ROSEVEGUE Georges

Par Jacques Defortescu

Né le 8 février 1941 à Montpellier (Hérault), mort le 16 novembre 2017 ; directeur de la Maison de la culture du Havre, Chargé de Mission au Ministère de la Culture et à l’action territoriale.

Georges Rosevegue (DR)

Ses parents étaient des immigrés juifs venus en France dans les années 1930 pour y faire leurs études de médecine. Son père, Michel Rozencweig (1907-1994), de nationalité polonaise, était né à Varsovie ; sa mère, Rosa Mitchnik (1909-1963), née à Odessa, était de nationalité roumaine.
Athées et laïcs, ils appartinrent tous deux au Parti communiste français avant-guerre.
Son père participa à la Résistance dans les Francs-tireurs et partisans et s’engagea dans l’armée à la fin de l’année 1944 comme médecin au 6e Bataillon de Chasseurs alpins jusqu’en 1948. La nationalité française qui lui avait été refusée en 1937, lui fut accordée en 1947. Il aurait voulu être naturalisé sous le nom de Delmotte, son pseudonyme de résistant, mais il fut conduit à choisir celui de Rosevègue donné ipso facto à ses trois fils : Georges, André et Pierre.
Après avoir repassé les examens lui permettant d’être médecin à titre français, Michel Rosevègue effectua une carrière de médecin inspecteur de la Santé. Il fut directeur du Bureau d’Hygiène de la Ville du Havre Sa mère Rosa était médecin scolaire. Après la guerre, ses parents ayant milité avec le Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France pendant l’Occupation, votèrent communiste mais sans pour autant adhérer au Parti communiste français. Ils étaient syndiqués, lui au syndicat CGC des inspecteurs de la Santé, elle au Syndicat national des médecins scolaires (FEN), mais sans responsabilités.
La famille s’installa au Havre (Seine-Inférieure, Seine-Maritime) en 1950. C’est à Sainte-Adresse, dans le quartier d’Ignauval que grandit Georges Rosevègue. Éclaireur protestant, il fut élève au Lycée François 1er, puis partit faire ses études universitaires à Rouen, avant de revenir vivre au Havre, quartier de la Mare-Rouge, avec son épouse Paulette Petit, pédiatre et Conseillère municipale du Havre de 1977 à 1983.
En 1973, après avoir milité aux étudiants PSU, Georges Rosevègue adhéra au PCF.
Animateur de la Ligue de l’enseignement, il obtiendra le Diplôme de Conseiller d ’Éducation Populaire (DECEP) et travailla alors à la Fédération Havraise des Œuvres Laïques (FHOL) et rentra au titre de la FHOL comme membre du Conseil d’administration de la Maison de la culture du Havre (MCH) en 1969.
En 1970, Bernard Mounier, directeur de l’établissement, lui proposa de devenir administrateur de la MCH, puis directeur adjoint en 1973.
Dès cette époque, il instaura à la MCH des cycles de débats qu’il anima avec des journalistes comme Roger Louis (transfuge de 5 colonnes à la une) ou Marcel Trillat ou encore Daniel Karlin.
Se définissant lui-même dans le livre de Marie-Paule Dhaille/Hervieu : Communistes au Havre : Histoire sociale, culturelle et politique 1922-1983, comme un « intellectuel prolétarisé » se sentant plus formé à la gestion qu’à la création, il s’adjoindra à partir de 1975 quand il fut nommé Directeur de la MCH, de professionnels de la culture dont Michel Simonot, sociologue, universitaire, théoricien de la priorité donnée au culturel à partir de 1977.
À ce sujet Michel Simonot et Georges Rosevègue, avait publié le 8 juin 1978 dans le journal Le Monde, un article qui fit un certain bruit intitulé : « Quelle création ? Quelle diffusion ? »
Toujours d’après Marie-Paule Dhaille-Hervieu dans son livre : Communistes au Havre : Histoire sociale, culturelle et politique 1922-1983 : « Le choix de la mairie du Havre pour Georges Rosevègue est donc plus lié à des considérations politico- financières, qu’à la nature de son projet esthétique. Il est en effet, par ses qualifications et expériences professionnelles, un homme capable à la fois de prendre en charge un équipement lourd, le projet Niemeyer, et de réaliser un consensus politique et idéologique minimal, entre la direction communiste municipale-André Duroméa maire , et Daniel Colliard premier adjoint, Maryvonne Rioual adjointe à l’enfance et à la jeunesse, membres du PC, André Heudron, adjoint aux affaires culturelles devenu compagnon de route de l’association Maison de la Culture , présidée par Raymond Charpiot et les tutelles extérieures nationales et régionales. »
Le mandat de Georges Rosevègue l’amena à suivre le chantier de la construction de la Maison de la Culture, dénommé par les havrais « Le volcan » du fait de sa forme voulu par Oscar Niemeyer
