BLANCHER Paul dit « Marius »

Par Daniel Grason

Né le 17 mars 1912 à Limoges (Haute-Vienne), mort le 19 août 1996 à Les Junies (Lot) ; régleur tourneur ; militant communiste ; déporté à Buchenwald (Allemagne).

Fils de Pierre et de Marie née Fredon, après avoir résidé au 9, rue Gutenberg à Paris (XVe arr.), il vivait 6, rue Peau d’Âne à la cité du Moulin Vert à Vitry-sur-Seine dans un logement de quatre pièces. Marié, il était père de trois enfants. Tourneur sur métaux, il travaillait depuis mai 1936 chez Citroën au 143, quai de Javel à Paris (XVe arr.).

Il fut interpellé le 4 février 1941 par des policiers du commissariat de Montrouge (Seine, Hauts-de-Seine). Lors de son interrogatoire, il déclara : « Depuis la dissolution du Parti communiste mon rôle était assez effacé. Pendant la guerre je n’ai absolument rien fait. » Après l’exode, Henri Dorange un collègue de travail vint le voir à l’atelier pour qu’il milite avec quelques communistes de l’usine. Selon ses déclarations Paul Blancher n’osa pas refuser. Il assista à plusieurs réunions. Dorange lui donna des tracts syndicaux à diffuser, et Henri des numéros de l’Humanité clandestine. Il déposa subrepticement les tracts dans les urinoirs de l’atelier. En fin d’interrogatoire, il déclara : « Je reconnais m’être mis en infraction à la législation sur les activités communistes. Je le regrette et sollicite l’indulgence. »

La direction le considérait « comme un bon élément n’ayant jamais fait l’objet de remarques particulières », elle n’avait « jamais eu connaissance qu’il se soit livré à une propagande politique quelconque dans l’usine. » Le 15 février 1941 Paul Blancher assisté de Maître Antoine Hajje était entendu par un juge d’instruction. Il confirma les déclarations qu’il avait faites à la police.

Le 26 février 1941 P… l’un des voisins de Paul Blancher écrivit à son avocat Maître Hajje sur l’état de santé de son épouse. Il lui demandait « de prévenir son mari. Deux de ses enfants ont un gros rhume. Nous sommes fort embarrassé n’étant que ses voisins car Madame Blancher n’a pas de famille par ici. » Suivait une formule de politesse.

Le 28 février 1941, par courrier il s’adressa au juge d’instruction, il faisait part que sa femme était malade et que ses trois enfants âgés de quatre, trois et deux ans, « restaient actuellement sans soins. Deux d’entre eux, sont […] malades en ce moment. […] Je viens dans ces conditions solliciter de votre haute bienveillance ma mise en liberté provisoire car n’ayant aucun parent dans la région parisienne ma présence est actuellement indispensable auprès des miens. »

« Je prends l’engagement de me tenir à la disposition de la justice à mon domicile de Vitry, 7 rue Peau d’Âne. »

Lors de son interrogatoire il affirma aux policiers que son rôle « était assez effacé depuis la dissolution du parti communiste ». Il reconnut néanmoins « avoir assisté à plusieurs réunions ». Henri Dorange lui avait semblé être le responsable syndical et « Henri » qu’il ne connaissait pas, le responsable politique. Les policiers ne réussirent pas à identifier « Henri ».

Détenu à la Santé, Paul Blancher fut inculpé d’avoir « exercé une activité ayant pour objet de propager les mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou d’organisations dépendant en fait de cette IIIe Internationale ».

Le 30 avril 1941 il reconnut avoir été adhérent du Parti communiste avant la guerre. Lors de la perquisition les policiers avaient saisi des brochures éditées par le Parti communiste clandestin, un tract ayant pour titre « Journée Maurice Thorez », un numéro des Cahiers du Bolchevisme, ainsi que trois bulletins de souscription. Lors de son interrogatoire il avait déclaré avoir été contacté par Henri Dorange pour reprendre de l’activité. Il assista à des réunions au domicile de Bernard. Dorange lui était apparu comme « le chef de la question syndicale », et Henri « celui de la question politique ». Il en avait déduit qu’il « y avait certainement liaison entre les deux. » « Henri » lui avait remis des numéros de l’Humanité clandestine, il affirma en avoir conservé un exemplaire et « avoir détruit les autres ». Selon ses déclarations d’autres membres du groupe lui avaient donné : un cours sur le communisme, le Bulletin du Métallo, et un bulletin de souscription du Comité populaire.

Le 29 octobre 1941 il était convoqué à comparaître le 3 novembre 1941 lors de l’audience de la Section spéciale de la Cour d’appel de Paris. Il fut condamné à quatre années de prison et cent francs d’amende pour avoir propagé « les mots d’ordre de la IIIe Internationale communiste ou des organismes contrôlés en fait » par elle, d’avoir distribué des tracts.

Incarcéré, Paul Blancher était le 12 mai 1944 dans le convoi de 2 073 hommes à destination de Buchenwald (Allemagne). Matricule 51135 il surmonta les épreuves.
Paul Blancher participa aux actions de solidarité à l’intérieur du camp qui étaient des actes de résistance à la barbarie. Le 11 avril 1945 dans l’après-midi, l’armée américaine conduite par le général Patton libérait Buchenwald. Le Comité militaire clandestin international l’accueillit. Le Comité des intérêts français était composé de : Frédéric-Henri Manhès, Albert Forcinal, Marcel Paul, Robert Darsonville et Jean Lloubes représentaient les français au sein de ce comité précisa Olivier Lalieu dans son ouvrage La zone grise ? La résistance française à Buchenwald.
Dans 1945 La découverte, Annette Wieviorka soulignait : « c’est avec l’arrivée du résistant communiste Marcel Paul, en mai 1944, qui devient l’interlocuteur des dirigeants allemands, que le parti communiste français s’organise véritablement à Buchenwald et qu’il rassemble d’autres courants de la Résistance dans le Comité des intérêts français. Désormais, le Comité est à présent dans l’organisation de résistance du camp et peut protéger certains détenus. »

Paul Blancher mourut le 19 août 1996 près de Cahors dans le Lot.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230049, notice BLANCHER Paul dit « Marius » par Daniel Grason, version mise en ligne le 11 juillet 2020, dernière modification le 28 octobre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : AN Z/4/3 dossier n° 37. – Bureau Résistance GR 16 P 63535 (non homologué). – Annette Wieviorka, 1945 La découverte, Éd. Seuil, 2015. – Olivier Lalieu, La zone grise ? La résistance française à Buchenwald, préface de Jorge Semprun, Éd. Tallandier, 2005. – Pierre Durand, Les Français à Buchenwald et à Dora, Éd. Sociales, 1977. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – État civil numérisé site fichier des décès sources INSEE.

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