DRU Gilbert, Marie, Noël

Par Bernard Comte

Né le 2 mars 1920 à Lyon (VIIe arr.), fusillé le 27 juillet 1944 à Lyon (IIe arr.) ; responsable de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC) universitaire, secrétaire des Cahiers de notre jeunesse ; organisateur des jeunes résistants dans le Sud-Est et du Comité de coordination d’action chrétienne.

Fils d’un employé catholique, Gilbert Dru fut condisciple et ami de Jean-Marie Domenach au collège jésuite puis en khâgne au lycée du Parc à Lyon en 1938-1939 et ensuite à la Faculté des lettres. Militant jéciste, il avait tôt associé ferveur religieuse et conviction politique pour la justice et la paix, donc contre les fascismes. Mobilisé en juin 1940 puis incorporé aux Chantiers de la jeunesse, il rejoignit la faculté au printemps 1941. Il y créa une Amicale des lettres pour des activités de culture et d’entraide, d’information et de débats, et fut élu au bureau de l’Association générale des étudiants de Lyon (AGEL). Il collabora aux Cahiers de notre jeunesse créés par l’ACJF de Zone sud (juin 1941) pour contrer l’influence du nazisme et la résignation vichyste ; il en fut le secrétaire de rédaction, puis le secrétaire général jusqu’à leur interdiction en juin 1943. Marqué par la pensée d’Emmanuel Mounier et de l’historien Joseph Hours, il se lia aux guides de la résistance spirituelle à Lyon : Stanislas Fumet, Henri-Irénée Marrou, Jean Lacroix, André Mandouze et les jésuites Pierre Chaillet, Henri Chambre et Henri de Lubac ; il diffusa les Cahiers du Témoignage chrétien clandestin.
Militant dans le Comité inter-fac pour le refus du Service du travail obligatoire (STO) et le soutien des maquis, il se montra organisateur méthodique et entreprenant. Fiancé avec Denise Jouve, brillante étudiante en lettres qui soutenait ses engagements, il suspendit ses études pour se consacrer à une double tâche : présence active des jeunes chrétiens dans la Résistance et initiative politique, pour un mouvement nouveau qui prolongerait la Résistance en action révolutionnaire, en faisant place aux jeunes et en associant chrétiens et militants de gauche. Il en rédigea le manifeste, qu’il fit approuver par ses amis lyonnais et par Rémi Montagne, dirigeant résistant de l’ACJF qui l’introduisit en octobre 1943 auprès de l’équipe démocrate chrétienne de Georges Bidault. Désormais clandestin, chargé d’organiser avec Jean Gillibert les Équipes chrétiennes (militants de l’ACJF engagés dans la Résistance), il ébaucha aussi à Lyon un « Mouvement » autonome basé sur son manifeste pour former de jeunes militants politiques. Il comptait l’élargir, avec des aînés (Roger Radisson et le syndicaliste Maurice Guérin), au-delà du milieu chrétien, et influencer le mouvement politique national (futur MRP) en gestation à Paris autour de Georges Bidault et André Colin.
Or ceux-ci misaient sur l’électorat catholique, alors qu’il aspirait à un large « rassemblement républicain » entre la droite et les communistes. En avril 1944, le désaccord devint patent et Dru, reprenant son indépendance, développa avec son ami Francis Chirat son réseau de jeunes chrétiens résistants du Sud-Est pour préparer la libération et ses suites (« Nouvelles équipes politiques »). Il créa à Lyon le Comité de coordination d’action chrétienne (CCAC) présidé par Guérin entouré de Chirat et de Radisson. Ils assurèrent la représentation des chrétiens dans les organes régionaux de la Résistance unifiée : comités de la Libération et FUJP (Front uni de la jeunesse patriotique) qui avaient intégré les « Jeunes chrétiens combattants ». Dru prépara avec Guérin la création à Lyon d’un quotidien (La Liberté) et fit donner par Joseph Hours des cours clandestins de formation politique pour les jeunes militants.
Arrêtés le 17 juillet, porteurs de documents révélateurs, Gilbert Dru et Francis Chirat furent détenus à la prison Montluc et interrogés sous la torture. Tenus pour « dirigeants de la résistance chrétienne », ils furent abattus avec trois autres détenus le 27 juillet à midi, place Bellecour, en représailles à un attentat contre les militaires allemands. Les funérailles religieuses des deux amis réunirent le 1er août une foule nombreuse.
Aragon, apprenant que Dru aimait ses poèmes dont il avait sur lui un recueil, décida d’ajouter son nom avec celui de Guy Môquet à la dédicace de « La rose et le réséda ». Gilbert Dru reçut la Légion d’honneur et la Croix de guerre avec étoile d’argent ; son nom a été donné à une rue de Lyon et au collège construit en 2005 à côté de Montluc.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23005, notice DRU Gilbert, Marie, Noël par Bernard Comte, version mise en ligne le 4 décembre 2014, dernière modification le 12 mars 2020.

Par Bernard Comte

SOURCES : Arch. com. Lyon, fonds Gilbert Dru. – Renée Bédarida, Les armes de l’esprit. Témoignage chrétien, 1941-1944, Éd. Ouvrières, 1977. – Bernard Comte, Jean-Marie Domenach, Christian et Denise Rendu, Gilbert Dru, un chrétien résistant, Beauchesne, 1998. – André Mandouze, Mémoires d’outre-siècle, t. 1, D’une Résistance à l’autre, Éd. Viviane Hamy, 1998. – Stanislas Fumet, Histoire de Dieu dans ma vie. Souvenirs choisis, Le Cerf, 2002. – État civil, Lyon.

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