SALOMON (SALAMON, ŠALAMON) Stanislav Stanko

Par Hervé Lemesle

Né le 15 décembre 1920 à Krmelj (Novo Mesto, Royaume des Serbes, Croates et Slovènes, aujourd’hui Slovénie), mort en 1998 à Ljubljana (Slovénie) ; émigré en Belgique, apprenti boulanger, sympathisant du Parti communiste ; volontaire en Espagne républicaine, évacué en juillet 1938 ; militant communiste et résistant en Belgique, interné en Allemagne ; employé de banque en Yougoslavie après 1945.

Stanislav Salomon en 1937 en Espagne (Source : Nuestros Españoles, op. cit.)

Né en Basse-Carniole dans une famille ouvrière d’origine juive, Stanislav Salomon émigra à l’âge de deux ans avec ses parents d’abord en France, où son père Martin fut mineur près de Metz (Moselle), puis à partir de 1924 en Belgique, son père trouvant du travail dans une fosse à Liège (Wallonie). Après l’école élémentaire, il fit un apprentissage de boulanger et se rapprocha du mouvement ouvrier, son père militant dans le Parti communiste de Belgique (PCB). Il fut courrier du Parti et s’impliqua dans la campagne d’aide à la République espagnole à partir de l’été 1936. Il décida en mars 1937 d’y partir lui-même, avec l’approbation de ses parents. Il passa la frontière française de bon matin avec un groupe d’ouvrier allant travailler à Lille. De là, il prit le train pour Paris avec trois autres volontaires yougoslaves adhérents du PCB, émigrés en Belgique : le Slovène Vladislav Jurca (1904-1938), les Croates Ivan Birčić (1909-1944) et Mihael Karoglan (1913-1977). Arrivés à la Gare du Nord, ils furent pris en charge par un compatriote et logèrent dans un hôtel pendant huit jours. Au centre de recrutement des Brigades internationales (BI), situé rue de la Granges-aux-Belles dans le Xe arrondissement, Stanislav Salomon rencontra une première difficulté quand on lui demanda son âge. Il mentit en affirmant qu’il avait 18 ans ; un responsable lui dit qu’il était trop jeune et lui proposa de l’argent pour rentrer en Belgique. Le chef du recrutement, le Monténégrin Labud Kusovac dit Robert (1898-1967) accepta son départ après avoir eu les garanties de deux membres du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ), l’un venu plusieurs fois à Liège et l’ayant reconnu, et l’autre qui connaissait ses parents. Il gagna alors Marseille, où il dut attendre, parmi un groupe de 200 volontaires, six jours pour embarquer, afin éviter les contrôles de la commission internationale chargée de faire appliquer la politique de non-intervention dans le conflit ibérique. Monté à bord, il fit la connaissance d’un autre jeune volontaire slovène venu de Yougoslavie, Dušan Ravter.

Arrivé à Barcelone en avril 1937, Stanislav Salomon passa trois jours dans la caserne Karl Marx, puis gagna par le train via Valence la base des BI à Albacete. Accueilli par le vétéran du mouvement communiste slovène Dragutin Gustinčič (1882-1974), il ne mentit pas cette fois sur son âge et fut isolé avec Dušan Ravter dans une pièce, où on leur intima de rester à Albacete pour suivre une formation militaire car trop jeunes pour partir au front. Ils refusèrent et s’enfuirent dans le groupe yougoslave à Madrigueras, où ils reçurent une courte instruction au maniement des armes. Ils rejoignirent ensuite le bataillon « Dimitrov » de la 15e BI sur le front du Jarama à l’est de Madrid, stabilisé après les terribles combats du mois de février. Stanislav Salomon devint courrier de l’état-major du bataillon, chargé des communications avec les différentes compagnies de l’unité. Le 6 juillet 1937, au début de l’offensive républicaine sur Brunete à l’est de la capitale espagnole, le commandant du « Dimitrov », le vétéran de la Commune de Budapest de 1919 Mihaly Szalvai dit Tchapaïev (1899-1955) lui ordonna d’aller chercher de l’eau, les combattants étant bloqués dans leur offensive sous une chaleur torride devant le village de Villanueva de la Cañada. Il partit avec cinq gourdes vers une source, où il rencontra deux phalangistes qui, comprenant qu’il était républicain, lui lancèrent une grenade et il perdit ainsi la moitié du précieux breuvage. Il revint piteux à l’état-major du bataillon « Dimitrov », où l’on rit de sa mésaventure. Une fois le village pris le lendemain, le bataillon progressa difficilement vers le Sud, Dušan Ravter et Ivan Birčić furent capturés. Chargé de prévenir le bataillon franco-belge de la position du « Dimitrov », Stanislav Salomon fut grièvement blessé à la tête le 15 juillet. Hospitalisé pendant deux semaines à Madrid, victime d’une paralysie faciale, il ne pouvait, selon son témoignage publié en 1971, ni parler ni écrire, mais comprenait ce que le médecin lui disait, sans pouvoir expliquer qui il était. La version selon laquelle il était devenu sourd et muet et pensait être prisonnier des franquistes, rapportée dans la caractéristique rédigée en 1941 par un vétéran monténégrin du bataillon Dimitrov blessé au Jarama, Veljko Vlahović (1914-1975), semble donc erronée.

