DUBOIS Émile, Alfred, Edmond

Par René Gaudy, Jean Maitron, Claude Pennetier

Né le 24 août 1886 à Fontenois-lès-Montbozon (Haute-Saône), mort le 29 octobre 1957 à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis) ; ouvrier gazier ; militant communiste et syndicaliste ; secrétaire de la Fédération unitaire des services publics et de l’éclairage (1928-1932) ; conseiller municipal puis maire (1953-1957) d’Aubervilliers ; conseiller général.

Fils d’un peintre en bâtiment, et d’une ménagère qui mourut quand Émile avait huit ans, troisième d’une famille de six enfants, Émile Dubois, fréquenta l’école primaire de son village natal jusqu’à l’âge de douze ans. Il obtint le Certificat d’études primaires puis vendit Le Petit Parisien à la criée dans les villages voisins. Il s’installa à Aubervilliers vers 1902.

Son service militaire terminé, Dubois se fit embaucher à la Compagnie du Gaz de Paris (usine du Landy à Saint-Denis) et adhéra au syndicat CGT du gaz. On ignore la date de son adhésion à la section socialiste d’Aubervilliers, mais elle est antérieure à la Première Guerre mondiale. Mobilisé pendant tout le conflit, il en sortit blessé et titulaire de plusieurs citations, de la médaille militaire, de la Croix de guerre. À son retour, il fit l’acquisition d’un pavillon, 22 rue de l’Abeille à Aubervilliers.

La section socialiste le présenta aux élections municipales du 30 novembre 1919 sur la liste dirigée par Michel Georgen*. Tous les candidats furent élus au premier tour et le conseil municipal désigna Dubois comme deuxième adjoint mais la municipalité ne résista pas aux tensions entre socialistes et communistes après le congrès de Tours (décembre 1920). Le bulletin municipal d’Aubervilliers de juillet 1954, le présente comme un des fondateurs du PC dans la région nord-est de la banlieue parisienne. La préfecture provoqua des élections partielles les 25 février et 4 mars 1923. Dubois se présenta sans succès à la tête de la liste communiste opposée à la liste d’Union fédérative socialiste de Pierre Laval* et Michel Georgen*. Les communistes se retirèrent, au second tour, en faveur de Georgen et Laval qui conservèrent la mairie avec 3 230 voix contre 1 094 à la liste d’Action républicaine et économique. Émile Dubois fut le porte-drapeau du PC aux élections cantonales de mai 1925 (2e circonscription d’Aubervilliers). Candidat aux élections législatives du 22 avril 1928 dans la 1re circonscription du XIXe arr. (quartiers Combat et Villette), il recueillit 6 069 voix sur 23 040 inscrits et 20 227 votants. Le socialiste SFIO Eugène Fiancette* fut élu au second tour avec 10 805 voix. Pour les élections municipales des 5 et 12 mai 1929, Émile. Dubois se présenta non à Aubervilliers, mais dans le quartier de La Villette. Pour contrecarrer l’influence de Pierre Laval*, dans cette grande ville ouvrière de la banlieue nord qu’était Aubervilliers, la direction du Parti communiste décida d’envoyer un militant connu : Charles Tillon*. Émile Dubois eut la charge d’initier à la vie locale le candidat communiste aux élections législatives du 1er mai 1932. Tillon réussit à mettre Maurice Foulon*, l’homme de Pierre Laval*, en ballottage. Les élections municipales des 5 et 12 mai permirent l’entrée au conseil de trois communistes : Charles Tillon*, Émile Dubois et Finck mais le conseil de préfecture annula ces élections à la demande de P. Laval. Quelques jours plus tard, le 2 juin 1935, Dubois conquit le siège de conseiller général de la 1re circonscription d’Aubervilliers. Au premier tour, les voix des 8 579 votants (11 082 inscrits) s’étaient réparties ainsi : Dubois 3 919 voix, Herson, socialiste indépendant, conseiller sortant 3 900, Lamarque SFIO 226. Son score passa au second tour à 4 504 voix contre 3 741 à Herson, sur 8 479 votants. Le communiste Charles Tillon* obtenait le siège de la 2e circonscription d’Aubervilliers. Dubois appartint à la 1re commission (Immeubles départementaux et domaines) et à la 3e commission (Assistance aux vieillards et aux aliénés) du conseil général.

