avaient été arrêtés par la police, il refusa de décliner son identité et passa la nuit au commissariat. Sa femme, enceinte de leur premier enfant, s’inquiéta de sa disparition. [Quarante ans plus tard il retrouva un de ces "Ridgway Go Home" qu’il avait inscrit avec ses camarades sur un mur de la commune d’Istres.]
Parce qu’elle était soucieuse pour leur avenir, Paulette Argiolas se confia à son père cheminot. Marius Tassy conseilla à Jean-Marie de postuler à la SNCF. Il fut embauché en septembre 1952 avec le grade d’auxiliaire-cantonnier et adhéra à la CGT cheminote. [Il devait déjà être membre de la CGT précédemment car il avait suivi en 1948 un stage de formation syndicale avec Antoine Santoru*].
En octobre naissait le premier enfant du couple Argiolas, Brigitte, à la maternité des Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc, ouverte depuis quelques mois. Ils emménagèrent peu de temps après dans la commune, dans un logement précaire du quartier de la Tranchée. Ils retrouvèrent comme voisins leurs camarades Santoru* et Fifi Ros, à présent mariés et parents eux aussi. En février 1956, on leur attribua un logement dans une cité SNCF, boulevard Pierre Semard.
La famille s’agrandit de deux fils : Serge en 1956 et Fabien en 1959, avant de déménager à nouveau à Montélimar (Drôme) où Jean-Marie avait été muté. Il s’absenta un mois à Paris afin de suivre l’école des caténaires pour une remise à niveau ses connaissances, puis il fut muté une nouvelle fois à Miramas (Bouches-du-Rhône) à sa demande, à la brigade des caténaires. On y avait besoin de personnel pour l’électrification Arles-Miramas-Marseille. Les Argiolas s’installèrent alors définitivement au 6, rue Henri Lang, dans les bâtiments tout neufs de la cité SNCF Fontlongue, le 14 juillet 1960.

Jean-Marie Argiolas se serait rapidement révélé être un zélé recruteur pour le syndicat, comme l’illustre un récit du cheminot René Caramini. Ce dernier, muté à Miramas la même année, témoigna qu’à son arrivée en gare, Argiolas lui faisait déjà sa carte de membre avant même qu’il ait pris ses fonctions. Il relayait également les ventes annuelles des agendas de l’ONCF (Orphelinat national des chemins de fer de France) auprès de ses collègues pour soutenir la structure.
Le 22 avril 1961, le frère de Paulette Argiolas épousa à Port-de-Bouc une des filles d’Albert Domenech. Le couple Argiolas se rendit directement de la noce au rassemblement contre les « factieux » d’Algérie, organisé devant la mairie à l’appel de la section communiste locale.
Au mois d’août, Jean-Marie fit avec deux autres cheminots de Miramas, Roger Confetti et Raymond Pocheville, un voyage en URSS, qu’ils avaient gagné grâce à un concours de boules de la CGT. Ces dix jours de visite finirent pour eux par un impressionnant bain de foule sur la Place rouge pour accueillir le cosmonaute Guerman Titov qui venait de faire dix-sept fois le tour de la terre. A la tribune étaient présents Nikita Khrouchtchev, Youri Gagarine, Titov et Jacques Duclos. Les trois hommes en revinrent fortement impressionnés. Le récit de leur voyage fit l’objet d’une série de trois articles dans le journal communiste régional La Marseillaise.
Jean-Marie Argiolas fut d’ailleurs correspondant local du journal à plusieurs reprises, photographiant les événements ayant lieu à Miramas, aussi bien les manifestations politiques que les mariages des camarades (comme celui de son ami Caramini). En date du 27 septembre 1983, une carte de La Marseillaise qui lui fut envoyée suggère qu’il en était à nouveau correspondant.

Des compte-rendus de réunions attestent qu’entre mai 1966 et avril 1968 il faisait partie à la SNCF de la cellule communiste Marcel Cachin. En étaient également membres : Jean Astier, Gérard Fabrier, Roger Juana, Jean Pédinielli, François Pintori et Raymond Perrot. D’autres encore en étaient membres comme Borel, Boutière, Collet, Dijaux, Noguez, Ortega, Reminder, Santini et Tournier (cités sans leurs prénoms).
Il y aurait eu alors 12 cellules du PCF à Miramas, dont 4 cellules de cheminots et 8 cellules de quartier. La structuration des cellules d’entreprise à la gare de Miramas évolua par la suite.
Il s’impliqua dans toutes les campagnes électorales successives du Parti, au niveau national et au niveau plus local. Sa femme fit d’ailleurs partie des trois militantes mises en avant lors des municipales de 1965 sur la liste menée par le menuisier Louis Cote.
De l’avis de plusieurs de ses camarades, Jean-Marie Argiolas participait volontiers aux collages et aux actions un peu spéciales, celles qui font appel à des militants expérimentés et un peu casse-cous. Il aimait le contact humain et transmettre aux plus jeunes. Il milita d’ailleurs avec ses deux fils, sa fille militant d’abord à Miramas puis à Martigues. Ce n’était pas un orateur, mais un gestionnaire. Il s’occupait du matériel, des stocks et du budget, unanimement reconnu par ceux qui l’ont fréquenté pour sa bonne humeur, son côté serviable et la constance de son engagement.
En février 1981 il était trésorier de la section du PCF de Miramas. Il le resta durant plusieurs années. Le 11 avril 1981, il était au meeting de Georges Marchais au stade Vélodrome de Marseille, tenant la banderole de la section de Miramas.

