PELLIER Henri, Théodore, Francis, Pierre

Par Thareaut Louis

Né le 29 juillet 1917 au Lion-d’Angers (Maine-et-Loire) , mort le 3 mai 1995 à Trélazé (Maine-et-Loire) ; ouvrier ardoisier ; militant jociste, secrétaire du syndicat des Mineurs ardoisiers CFTC puis CFDT de Trélazé (1958-1973), membre du comité d’entreprise des Ardoisières d’Angers, président de la Fédération CFDT des Mineurs de l’Ouest après 1964, membre du conseil (1946-1971), puis de la commission exécutive (1950-1965), puis vice-président (1950-1959) de l’Union départementale CFTC puis CFDT de Maine-et-Loire, président de l’Union locale interprofessionnelle des Retraités CFDT d’Angers (1975-1987).

Sixième enfant d’une fratrie de douze, Henri Pellier eut six frères et cinq sœurs. Son père, également prénommé Henri, fut d’abord ouvrier agricole, puis ouvrier carrier au Lion-d’Angers, ouvrier verrier à Angers et, à partir de 1931, mineur ardoisier à Trélazé. Sa mère, Louise Frenayes, fut serveuse au café tenu par ses parents au Lion-d’Angers, puis bonne à tout faire et enfin ouvrière à domicile pour les établissements Bessonneau à Angers.

Scolarisé à l’école publique, il décrivit son enfance dans ses mémoires qu’il avait commencées à rédiger. "Certains jours, il n’y avait rien à manger à la maison. Tout jeune, il nous a fallu mendier notre pain. Je me souviens combien cela m’était dur de faire les châteaux, sans compter les kilomètres. C’était surtout beaucoup d’humiliation. Maman nous envoyait aussi à la mairie. Le secrétaire nous chassait à coups de pied au cul, car il était aussi notre propriétaire et le loyer n’était pas toujours payé. Autre humiliation."

Avant l’âge de huit ans, lorsqu’il n’y avait pas d’école, Henri Pellier alla travailler chez son oncle, cordier au Lion-d’Angers. A partir de 1925, pendant les "grandes vacances", il fut "gagé" dans les fermes, moyennant comme salaire une paire de galoches donnée à la fin des vacances et qui devait durer jusqu’à l’année suivante, ce qui faisait une bouche de moins à nourrir à la maison. Dans ses mémoires, il raconta qu’une année, alors qu’il avait neuf ans, les moutons qu’il était chargé de surveiller s’échappèrent. En punition, cette année-là, il n’eut pas droit aux sabots promis. Son retour à la maison à la fin des vacances, sans les fameux sabots, rendit son père furieux, contre lui d’abord et contre le patron.

À ses douze ans, en 1929, ses parents décidèrent de lui faire quitter l’école pour le "gager" à l’année dans une ferme de Montreuil-sur-Maine (Maine-et-Loire). Il devint à son tour ouvrier agricole chez un fermier handicapé qui, de ce fait, lui fit supporter tous les gros travaux. C’est à cette époque que son père alla travailler dans une verrerie à Angers, mais ses frais de pension n’améliorèrent guère les ressources familiales.

En mai 1931, son père entra aux Ardoisières de Trélazé où la famille s’installa. Début novembre, son père vint à la ferme chercher Henri, agé de 14 ans et il fut embauché, lui aussi, à la mine comme apprenti fendeur d’ardoises à partir du 18 novembre 1931. Cette découverte du milieu ouvrier fut dure pour lui qui arrivait du milieu rural et agricole. Dès son arrivée, il fut marqué par le problème de l’alcoolisme tant dans le quartier du Buisson, où ils habitaient à Trélazé, que sur les lieux de travail. Henri dût souvent travailler seul quand son maître d’apprentissage, gros buveur, était ivre. La lutte contre l’alcoolisme sera plus tard, pour lui et son ami Joseph Sallé de la CGT, une de leurs principales préoccupations.

Il rencontra alors la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) où, progressivement, il prit des responsabilités et recommença l’apprentissage de la lecture et de l’écriture dont il avait perdu l’usage depuis la sortie de l’école. Il devint président de la JOC de Trélazé, puis membre de la fédération d’Angers. Un prêtre venu des Mauges, le curé Maugeais, organisait chaque semaine à Trélazé un travail de formation à travers des cercles d’études où furent abordées des questions sociales. Cette formation intensive aboutit, entre autres, à la création de la CFTC à Trélazé.