Son activité syndicale fut également intense. Son nom apparaît sur la liste des membres de la commission exécutive de la Seine en 1924 (suppléant) et 1925-1926 (titulaire). Il faisait partie de la section syndicale centrale du PC en juillet 1928. Il avait accédé en 1925, à la fonction de secrétaire général du syndicat CGTU du Gaz de Paris prenant la suite d’Émile, Alfred Frère*. Il assura alors la gérance du journal CGTU Les Gaziers de Paris. En 1927, il fut remplacé par Gabriel, Amédée Auclerc* (tendance minorité CGTU) et en 1929-1930, il prit une part active dans le renversement de tendance qui aboutit à l’élection d’un bureau de tendance majoritaire, dirigé par Corentin Cariou*.
Au congrès de fusion des Fédérations CGTU de l’Éclairage et des Services publics réunies à Bordeaux du 16 au 18 septembre 1927, ce fut Dubois qui, au nom de la majorité de la CGTU, proposa la motion d’orientation qui obtint 33 voix contre 15 et 4 abstentions. La tendance minoritaire qui dirigeait la Fédération céda la place et Dubois fut élu membre de la commission exécutive. Au congrès suivant, en octobre 1928, il fut élu secrétaire fédéral (Éclairage) aux côtés d’Yves Chauvel* (Services publics) et réélu au congrès de 1929. Au congrès de 1931, Marcel Paul* fut élu secrétaire (avec Bernard Sestacq* pour les Services publics), mais le congrès ayant estimé que la direction devait être renforcée, Dubois resta secrétaire jusqu’en décembre 1932. Le 8 novembre 1932, il fit savoir par lettre à la direction de la Fédération et à son syndicat qu’il quittait le secrétariat fédéral et reprendrait son travail à l’usine du Landy le 1er janvier 1933 (lettre publiée dans Les Gaziers de Paris, 1er décembre 1932). Il fut durant cette période gérant de l’organe fédéral l’Émancipation.

Au Ve congrès confédéral de la CGTU en 1929, il fut élu suppléant à la Commission exécutive. Sa Fédération le délégua en URSS pour assister aux Fêtes du 1er Mai 1931. Il intervint au congrès fédéral d’unité en 1936 à Toulouse dans le débat sur le nombre de secrétaires permanents appointés, pour offrir « gratuitement ses services à la Fédération », mais sa proposition ne fut pas retenue.

Le conseil de préfecture déchut Émile Dubois de son mandat de conseiller général le 21 janvier 1940 pour appartenance au Parti communiste. Il fut arrêté le 19 décembre 1939 et interné administrativement au château de Baillet (Seine-et-Oise) puis au camp d’Aincourt le 11 octobre 1940. Les autorités allemandes le déportèrent le 24 janvier 1943 à Orianenbourg puis Buchenwald (Allemagne). Marcel Paul* déclare se souvenir de Dubois à Buchenwald : d’après lui, Dubois, à demi-mort de faim, fut pris en charge par le réseau de Résistance du camp, qui réussit à le maintenir en vie en le faisant bénéficier de « la soupe des morts », (rations supplémentaires soustraites aux nazis en leur dissimulant le décès de déportés).

Émile Dubois retrouva à la Libération son mandat de conseiller général - qu’il conserva jusqu’à son décès - et de conseiller municipal puis d’adjoint. Charles Tillon*, député-maire d’Aubervilliers, ayant été écarté de toute responsabilité par la direction du PCF en 1952, Émile Dubois fut élu maire le 3 février 1953 et le resta jusqu’à sa mort. André Karman* lui succéda.

Émile Dubois était marié et père de deux enfants. Son fils, Émile, Auguste, né le 7 avril 1914 à Aubervilliers, exerça comme chirurgien dentiste dans cette ville.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23042, notice DUBOIS Émile, Alfred, Edmond par René Gaudy, Jean Maitron, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 2 juillet 2012.

Par René Gaudy, Jean Maitron, Claude Pennetier

SOURCES : Arch. Nat. F7/13714, rapport du 20 septembre 1927, F7/13715, octobre 1928. — Arch. PPo. 101 et 306. — IRM, bobine 294. — Arch. Com. Aubervilliers. — Arch. Fédé. CGT de l’Énergie. — L’Humanité, 19 septembre 1927, 6 et 13 mai 1929, 22 avril 1935. — Le Monde, 1er novembre 1957. — Les Gaziers de Paris, 1929-1933. — Éclairage et Force motrice, mars-avril 1936. — Charles Tillon, On chantait rouge, 1977. — Notes de J. Girault. — Témoignage de Marcel Paul.

Filmographie : Les fusillés d’Aubervilliers, 1945 : Cérémonie funéraire du 6 mai 1945 en l’honneur des 19 fusillés d’Aubervilliers. Après les allocutions d’Emile Dubois, conseiller général de la Seine rescapé de Buchenwald, et de Charles Tillon, ministre de l’air et maire d’Aubervilliers, la foule émue suit les 19 corbillards jusqu’au cimetière de la ville."

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