DUBOIS Marie [née TREUX Marie, Eugénie]

Par Jean-Pierre Besse

Née le 14 octobre 1915 à Saint-Coulomb (Ille-et-Vilaine), morte en déportation le 8 avril 1945 à Mauthausen ; résistante ; militante communiste de la région parisienne.

Marie Treux épousa Robert Dubois* le 7 juillet 1934 à Mantes-Gassicourt. Le couple était domicilié 74 boulevard de la Gare, à Paris (XIIIe arr.) et deux enfants naquirent (1935 et 1937). Après la mise hors la loi des organisations communistes, Marie Dubois confia ses enfants à ses parents et devint agent de liaison de la direction clandestine. Dans ses Mémoires, Mounette Dutilleul* décrit « une petite Bretonne, brune aux yeux bleus, d’une joliesse simple et vive ». Lorsque le PCF refonda son appareil illégal en 1938, Marie Dubois fit partie des militants de confiance auxquels furent confiés des fonds à dissimuler et à tenir à la disposition du parti. En décembre 1939, elle restitua la cassette à Mounette Dutilleul* lors d’un rendez-vous « marchant » sur les Champs-Élysées. Elle contenait 20 000 francs de l’époque (38 000 euros). La fille du trésorier du PCF racontera que ce jour-là, Marie Dubois était totalement désargentée et qu’elle avait « tout juste un café-crème dans le ventre depuis la veille ». En juin 1940, les deux femmes firent équipe pour transférer des fonds vers la zone sud tandis que Benoît Frachon* et son équipe prirent la route de la ferme Dardant en Haute-Vienne. Parties le 12 juin au soir dans une voiture de l’ambassade du Chili, elles atteignirent Bordeaux le 18 et y retrouvèrent d’abord Charles Tillon*. Elles achetèrent une petite maison proche du centre, établirent des contacts, cherchèrent à monter une imprimerie. Sillonnant la région comprise entre Bordeaux, Toulouse et Montauban, « le plus souvent sur le toit des cars », Mounette Dutilleul et Marie Dubois réussirent à retrouver Danièle Casanova* et, par elle, Henri Raynaud*, Victor Michaut*, Claudine Chomat*, Georgette Cadras*. Elles rétablirent également le contact avec quelques communistes espagnols, polonais et allemands vétérans des Brigades Internationales. Une fois réalisés ces premiers repêchages, elles achetèrent deux vélos et gagnèrent Limoges. Marie s’y installa pour constituer « une sorte de plaque tournante dans la ville même », tandis que Mounette Dutilleul partit retrouver Benoît Frachon* et Arthur Dallidet*à Fursannes. Après la démobilisation de son mari qui redevint l’un des bras droits du « National Cadres », Marie Dubois assura ses liaisons.
Le 13 septembre 1941, Marie Dubois commit malheureusement une grosse bévue en se faisant arrêter pour vol à l’étalage dans les grands magasins de la Samaritaine alors qu’elle était porteuse d’une « lettre suspecte », d’un carnet de rendez-vous et d’une forte somme d’argent (13 000 francs) dont elle ne pouvait justifier la provenance. Le larcin fut classé sans suite mais le commissaire de police du quartier Saint-Germain-l’Auxerrois avisa ses collègues des Renseignements généraux des découvertes faites sur la « dame Dubois ». Amenée à la Préfecture, elle « observ[a] un mutisme total et ne fournit aucun renseignement permettant d’orienter les recherches », selon le rapport de la BS 1. Mais la perquisition effectuée à son domicile légal, 74 boulevard de la Gare, amena la découverte de tracts communistes et, plus grave, de plusieurs biographies manuscrites de militants qui furent arrêtés au cours des jours suivants. Certains furent livrés aux Allemands et fusillés comme Clément Toulza* et Constant Lemaitre*. Les policiers des RG ne s’en tinrent pas là. Remarquant sur sa carte d’alimentation que Marie Dubois était inscrite chez des commerçants de Viroflay, ils découvrirent bientôt le logement « illégal » du couple Dubois, 12 rue Michel Letellier à Chaville. Nouvelle perquisition, nouvelles saisies qui conduisirent à localiser un troisième logement 12 rue Gouthière à Paris. Une souricière installée là permit bientôt l’arrestation d’un autre FTP, Pierre Le Corre*. Robert Dubois lui-même échappa de peu aux policiers en passant le 14 septembre au domicile de Chaville accompagné de sa belle-sœur Suzanne Treux* pour évacuer des documents. Les enquêteurs l’avaient manqué de quelques heures mais ils avaient trouvé de quoi situer son rôle assez précisément : « DUBOIS et sa femme, en collaboration avec leur sœur et belle-sœur TREUX Suzanne, disposent de fonds, de pièces d’identité, de locaux et de vivres, permettant d’assurer le travail clandestin de militants importants vivant dans l’illégalité. La découverte au domicile de la femme DUBOIS, de biographies d’anciens militants communistes dont certains sont par ailleurs arrêtés, établit que les époux Dubois jouissent de la confiance des dirigeants actuels de l’action communiste clandestine et disposent d’une documentation qui ne se trouve, à l’heure actuelle, qu’entre les mains de hauts dirigeants de cette organisation. »
Condamnée à mort le 22 décembre 1941 par un tribunal militaire allemand, Marie Dubois vit son dossier remis à la justice française. L’Humanité clandestine, début janvier 1942, dénonçait le sort fait à la Santé à cette « patriote » « mère de deux enfants de quatre et six ans ». Déportée le 17 novembre 1942 vers l’Allemagne, classée « NN », elle fut internée à Lubeck avant d’être conduite au camp de Ravensbrück puis à Mauthausen où elle mourut le 8 avril 1945. Ses enfants furent élevés par l’orphelinat de la CGT, l’Avenir Social.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23062, notice DUBOIS Marie [née TREUX Marie, Eugénie] par Jean-Pierre Besse, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 30 août 2015.

Par Jean-Pierre Besse

SOURCES : DAVCC, Caen — Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres, la face cachée du PCF 1941-1943, Robert Laffont, 2007. — La Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Le Livre mémorial..., op. cit. — « Les Mémoires de Mounette Dutilleul » sur le site http://trcamps.free.fr. — Notes de Jean-Pierre Ravery.

ICONOGRAPHIE : Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres, la face cachée du PCF 1941-1943, p. 79.

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