En début d’année 1934, alors qu’il avait à peine dix-sept ans, Joseph Lesciellour, secrétaire du syndicat CFTC des mineurs - futur député MRP après la Libération - demanda à Henri Pellier d’entrer au Conseil syndical pour représenter les apprentis. La même année, il obtint son CAP de fendeur. Très vite, il assuma des responsabilités dans le syndicat chrétien, notamment celle de trésorier et, plus tard, celle de secrétaire. La formation reçue à la JOC qui prônait l’ouverture des chrétiens aux autres, l’amena tout naturellement à contester les méthodes et les orientations des plus anciens et, notamment à promouvoir l’unité d’action avec la CGT. "A plusieurs reprises, raconta-t-il dans ses mémoires, on a voulu me mettre à la porte du syndicat. J’ai même failli être battu..." Il avoua avoir été tenté de démissionner.
En novembre 1938, il fut appelé pour effectuer son service militaire à la base aérienne d’Arvord près de Bourges (Cher). A Pâques 1939, il partit avec son régiment en Syrie. Après moultes péripéties, il rentra à Trélazé le 2 avril 1941 où il reprit son travail à la mine.
Le 16 juin 1941, il se maria à Trélazé avec Marie Moreau, présidente de la JOC, fille de René Moreau, militant communiste, et de Marie Hardy. Marie Moreau fut ouvrière aux établissements Bessonneau, puis à la société des parapluies Lafarge. Ils eurent quatre enfants : Henri né en 1942 et Jacques en 1943, Marie-Noëlle née en 1948 et Marie-Odile en 1952.

Le 4 janvier 1943, il fut requis pour le Service du travail obligatoire (STO) et partit en Allemagne à Halle-sur-Saale. Pendant son absence, son épouse travailla à sa place comme fendeuse aux Ardoisières. Au cours de l’année 1943, Henri Pellier participa, au camp, à des réunions clandestines de militants chrétiens, puis à l’organisation d’une grève pour protester contre l’attitude d’un des gardiens du camp. Au cours d’une permission, avec l’aide de Joseph Lesciellour, adjoint au maire de Trélazé, secrétaire de la CFTC et membre de la Résistance, il ne retourna pas en Allemagne. Muni de cartes d’alimentation volées à la mairie d’Angers, il alla se cacher à Teillé (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) où il travailla dans une mine de charbon appartenant aux Ardoisières d’Angers. Il fut recherché mais, grâce au commandant de gendarmerie de Trélazé, membre de la résistance avec Joseph Lesciellour, aucune des recherches n’aboutit. Le gendarme chargé de l’enquête se faisant de plus en plus pressant, Marie, l’épouse d’Henri, avec la complicité d’un chauffeur de camion des Ardoisières, déménagea au petit matin, avec un minimum de meubles, de lingerie, de vaisselle, et partit avec ses deux enfants le rejoindre à Teillé.

Pendant son séjour aux Mines de charbon de Teillé, Henri Pellier fournit aux résistants de la région des cartouches de dynamite, des détonateurs et du cordon provenant de la mine. Après le dynamitage d’une laiterie qui travaillait uniquement pour l’occupant, les Allemands vinrent perquisitionner sur son lieu de travail. Mais la direction ayant été avertie, tous les explosifs furent dissimulés.

Au cours du dernier trimestre 1944, il rentra à Trélazé avec sa famille et reprit sa place de fendeur aux Ardoisières. Il devint délégué CFTC et participa à la remise en route de l’organisation syndicale tant à Trélazé qu’à l’Union départementale.

Le 19 mai 1946, il entra au Conseil de l’Union départementale. Quatre ans plus tard, au congrès du 1er mars 1950, il fut élu au bureau en qualité de vice-président. Il occupa cette fonction jusqu’au congrès du 1er mars 1959 au cours duquel les postes de président et de vice-président furent supprimés. Il quitta le bureau de l’UD - devenu commission exécutive – au congrès de 1965 et laissa sa place au conseil à un autre mineur, François Goacoulou, en novembre 1971.

