COURSIL Jacques

Par Claude Pennetier

Né en 1938 à Paris, mort le 26 juin 2020 à Plombières (Belgique) ; militant anticolonialiste et pour les droits des opprimés en France, à la Martinique, en Afrique, aux Etats-Unis ; musicien, trompettiste de renom ; écrivain ; linguiste, professeur des universités.

Jacques Coursil est une grande figure du monde artistique et intellectuels des années soixante et soixante-dix. Le critique musical Francis Marmande écrit : "Trompettiste, compositeur singulier, acteur pluriel, linguiste éclatant, il aura autant enchanté les mondes parallèles qu’il échappe aux radars."

Il était né à Montmartre d’un père membre du Parti communiste martiniquais (1956-1961) et d’une chanteuse, tous deux originaires de Fort-de-France. Il apprit la trompette à quinze ans, fit des études musicales et se passionna pour le jazz en fréquentant les clubs de Saint-Germain-des-Prés, mais aussi pour le mouvement ouvrier, l’anticolonialisme et la poésie.

Mobilisé en Afrique de l’ouest en 1958, il eut le culot de demander pourquoi il n’y avait que des bulletins Oui proposés aux électeurs et demanda qu’on aille chercher des bulletins Non Ce geste lui valut la prison. Il fit dans la lancée un séjour de trois ans en Afrique, notamment en Maurétanie où il assista aux luttes pour l’indépendance, et au Sénégal où il fut logé par la famille de Senghor (des articles le disent parfois secrétaire de Léopold Sédar Senghor, ce qui relève semble-t-il, de la légende). Il parcourut l’Afrique, toujours à la recherche de musiques et de d’émotions politiques.

De retour en France, Coursil enseigna la littérature Paris et découvrit dans la montée du structuralisme, la linguistique. En 1965, il gagna New york dans le contexte de l’assassinat de Malcolm X et y resta dix ans. Il fut l’élève du pianiste Jacky Byard et du trompettiste Bill Dixon qui le marqua profondément. Le grand élan créatif musical s’empara de lui : il joua avec les groupes de jazz novateurs et de free avec Frank Wrigt et Sun Ra où il fut lead trumpet et rallia les militants radicaux, se passionnant pour les happenings artistiques et les mouvements hippies. Il étudia l’harmonie et la composition avec Noel DaCosta. Coursil enregistra même sous son nom, notamment Black suite (1969) et chercha sa voie à la trompette à New York entre le swing et l’atonal. Solidaire et acteur du grand mouvement des droits civiques, il aimait dire qu’il ne voulait "pas être esclave de l’esclavage."

Il rentra à Paris en 1968 et se passionna pour Roland Barthe, Michel Foucault,, Jacques Lacan, travailla la linguistique théorique, les mathématiques et l’informatique sans jamais quitter complètement la musique.

Titulaire de deux thèses (une de lettres, 1977, une de philosophie des sciences 1992), maître de conférence, il devint professeur des universités à la Martinique où il vécut dix ans et aux États-Unis (Université de Cornell, à New York, Université de Californie à Irvine.. Il continua à enregistrer, notamment Minimal Brass sorti sous le label new-yorkais de John Zorn (2005) dont un critique déclara que c’est "une splendeur sans nom". S’était-il un temps éloigné de la musique ? " La musique peut être une rivière souterraine qu’on travaille sans relâche. Je ne suis pas revenu, elle était toujours là ; elle a jailli c’est tout." dit-il. Puis le rappeur Rocé, grand redécouvreur de chansons (Colette Magny) et de musiques le fit apparaître dans son Identité en crescendo (2006). L’année suivante, Coursil sortit Clameurs, un oratorio avec des textes de Frantz Fanon, d’Edouard Glissant, de Monchoachi (André Pierre-Louis) et du poète arabe Antar. En 2010, il enregistra "On a trail of Tears, où il évoque la déportation des Cherokees en 1838.

Les hasards de la vie parisienne l’avaient amené à bien connaître le Maitron et ses auteurs. Il aimait l’histoire quand elle s’inscrit dans le champ du réel. Cet homme d’une extrême gentillesse, rieur, enthousiaste, au visage marquant, dreadlocks et binocles, était resté un fidèle amateur du Maitron.

Domicilié à Aix-la-Chapelle (Allemagne), il mourut le 26 juin 2020 à Plombières (Belgique).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article229801, notice COURSIL Jacques par Claude Pennetier, version mise en ligne le 1er juillet 2020, dernière modification le 27 octobre 2020.

Par Claude Pennetier

ŒUVRE : La fonction muette du langage, éditions Ibis rouge, 2000. —
Valeurs pures : le paradigme sémiotique de Ferdinand Saussure, éditions Lambert Lucas, 2015.

SOURCES : Francis Marmande, Jacques Coursil trompettiste, Le Monde, 1er juillet 2020. — Jacques Denis, "Mort de Jacques Coursil, jazzman génial et figure méconnue de la modernité noire", Libération. — Wikipédia. — Souvenirs personnels.

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