Pour obtenir cette construction, la ville entière se mobilisa auparavant.
L’histoire de la MCH n’est pas anodine. Faut-il le rappeler la ville du Havre fut sinistrée au cours de la Deuxième guerre mondiale et 90 % de la ville fut rasée par les bombardements alliés notamment en septembre 1944. Le Grand théâtre ne fut plus qu’un champ de ruines. Dès 1946, le secteur culturel havrais se mobilisa pour qu’un lieu d’expression culturel renaisse. Malgré les interdictions diverses et variées municipales interdisant de « monter des spectacles comportant des manipulations de plateau », un personnage Francis Melays, timbalier dans l’orchestre du Grand-Théâtre et secrétaire Général du Syndicat des Musiciens du Havre, joua un rôle très important en créant notamment un comité local pour la défense du théâtre au Havre. Des personnalités locales prestigieuses y adhéreront comme Bernard Esdras-Gosse, ou Camille Salacrou.
Après avoir envisagé la création du théâtre expérimental, les élites municipales renvoyèrent le projet aux oubliettes. En février 1948, le ministre de la reconstruction, un havrais, René Coty (voir notice Jules Durand) qui devint en 1954, Président de la république refusa tout crédit. Le projet fut définitivement abandonné. D’après l’historien Jean Legoy dans son livre paru en 1986 « Cultures havraises » il semble qu’Auguste Perret l’architecte en chef de la reconstruction havraise n’ait pas vu d’un bon œil ce projet qui ne venait pas de son initiative.
Jusqu’en 1961, il y aura eu 17 projets. Il s’agissait uniquement de reconstruire le théâtre.
Mais depuis novembre 1958, un autre projet est en voie de réalisation. Celui du Musée des Beaux-Arts. C’est Reynold Arnould qui y a très largement contribué. Ce musée transformé par la volonté d’André Malraux, ministre d’État chargé des affaires culturelles, en Maison de la Culture fut inauguré le 24 juin 1961. À cette occasion en quelques mots celui-ci fixe son sens et sa destinée : « Ce musée est à beaucoup d’égards un musée important, et le plus moderne de France. Il y a beaucoup de musées dans le monde et il n’est pas difficile -heureusement ou malheureusement- de copier celui-là. Par contre, la Maison de la Culture est la première. Tout jeune garçon de France, même s’il est pauvre, même s’il vit au fond d’une province, pourra, demain, accéder à la culture comme s’il était riche et parisien. Il n’y a pas un lieu au monde où l’on ait tenté aussi bien de donner à chacun sa chance. Lorsque tout aura continué, souvenez-vous : nous étions ici et c’est ici que tout a commencé ». Cette création fut suivie par celles des Maisons de la culture de Bourges en 1963, Amiens en 1965, Grenoble en 1968 ; une quinzaine en 1982, beaucoup moins qu’envisagé alors, une par département.
Pourtant, après cette création, très vite la Maison de la Culture dont l’association fut créée en mai 1961, ne put se satisfaire de ne pas avoir ses locaux en propre.
En 1967, elle s’installa dans l’aile ouest de l’Hôtel de ville, dans un théâtre municipal rénové. Puis en 1982, après moult campagnes de mobilisation pour obtenir des crédits pour la construction de la MCH de la part des syndicats, de comités d’entreprises ou d’organisations politiques, pas moins de trois campagnes de pétitions furent organisées de 1973 à 1980 récoltant de 7 000 à 12 000 signatures portées au cabinet du ministre à Paris. Puis ce fut l’inauguration de la Maison de la Culture créée par Oscar Niemeyer. À cette occasion fut projeté en avant-première en France le « Napoléon » d’Abel Gance dans sa version restaurée, projection accompagnée par l’orchestre symphonique de Lille dirigé par J.C. Casadesus.
Georges Rosevègue pris une part importante à ces actions, auxquels il convient d’associer Bernard Mounier qui participa notamment aux grèves de mai-juin 1968 dans les usines en grève, aux côtés de la CGT.
L’ouverture du Conseil d’administration de la MCH aux représentants du monde du travail consolida dès le début l’ancrage de la Maison de la culture dans le tissu social havrais.
En 1975, Bernard Mounier considérant que c’est « La fin d’un cycle » quitta la MCH et fut remplacé par Georges Rosevègue.
Celui-ci, dans la situation d’un désengagement de plus en plus important de l’État, face au recentrage culturel municipal de la ville du Havre, eut fort à faire.
Utopie aboutit, la Maison de la Culture-Oscar Niemeyer accueillit dès son ouverture la création vivante contemporaine. La promotion des professionnels de la culture, outre Georges Rosevègue, Alain Van der Malière, Vincent Pinel, Christian Zarifian confirmèrent le prestige de l’institution. Recentrer sur la création, le domaine contractuel s’était aussi élargi à des conventions de développement culturel avec des C.E. et organismes équivalents, et avec le monde associatif.