Malgré les difficultés pour travailler parfois avec la CGT majoritaire aux Ardoisières, Henri Pellier fit toujours le maximum pour que les actions soient menées dans l’unité tout en affirmant les positions de son organisation. Ce fut le cas pour la grève de 1945, dont l’objectif fut l’obtention du statut de mineurs pour les ardoisiers, pour la grève nationale des mineurs en 1948, pour celle de 1953 et pour toutes celles qui furent menées localement aux Ardoisières. Lorsque les militants de l’UD lui reprochèrent de toujours vouloir tout faire dans l’unité au détriment de l’expression propre de la CFTC, il répondit comme ses collègues ardoisiers du syndicat "Oui mais, chez nous, c’est une tradition, ce n’est pas comme dans les autres professions. Nos camarades mineurs ne comprendraient pas..."

Membre du groupe "Reconstruction", il fut partisan de l’évolution de la CFTC et de son ouverture aux non-chrétiens. Auprès du président de l’UD, Raymond Bougis, il fut, dans sa fonction de vice-président, un élément modérateur dans les conflits entre la "vieille garde" et les plus jeunes issus de la JOC et toujours prêts à en découdre pour accélérer le mouvement d’évolution de l’organisation syndicale.

À l’issue du congrès confédéral extraordinaire de novembre 1964, qui décida du changement des statuts et du sigle CFTC en CFDT, la Fédération des Mineurs fit scission. Dix jours plus tard, Henri Pellier fit partie des six responsables syndicaux mineurs qui se retrouvèrent dans le bureau d’Eugène Descamps, secrétaire général de la CFDT, accompagné de Jean-Marie Kieken, chargé du secteur "organisation", pour relancer la Fédération. Les autres représentants de la délégation furent Jean Vasseur, du Nord, Jean-Pierre Schneider des Mines de potasse d’Alsace, Jean Rechatin des Mines de la Loire, Roger Dessagne des Mines de charbon de Blanzy (Saône-et-Loire) et Roger Houdmond , ardoisier, pour les Mines de l’Ouest.

Outre ses responsabilités syndicales professionnelles et interprofessionnelles, Henri Pellier assuma directement ou indirectement la représentation de la CFTC/CFDT dans divers organismes : administrateur de la Caisse d’allocations familiales (CAF) de Maine-et-Loire de 1956 à novembre 1975, dont il fut le vice-président du 27 décembre 1956 au 27 janvier 1966 et le président du 27 janvier 1966 au 22 septembre 1967 ; administrateur de l’URSSAF de 1960 au 28 mars 1980 ; administrateur de la Caisse de retraite complémentaire CIPS ; administrateur de la société HLM "Val de Loire" de 1958 à 1975.

Il participa par ailleurs en 1946 à la création de la colonie de vacances "L’ardoise fine". Il milita également en compagnie de son épouse au Mouvement populaire des familles (MPF) de 1945 jusqu’au début des années 50. Il fut sympathisant de l’association des anciens buveurs "Vie libre". Au cours du congrès national de cette association, en 1976, il intervint notamment pour témoigner de l’action menée contre l’alcoolisme et pour aider les malades aux Ardoisières de Trélazé, ainsi que de son action au sein de la Caisse d’Allocations Familiales d’Angers pour la prise en charge de ce problème. Il fut également très engagé en tant que chrétien sur le plan paroissial et dans diverses associations et groupes catholiques. Il fut adhérent un temps au Parti socialiste.

Après son départ en retraite des Ardoisières en 1973, Henri Pellier termina sa vie de militant syndicaliste en qualité de président de l’Union locale interprofessionnelle des Retraités CFDT de la région d’Angers (ULIR), de 1973 à 1987. C’est lui qui mit en place l’Union départementale interprofessionnelle des Retraités de Maine-et-Loire en juin 1984. De 1987 jusqu’à son décès, en 1995, il fut responsable de la commission "Loisirs" de l’ULIR.

Il laisse le souvenir d’un homme de dialogue, convivial et bon, d’un militant qui resta jusqu’au bout fidèle à ses engagements au service des travailleurs et du syndicalisme.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230109, notice PELLIER Henri, Théodore, Francis, Pierre par Thareaut Louis, version mise en ligne le 18 juillet 2020, dernière modification le 13 juillet 2020.

Par Thareaut Louis

SOURCES : Arch. Dép. du Maine-et-Loire : fonds de l’Union départementale CFDT de Maine-et-Loire. — Entretien de Louis Thareaut avec Marie-Odile Vaillant, fille de Henri Pellier. — Notes personnelles d’Henri Pellier. — Notes de Jean Ilias, militant CFDT ardoisier.

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