L’opposition aux guerres fut aussi un de ses engagements récurrents. Les souvenirs rédigés par sa femme suggèrent qu’il était déjà membre du Mouvement de la Paix en 1958. En plus des manifestations contre la guerre d’Algérie, on le voit sur des photos de manifestations contre les missiles du plateau d’Albion en 1965-66 et contre la guerre du Vietnam en 1967 aux côtés du comité de la Paix de Miramas (publiée dans L’Unité, journal de la section locale). Au-delà des actions officielles, il prit part cette même année à des actions nocturnes pour faire des inscriptions murales à la chaux le long des routes et près des voies ferrées. Une quinzaine de militants auraient été présents au total, parmi lesquels Jean-Marie Argiolas, Jean Pédinielli, Eugène Clément, Georges Thorrand et des membres des Jeunesses Communistes de Miramas, dont Dominique Pédinielli (fils de Jean). Argiolas s’était alors fait suspendre dans le vide au moyen d’une corde pour peindre « US Go Home » sur un pont.
Il participa à de nombreux autres autres rassemblements dont il est difficile faire une liste complète. On peut cependant citer aussi la manifestation marseillaise qui eut lieu en amont de la "Fête pour la Paix" (lancée par l’Appel des 100) du 19 juin 1983 contre l’installation de fusées Pershing américaines en Europe.

Jean-Marie Argiolas participa assez activement au journal mensuel du syndicat des cheminots de Miramas, Le Cheminot de la Crau. A partir de septembre 1968 et pendant deux ans, il sollicita régulièrement la participation de sa fille, qui préparait un BEP de sténodactylo. Elle tapait les textes à la machine à écrire sur du stencil tandis que lui faisait les titres au normographe. Le journal était ensuite tiré sur une ronéo. Selon Roger Morard, Le Cheminot de la Crau comportait un édito rédigé par le secrétaire du syndicat et des articles techniques venant des sections syndicales, rédigés eux par les responsables des différents services. Sa taille aurait varié de 2 à 6 pages selon les époques. Il fut diffusé au-delà de la seule SNCF et parut jusqu’aux environs de la moitié des années 1980.
D’après Francis Nardy, Argiolas assura la trésorerie du syndicat des cheminots de Miramas pendant douze ans. Après le congrès fédéral des cheminots CGT de 1970, il fut élu (ou réélu) dans ses fonctions au sein de la nouvelle équipe de direction. André Maurin fut élu secrétaire général, Nardy secrétaire général adjoint, Edmond Charpail secrétaire adjoint, Roger Morard secrétaire adjoint (pour les questions d’organisation) et Jean-Claude Vighetti trésorier adjoint. « C’était un bon trésorier, assure Nardy, parce qu’il fallait pleurer pour avoir quelque chose... » Un avis confirmé par celui de Roger Morard.
Jean-Marie Argiolas participa à deux congrès nationaux de la Fédération des cheminots CGT à Paris : d’abord en janvier 1968 avec Charpail et Raymond Perrot ; puis en novembre 1973 avec Roger Jach, Georges Santana et Nardy. Il aurait quitté ses fonctions de trésorier vers 1976-77 (selon Nardy). C’est Vighetti qui lui succéda.

Pendant plusieurs décennies il se rendit régulièrement à la Fête de l’Humanité pour animer le stand des Bouches-du-Rhône. Les premières années il y allait avec un Citroën TUB après être passé chez René Caramini pour charger une grande quantité de matériel électrique. Les cheminots communistes de Miramas prévoyaient large pour être en mesure d’en prêter aux camarades d’autres stands qui en manquaient. Plusieurs militants (certains étaient à l’époque des adolescents ou de jeunes adultes) témoignèrent des trajets pleins de rebondissements en sa compagnie sur les plus de 700 km qui séparaient Miramas de La Courneuve. Les ressentis concordent sur certains de ses traits de caractère : familier avec les camarades de sa génération, strict avec les jeunes dont il avait la responsabilité, un peu tête-en-l’air, original, blagueur autant que très sérieux dès lors que le travail militant commençait. Il était de plus investi dans les fêtes de la section du PCF de Miramas et celles de La Marseillaise.
C’est plusieurs décennies aussi que dura sa profonde amitié avec Roger Juana. Les deux hommes étaient collègues de travail, camarades de parti et de syndicat. Paulette Argiolas et "Dany" Juana se fréquentaient également dans le cadre de l’UFF. Les deux couples partirent en vacances ensemble à de très nombreuses reprises, d’abord avec leurs enfants, puis sans eux.

