ŽIVKOVIĆ Ljubomir Ljuba [dit ILIĆ dans la clandestinité, Ljupče ŠPANAC dans les partisans]

Par Hervé Lemesle

Né le 27 février 1917 à Crveni Breg (Bela Palanka, Serbie), mort fin novembre 1942 à Bosanski Petrovac (Etat indépendant de Croatie, aujourd’hui Fédération de Bosnie-Herzégovine) ; cordonnier, militant des Jeunesses communistes ; volontaire en Espagne républicaine ; interné en France puis en Yougoslavie, résistant.

Ljubomir Živković en uniforme de partisan (Source : Narodni heroji, op. cit.)

Ljubomir Živković naquit dans un petit village de Serbie méridionale situé à l’est de Niš, où ses parents étaient des paysans pauvres et eurent une fille et deux autres fils. Son père étant mort prématurément, il fut contraint après l’école élémentaire de trouver du travail pour subvenir aux besoins de la famille. Il trouva une place chez un pâtissier de Niš, qui l’exploita au lieu de lui apprendre de métier. Un retraité le prit ensuite comme domestique, puis il fit un apprentissage de cordonnier à Senta (Vojvodine) et à Belgrade, durant lequel il se rapprocha du mouvement ouvrier. Il se syndiqua en 1934, et adhéra l’année suivante au Secours rouge et à la Ligue de la jeunesse communiste de Yougoslavie (SKOJ), s’occupant de l’organisation dans un comité de rayon. Impliqué dans les grèves et les manifestations contre le régime monarchiste et autoritaire du régent Paul Karađorđević (1893-1976) et du Premier ministre Milan Stojadinović (1888-1961) favorable à un rapprochement avec l’Allemagne nazie, il fut arrêté en décembre 1935 et condamné en décembre 1936 à un an et demi de prison. Comme un autre jeune futur volontaire en Espagne républicaine, Drago Mlakar (1917-1941), il purgea sa peine à Sremska Mitrovica (Vojvodine), où étaient internés 300 communistes, dont Moša Pijade (1890-1957), Petko Miletić (1897-1940), Aleksandar Ranković (1909-1983) et Milovan Đilas (1911-1995). Ces cadres étaient parvenus à transformer la geôle en « université rouge », dispensant aux jeunes militants une formation théorique au marxisme-léninisme. Mais ils se divisèrent à partir de l’été 1937, quand Josip Broz dit Tito (1892-1980) fut nommé secrétaire du Parti communiste de Yougoslavie (KPJ), suite à la liquidation de Josip Čižinski dit Milan Gorkić (1904-1937). Miletić, alors très populaire à Mitrovica et dans le KPJ, contesta le pouvoir de Tito, tandis que Pijade soutenait ce dernier ; Ranković et Đilas, d’abord proches de Miletić, devinrent ensuite les principaux collaborateurs de Tito. Ljubomir Živković fut libéré en novembre 1937 et décida de partir défendre la République espagnole en passant par l’Autriche, la Suisse et la France.

Arrivé en février 1938 à la base des brigades internationales (BI) d’Albacete (Castille-La Manche), Ljubomir Živković reçut une instruction militaire à Casas Ibañez, puis intégra le bataillon « Đaković » de la 129e BI. Il combattit en avril en Aragon lors de la débandade des BI face à l’offensive franquiste visant à couper la Catalogne du reste du territoire républicain. Passé avec certains de ces camarades yougoslaves en Catalogne, tandis que les autres restèrent au Levant, il fut affecté dans le bataillon « Divisionario » attaché à la 45e division. Avec sa nouvelle unité, il participa à la dernière grande offensive républicaine sur l’Ebre durant l’été 1938. Considéré comme un bon volontaire, courageux et discipliné, actif et assez bien formé politiquement, faisant preuve d’initiative et d’autorité, mais « obstiné et puéril », il fut admis dans le Parti communiste d’Espagne (PCE). Remobilisé en janvier 1939 pour défendre Barcelone puis couvrir la retraite vers la France, il passa en février la frontière avec un vélo qu’il avait bricolé en mai 1938 à Tortosa, et dont, selon la légende, il ne sépara pas jusqu’à son départ dans le maquis yougoslave durant l’été 1941.

Ljubomir Živković fut d’abord interné à Saint-Cyprien (Pyrénées-Orientales), puis transféré au printemps 1939 à Gurs (Basses-Pyrénées) et en juin 1940 à Argelès-sur-Mer (Pyrénées-Orientales), où il traduisit des passages d’Engels avec un étudiant serbe venu de Tchécoslovaquie, Lazar Udovički (1915-1997). Évadé début septembre 1940, il rejoignit Marseille, où un autre Španac [ancien d’Espagne yougoslave], Lazar Latinović (1915-2006) dirigeait un centre d’accueil des fugitifs destiné à faciliter leur retour en Yougoslavie. Ljubomir Živković embarqua ainsi le 18 septembre 1940 à destination de Split (Dalmatie), en compagnie d’autres vétérans : Alfred Bergman (1901-1941), Dragoslav Jovanović (1915-1982), Živorad Jovanović (1904-1942), Branislav Milenković (1907-1965), Blagoje Nešković (1907-1984) et son épouse Nada Dimitrijević (1907-1941), Gojko Nikoliš (1911-1995), Ivan Trpin (1910-1984), Ivo Vejvoda (1911-1991) et Pavao Vrdoljak (1905-1993). Arrêtés à leur arrivée à Split le 24 septembre, ils furent transférés à Zagreb. Les ressortissants de Croatie (Bergman, Nikoliš, Vejvoda, Vrdoljak) et de Slovénie (Trpin) furent assignés à résidence. Les autres, tous Serbes, furent déportés dans le camp de Bileća (Herzégovine) mais libérés début novembre, suite à une décision du tribunal de Celje (Slovénie) déclarant inconstitutionnelle l’ordonnance du 15 décembre 1939, qui autorisait l’internement sans jugement de « ceux qui troublent l’ordre public ».