Stanislav Salomon fut ensuite transféré à Albacete, où la commission médicale décida en décembre 1937 de l’envoyer en convalescence à Dénia près d’Alicante. Accompagné d’un Yougoslave, il s’évanouit plusieurs fois pendant le trajet. Après une semaine en observation, il fut déplacé dans une grande chambre, où un volontaire hongrois ayant deux fils à peu près du même âge que lui le prit en charge et l’aida à retrouver la parole, difficilement parce qu’il mélangeait plusieurs langues. Un mois après, il rejoignit l’hôpital des BI à Murcia, où il sympathisa avec deux autres volontaires slovènes blessés, Janez Gramc (1907-1972) émigré en Belgique et Ivan Kolar (1906- ?) venu de France. Les médecins se prononçant pour son opération, il fut ensuite envoyé en février 1938 à Barcelone. Escorté cette fois par un Espagnol, il fut accueilli très chaleureusement dans la famille de ce dernier, alors que la voie ferrée vers Barcelone était coupée par une attaque aérienne. C’était pour Stanislav Salomon la preuve que les villageois n’étaient pas dupes de la propagande franquiste qualifiant les brigadistes internationaux de criminels. L’opération chirurgicale n’ayant finalement pas eu lieu dans la capitale catalane, il gagna S’Agaro où étaient regroupés les invalides en attente d’un rapatriement en France. Il revint ainsi fin juillet 1938 à Paris avec un groupe de Yougoslaves, dont Aleš Bebler (1907-1981), Karlo Mrazović (1902-1987), Božo Vukušić (1917- ?) et Veljko Vlahović, qui l’évalua comme un bon antifasciste, courageux au front, faible politiquement mais s’étant formé durant son hospitalisation.

Selon son témoignage, Stanislav Salomon retourna rapidement à Liège, redoutant d’être arrêté faute de papiers en règle. Il fut affectueusement accueilli par son père, qui était fier de lui. Il participa dès lors à de nombreuses réunions avec des militants et des sympathisants communistes, expliquant la situation et la lutte des BI en Espagne. Avec des vétérans belges et yougoslaves comme Janez Gramc et Ferdinand Praznik (1981- ?) rentrés après lui, il s’impliqua dans l’organisation des « Amis des volontaires pour la liberté » chargée d’aider les invalides et les orphelins de guerre espagnols, en dépit de l’interdiction officielle. Il milita dans le PCB, mais renonça à toute activité politique publique à partir de l’occupation allemande en mai 1940. Redoutant d’être arrêté malgré la destruction des archives compromettantes grâce à des soutiens dans la police belge, il décida fin 1940 de partir travailler en Allemagne. Il fut embauché par IG Farben à Leverkusen, tandis que son père lui aussi menacé devint mineur à Mengede près de Dortmund. Il multiplia alors les allers-retours entre la Rhénanie et Liège pour organiser, en relation avec le PCB clandestin et l’ancien d’Espagne croate Franjo Balajić (1913-1972), des sabotages et une filière d’évasion de prisonniers russes et polonais vers la Wallonie. Lorsqu’il estima en juin 1943 que ces opérations devenaient trop périlleuses, il rejoignit ses parents dans la Ruhr, travailla quelques mois sur un chantier, mais fut finalement arrêté. Interné à la prison de Düsseldorf puis dans le camp de concentration de Deutz dans la banlieue de Cologne, il parvint à s’évader en avril 1945 et trouva refuge chez un ouvrier allemand, qu’il avait connu à Leverkusen et qui eut du mal à le remettre, car il était très amaigri et barbu. Il put grâce son aide rejoindre ses parents et se cacher jusqu’à l’arrivée des Alliés.

Rentré en Belgique, Stanislav Salomon fit le choix de regagner son pays natal. Passé par Paris et Marseille, il arriva à Ljubljana en août 1945. Il servit d’abord jusqu’en avril 1947 dans la 31e division de l’Armée des peuples de Yougoslavie (JNA), comme courrier et chauffeur, après un apprentissage de chauffeur-mécanicien. Il fut ensuite employé de la banque communale de Ljubljana, où il vécut avec son épouse Slavka, internée deux ans à Auschwitz et sa fille, née en 1950. Il adhéra au syndicat et au Front des peuples de Yougoslavie, organisation de masse du KPJ, mais pas dans ce dernier. Reconnu en 1947 comme invalide à 80%, il déclarait en 1956 être en mauvaise santé, mais il vécut jusqu’à sa 77e année.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230271, notice SALOMON (SALAMON, ŠALAMON) Stanislav Stanko par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 juillet 2020, dernière modification le 17 juillet 2020.

Par Hervé Lemesle

Stanislav Salomon en 1937 en Espagne (Source : Nuestros Españoles, op. cit.)
Stanislav Salomon après 1945 (Source : AJ, dossier personnel)

ŒUVRE : « Teškoće zbog mladosti » [Difficultés à cause de ma jeunesse], in Čedo Kapor, Španija 1936-1939 [L’Espagne], Belgrade, Vojno-izdavačko zavoda, 1971, vol.1, pp.429-431. — « Bio sam najmlađi dobrovoljac- Ranjenik » [J’étais le plus jeune volontaire- Blessé], ibidem, vol.3, pp.311-316. — « Po ozdravljenje ponovo u borbu » [De nouveau dans la lutte après la convalescence], ibidem, vol.4, pp.539-543.

SOURCES : Karl Anger, Dragutin Gustinčič, Carlo Ortega (Karlo Mrazović), Nuestros Españoles, Madrid, Ediciones del comisariado de las Brigadas internacionales, 1937, p.22. — RGASPI (Moscou), 545.6.1530, caractéristique n°954 du 28 mai 1941. — Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), 724-VIII, dossier personnel, questionnaire de l’Association des anciens d’Espagne et autobiographie du 2 octobre 1956. — Spisak španskih boraca [Liste des combattants espagnols], Belgrade, Udruženje Španskih borci 1936-1939, septembre 2011, en ligne. — Martin Sugarman, Against Fascism — Jews who served in The International Brigade in The Spanish Civil War, juillet 2016, p.132, PDF en ligne.

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