Le bilan du passage au Havre comme directeur de la MCH de Georges Rosevègue est néanmoins impressionnant et difficile à résumer en quelques lignes : Décentralisation régionale en collaboration avec d’autres municipalités du département ( Dieppe, Petit-Quevilly, Lillebonne notamment), création cinématographique en écriture collective, création du centre régional de cinématographie, des débats publics et des expériences interdisciplinaires réalisées avec des historiens, des sociologues et des militants ouvriers, des montages audiovisuels comme « Breguet 36 -ceux qui les premiers ont osé », ou encore « Belle époque- Années folles », une exposition commentée sur l’imagerie coloniale et un débat : « A travers l’imagerie populaire, cent ans de colonialisme et de racisme », la convention « Culture monde du travail » en 1984 avec 41 Comités d’entreprise qui, sur la base d’un groupe de recherche , associant des sociologues, des historiens, des représentants des comités d’entreprise aboutit à une création théâtrale et des publications de Geneviève Poujol et Jean Legoy, et deux diplômes d’études approfondies. On notera encore les activités « Jeunes publics » dans les quartiers populaires.
On peut dire que Georges Rosevègue contribua à développer ce qui reste une « école du Havre » qui fut l’aboutissement de 23 ans de projets, d’actions artistiques et culturelles depuis la création de la MCH. La plupart des membres de l’équipe, constituée au départ par Bernard Mounier qui partit ensuite à la Maison de la Culture de la Rochelle, est constituée de nombreux hommes et femmes de culture qui débutèrent et développèrent leur profession au Havre avant de continuer leurs activités à travers la France. Bernard Millot, maître d’œuvre des actions scientifiques de la MCH, ira à la Cité des sciences de la villette. Vincent Pinel rejoignit la Cinémathèque française au Palais de Chaillot. Il en est de même pour ceux qui ont rejoint l’aventure après. Christopher Crimes diriger ou créa des établissements à Mâcon, puis Mulhouse, Angers ou Montpellier. Alain Van der Malière va parcourir le Nord, à Lille puis auprès de Jean-Louis Borloo à Valenciennes, avant de diriger le cabinet de Michel Duffour, secrétaire d’État au Patrimoine et à la Décentralisation culturelle. Il sera directeur régional des affaires culturelles à plusieurs reprises et directeur du Théâtre et des Spectacles au ministère des affaires culturelles.
En décembre 1984, Georges Rosevègue quitta ses responsabilités à la MCH pour devenir chargé de mission au sein de la coordination des grands projets de l’État comme directeur des préfigurations et du développement. Il rejoignit ensuite le centre Georges-Pompidou où il fut administrateur du Centre de création industrielle et du service de l’audiovisuel. Il termina sa carrière au ministère de la Culture au sein de la Délégation au développement et à l’action territoriale où il fut, jusqu’à sa retraite en 2006, chargé du monde du travail, de l’intégration et de la lutte contre les discriminations.
Georges Rosevègue a été marié à Paulette Petit avec qui il eut trois enfants : Claire née le 9 mars 1964 à Rouen, Carine le 20 mai 1966 à Rouen, Franck le 26 mai 1969 au Havre.
Georges Rosevegue est décédé le 16 novembre 2017 à Paris.
Un hommage lui fut rendu le 25 novembre 2017 au Théâtre de l’Hôtel de ville du Havre. Ainsi qu’en Janvier 2018 au Centre Georges Pompidou à Paris.
Il était Chevalier dans l’ordre des Arts et Lettres.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230560, notice ROSEVEGUE Georges par Jacques Defortescu, version mise en ligne le 26 juillet 2020, dernière modification le 6 septembre 2020.

Par Jacques Defortescu

Georges Rosevegue (DR)
De gauche à droite Georges Rosevegue, André Duroméa, Oscar Niemeyer.
Photo Paris-Normandie

SOURCES : Sa fille Carine Rosevègue. — Journal Le Monde du 8 juin 1978 article de Georges Rosevègue et Michel Simonot : « Quelle création ? Quelle diffusion ? ». — Article de presse régionale du 21 novembre 2017. —Curriculum Vitae de Georges Rosevègue de mars 1999. — Hommage de François Burkhart au centre Pompidou en janvier 2018. — Culture et démocratie-Une histoire de la Maison de la culture du Havre-édition PURH août 2016-
Cultures Havraises -Jean Legoy -EDIP St Etienne-du-Rouvray-1986
Communistes au Havre-Histoire sociale, culturelle et politique (1930-1983) Marie-Paule Dhaille-Hervieu PURH-2009

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