LEFÈBVRE Jean-Paul

Par Gauthier Langlois

Né le 20 germinal an XII (29 mars 1804) à Paris, mort le 2 décembre 1869 à Saint-Omer (Pas-de-Calais) ; marié, deux enfants ; cafetier à Saint-Omer, il accueillait dans son établissement un club socialiste. Opposant au coup d’État du 2 décembre 1851, il fut expulsé et se réfugia à Jersey.

Jean-Paul Lefèbvre (parfois orthographié Lefèvre) était le fils de Jean-Michel Lefèbvre (†1823) et d’Anne Marie Bechet, rentière. Il avait épousé, en 1835 à Arques (Pas-de-Calais), une aubergiste, Fidéline Joseph Wibrat (1812-1898).

Il était suffisamment aisé pour posséder un cheval de course qu’il avait fait concourir à Saint-Omer en 1845. En 1846 il avait installé son café Place royale (aujourd’hui Grande-place), dans un bâtiment qu’il avait acheté 28 000 fr. aux héritiers de son constructeur, l’entrepreneur Jacques Deron. Son café était fréquenté par les socialistes locaux et notamment les jeunes rentiers désœuvrés Louis Deron, le fils de l’entrepreneur, et Théobald Cauvet, qui étaient ses amis. Avec la révolution de février 1848 le café se transforma en club socialiste.

Jean-Paul Lefèbvre et ses amis Louis Deron et Théobald Cauvet s’opposèrent au coup d’État du 2 décembre 1851 puis s’enfuirent ensemble pour échapper à la répression. La commission mixte du Pas-de-Calais condamna alors Lefèbvre à l’expulsion, sur les motifs suivants : « Principal meneur du complot. Avait transformé son café en club où se réunissaient les débauchés de la ville, les hommes perdus et les socialistes exaltés. C’est dans le café du sieur Lefebvre et avec son concours qu’on a résolu d’attaquer la Mairie et la Sous-préfecture, d’organiser une force armée, qu’on a écrit des placards destinés à fomenter le désordre. Homme pervers et sans moralité, qui a favorisé la débauche et amené la ruine de plusieurs jeunes gens de Saint-Omer ».

Après un passage par Londres, Jean-Paul Lefèbvre et son ami Théobald Cauvet se réfugièrent à Jersey. Le 21 octobre 1853 il participait à l’assemblée générale des proscrits républicains résidant à Jersey, qui déclara le sieur Julien Hubert comme espion et agent provocateur de la police de Napoléon III. Le 16 juin 1854 il eut la douleur de conduire au cimetière, avec l’ensemble des proscrits, la dépouille de son jeune ami Théobald Cauvet.

Jean-Paul Lefèbvre fit partie des 36 proscrits qui signèrent, le 17 octobre 1855, la protestation rédigé par Victor Hugo contre l’expulsion de Jersey de Charles Ribeyrolles, du colonel Louis Pianciani et de Philippe Thomas. Cette signature lui valu, comme tous les autres, l’expulsion de l’île. Nous ignorons le lieu de son nouveau refuge. Il ne rentra en France qu’après l’amnistie de 1859 et mourut dix ans après à Saint-Omer. Il était alors propriétaire comme le qualifie son acte de décès.

Le journal d’opposition républicaine le Rappel, sous la probable plume de son compagnon d’exil Albert Barbieux, annonça ainsi sa mort : « Nous avons le regret d’apprendre la mort d’un républicain que nous avons connu à Jersey, où l’avait jeté le coup d’État. Jean-Paul Lefèbvre, qui avait supporté vaillamment huit ans d’exil et qui n’était rentré en France que lorsque la porte lui en avait été rouverte sans condition par ce que l’Empire appelle l’amnistie de 1859, vient de mourir à Saint-Omer. Il est mort le 2 décembre, comme si l’anniversaire du jour qui l’avait proscrit revenait l’achever, et il a été enterré le 4, à l’heure du boulevard Montmartre. Conformément à ses dernières volontés, son corps a été porté directement au cimetière ».

Jean-Paul Lefèbvre ne doit pas être confondu avec Hector Lefèvre, autre proscrit exilé de 1851.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230607, notice LEFÈBVRE Jean-Paul par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 26 juillet 2020, dernière modification le 4 septembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives du Pas-de-Calais, Acte de mariage. — Annales des haras et de l’agriculture, vol. 1, 1845, p. 471. — A la France. L’agent provocateur Hubert, Jersey : imp. universelle, [1853]. — Victor Hugo, « 1853-L’espion Hubert », Oeuvres inédites de Victor Hugo. Choses vues, 1888, p. 291-330. — Victor Hugo, Œuvres complètes de Victor Hugo. Actes et paroles. 2 publiées par Paul Meurice, puis par Gustave Simon, 1937-1940, p. 123-125. Le Rappel, 7 décembre 1869, p. 2. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Lefèbvre - Jean Paul, dit Hippolyte », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — Le Mémorial artésien, 14 septembre 1898, p. 3.

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