Jean-Marie Argiolas prit sa retraite le 31 mars 1979, le même jour que son camarade et ami Jean Pédinielli, avec le statut de maître agent d’entretien à la brigade des caténaires.
De mai 1981 à juin 1984 il fut chargé de mener les campagnes d’information de la mairie dirigée par l’équipe de Georges Thorrand auprès de la population. Argiolas coordonnait l’affichage en ville et dans les commerces, la distribution du bulletin d’informations municipales, la promotion dans les villes voisines et jusqu’aux alentours de l’étang de Berre des « Soirées du Vieux-Miramas », qui permettaient d’y voir des artistes célèbres. Pendant deux ans il eut dans son groupe son ami et camarade Nilo Bertacca.
Jean-Marie Argiolas participa aux activités de la section des cheminots retraités de la CGT, puis des vétérans du PCF. Il passa une retraite active autant du point de vue de ses loisirs que de celui du militantisme, continuant à être présent lors des grandes grèves, comme en 1986 et en 1995. On le vit à des rassemblements régionaux (Marseille), nationaux (Paris) ou européens (Bruxelles) pour défendre les droits des cheminots et lorsque les retraites ou la Sécurité sociale étaient menacées. A quatre-vingt-dix ans passés il allait encore manifester, jusqu’à ce qu’il décide un jour de « laisser la place aux jeunes ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229712, notice ARGIOLAS Jean-Marie par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 1er mars 2021, dernière modification le 5 mai 2021.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Jean-Marie Argiolas à 20 ans
Les frères et sœurs Argiolas au début des années 1940. De gauche à droite : Pascaline, Jean-Marie, Paul et Élisabeth.
Régiment Rhône et Durance, Arles, 1944
Régiment Rhône et Durance, Arles, 1944
Détail d’une photo de groupe. Paul Argiolas est le premier en partant de la gauche, Jean-Marie Argiolas le quatrième.
8e zouaves, Caserne d'Eckmühl, Oran, 1945
8e zouaves, Caserne d’Eckmühl, Oran, 1945
Vente de masse de <em>L'Avant-garde</em>
Vente de masse de L’Avant-garde
Quartier de la Lèque, Port-de-Bouc, juin 1947. Jean-Marie Argiolas est debout au milieu.
IIe congrès de l’UJRF, Lyon, mai 1948. Sur la place Bellecour, trois militants du cercle Antoine Ayala de l’UJRF de Port-de-Bouc (de gauche à droite) : Antoine Santoru, Paulette Tassy et Jean-Marie Argiolas.
Gare de Croix-Sainte, Martigues, 1953. Jean-Marie Argiolas fait ses débuts à la SNCF. C’est le 3e en partant de la gauche, rang du haut.
Voyage en URSS, 1961.
Fête de L’Humanité de 1970. De gauche à droite : Roger Juana, Paulette Argiolas, Jean-Marie Argiolas, René Caramini, Marie-Claude Astier et Georges Saulnier.
Meeting de Georges Marchais au stade Vélodrome, Marseille, 11 avril 1981. A droite : Jean-Marie Argiolas.
Miramas, 1995. Examen des résultats du premier tour des élections présidentielles. Assis en partant de la gauche : Louis Deluy, Serge Sabatier. Debout : Georges Thorrand, Jean-Marie Argiolas.
Jean-Marie Argiolas à 90 ans. Manifestation à Marseille, 18 mars 2014.

SOURCES : Certificats de travail de l’intéressé. — Documents militaires. — « Trois Miramassens en Union Soviétique », La Marseillaise, 3 articles en août 1961. — L’Unité n°5, journal de section du PCF de Miramas, décembre 1967. — Roland Joly, Antoine ou la passion d’une vie : Une histoire de Port de Bouc, ville mosaïque, auto-édition, 2005 (p. 71, 73-74). — Jo Ros et René Brocca, Pierre Brocca partage sa vie et sa passion des boules..., auto-édition, 2017. — Joseph Brando, Notes d’histoire vécue à Port-de-Bouc durant l’occupation allemande de 1940 à 1945, [sans date]. — Récit biographique de Paulette Argiolas (née Tassy). — Témoignages de Paulette Argiolas, Élisabeth Brocca (née Argiolas), Brigitte Argiolas, Jean-Luc Bernat, René Caramini, Denise Clément, Marlène Laye (née Fabrier), Francis Nardy, Roger Morard et Dominique Pédinielli. — Archives Argiolas. — Données sur l’année 1945 sur un blog consacré à l’histoire du 8e bataillon de zouaves en Afrique du Nord.

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