Assigné à résidence dans son village natal, Ljubomir Živković partit dès le lendemain pour Novi Sad (Vojvodine), où il travailla sous un nom d’emprunt (Ilić). Il devint rapidement membre du comité provincial de la SKOJ, et après avoir évité une arrestation, passa dans la clandestinité en février 1941. Suite à l’attaque des forces de l’Axe qui démembrèrent la Yougoslavie en avril, il gagna Belgrade. Il s’y impliqua dans un comité de rayon et prit la direction d’un groupe de saboteurs, qui incendia un garage de la Wehrmacht. Il rejoint le maquis durant l’été dans le détachement des partisans de Posavina, commandé par un autre Španac, Koča Popović (1908-1992). Ljubomir Živković devint commissaire politique de la compagnie de Belgrade, transformée en bataillon en septembre. Il organisa l’évasion des prisonniers de Sremska Mitrovica, et de multiples réunions avec des villageois en les incitant à rallier les partisans. Passé dans le territoire libéré d’Užice (Serbie occidentale), où Tito avait installé son QG, il prit part à la retraite vers le Sud de l’état-major suprême des partisans de Yougoslavie (VŠ), provoquée en novembre par une offensive allemande destinée à éradiquer la résistance communiste en Serbie. Le VŠ passa fin décembre en Bosnie orientale, et créa une unité de choc mobile, la 1e brigade prolétarienne (BP), commandée par Koča Popović, et dont un autre jeune Španac, Mirko Krželj (1920-1994), fut membre. Ljubomir Živković devint en son sein intendant du bataillon de Belgrade, qui participa dès lors à tous les combats de la 1e BP d’abord en Bosnie orientale et en Herzégovine, puis à partir de juin 1942 à la « longue marche » vers la Bosnie occidentale, où le VŠ s’installa à Bihać. Nomme fin octobre 1942 vice-commandant du bataillon de Belgrade, il lutta dans le secteur de Banja Luka et de Jajce. Grièvement blessé dans la nuit du 19 au 20 novembre 1942, il fut transféré à l’hôpital de Bosanski Petrovac, où il s’éteint quelques jours après.

Moins mis en valeur par la propagande titiste qu’un autre jeune ancien d’Espagne tombé pendant la guerre de libération des peuples de Yougoslavie, Slobodan Mitrov (1919-1942), Ljubomir Živković fut proclamé héros des peuples le 20 décembre 1951. Une école portant encore son nom à Bela Palanka a été rénovée en 2016. A cette occasion, le Premier ministre de la Serbie, devenu depuis président de la République, Aleksandar Vučić se rendit sur les lieux. Longtemps nationaliste intransigeant, ayant couvert les crimes commis en Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995, Vučić est devenu depuis 2008 favorable à l’entrée de son pays dans l’UE. Il multiplie depuis les initiatives pour récupérer, tout en gommant la dimension révolutionnaire, la mémoire des patriotes serbes, qui, comme Ljubomir Živković, ont lutté pour la libération nationale et sociale des peuples yougoslaves.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230280, notice ŽIVKOVIĆ Ljubomir Ljuba [dit ILIĆ dans la clandestinité, Ljupče ŠPANAC dans les partisans] par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 17 juillet 2020, dernière modification le 17 juillet 2020.

Par Hervé Lemesle

Ljubomir Živković en uniforme de partisan (Source : Narodni heroji, op. cit.)

SOURCES : RGASPI (Moscou), 495.277, dossier personnel, biographie de militant du 1er mai 1938 ; 545.6.1534, caractéristique n°1180 du 12 juin 1941. — Slavoljub Cvetković, « Bilećki koncentracioni logor » [Le camp de concentration de Bileća], in Dragoslav Janković, dir., Istorija XX. Veka. Zbornik radova [Histoire du XXe siècle. Recueil de travaux], n°2, Belgrade, Kultura, 1959, pp. 267-307. — Pero Morača, dir., Narodni heroji Jugoslavije [Les héros des peuples de Yougoslavie], Belgrade, Mladost, 1975, vol.2, pp.359-360. — Gojko Nikoliš, Korijen, stablo, pavetina (memoari) [Les racines, le tronc, le lierre (mémoires)], Zagreb, Sveučilišna naklada Liber, 1981. — Lazar Udovički, Španije moje mladosti. Pismo mojoj deci [L’Espagne de ma jeunesse. Lettre à mes enfants], Belgrade, Čigoja štampa, 1997. — „Poslednji dan u niškom kraju : Premijer obišao osnovne škole u Beloj Palanci, Crvenoj reci i Svrljigu“ [Hier dans le secteur de Niš : le Premier ministre s’est rendu dans des écoles primaires à Bela Palanka, Crvena Reka et Svrljig], Srbija Danas [La Serbie aujourd’hui], Belgrade, 19 octobre 2016, en ligne.

rebonds ?
Les rebonds proposent trois biographies choisies aléatoirement en fonction de similarités thématiques (dictionnaires), chronologiques (périodes), géographiques (département) et socioprofessionnelles.
Version imprimable Signaler un complément