GUIGUE Armand [GUIGUE Étienne, Armand]

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 31 décembre 1908 à Arles (Bouches-du-Rhône), mort le 18 juin 2009 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; docker, puis maçon ; militant et élu communiste de Port-de-Bouc ; secrétaire de la section locale du PCF et du comité du Front populaire ; syndicaliste ; secrétaire de l’UL CGT de Port-de-Bouc ; résistant ; déporté ; membre de la Brigade française d’action libératrice au camp de Buchenwald.

Armand Guigue
Armand Guigue

Son père, Véran, Marius Guigue, était originaire d’Arles et père de cinq enfants. Il fut embauché aux Chantiers et Ateliers de Provence de Port-de-Bouc en 1918 ; il était militant anarchiste et secrétaire du syndicat CGT.

À partir de janvier 1937, Armand Guigue fut le secrétaire de l’Union locale CGT de Port-de-Bouc. Il était de plus le secrétaire de la section du Parti communiste et du comité du Front populaire de la ville. En 1938, il fut licencié des Chantiers et Ateliers de Provence où il travaillait comme docker. La direction réprima en effet une grève importante en mettant à la porte les syndicalistes et les communistes qui s’étaient le plus exposés.

Le 13 novembre 1940, la police de Vichy faisant la chasse aux communistes, une série de 11 perquisitions fut réalisée à Port-de-Bouc. Cela déboucha sur 3 arrestations - celle de Véran Guigue, d’Armand Guigue et d’Albert Boiteau, ouvrier aux chantiers - la saisie d’une ronéo, d’une machine à écrire et de tracts et journaux, dont L’Humanité clandestine.
Si les lieux dans lesquels il fut détenu jusqu’en 1944 ne sont pas connus, on sait en revanche qu’il était dans le convoi I. 252 qui partit le 30 juillet 1944 de la gare Raynald de Toulouse à destination de Buchenwald. Les autorités allemandes, voulant échapper à la progression des troupes alliées, firent ainsi évacuer plusieurs centres d’internement de la région, dont le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn). On ajouta aux détenus de ce camp des réfugiés espagnols, des familles juives, des résistants raflés en Haute-Savoie et des FTP des Bouches-du-Rhône.
D’après une note du Secours catholique international datée du 18 décembre 1944, après avoir quitté Toulouse, le train passa par Sète, Montpellier, Nîmes, Avignon, Orange, Valence, Chalon-sur-Saône, Dijon, Chaumont, Lunéville et Weimar. Les hommes adultes furent ensuite transportés jusqu’au camp de concentration.
L’administration de Buchenwald enregistra l’arrivée du prisonnier politique « Étienne Guigue », matricule KL 69318, le 6 août. L’inventaire de ses possessions mentionnait un veston, un pantalon, une chemise, une paire de chaussures et une de sandales, un portefeuille et un stylo plume. Après la période de quarantaine au Petit camp réservée aux nouveaux arrivants, on l’assigna au Block 14 dans le Grand camp (tout comme Louis Barsotti, un autre communiste port-de-boucain licencié des Chantiers et Ateliers de Provence, arrivé lui aussi dans le convoi I. 257). Il ne fut affecté qu’à des Kommandos intérieurs.
Le 11 avril 1945, il prit part à la lutte armée pour la libération du camp, facilitée par l’avancée des troupes alliées, en tant que membre de la Brigade française d’action libératrice. Après l’arrivée des troupes du général Patton ce jour-là, commença pour lui une longue route pour revenir à Port-de-Bouc et à la vie.

Bien longtemps après, Guigue rappelait avec constance l’entraide et la solidarité qui régnaient dans le camp malgré l’horreur, soutenant que la seule façon de survivre selon lui était de ne jamais baisser les bras et de s’encourager mutuellement sans céder à la haine.
Travaillant dans le bâtiment, il devint secrétaire permanent de l’Union locale CGT, mais aussi conseiller municipal de 1947 à 1977 dans l’équipe de René Rieubon avant de décider de laisser la place aux jeunes.
Intervenant dans les écoles, il y témoigna de son expérience de déporté, désireux de transmettre aux générations suivantes ses idéaux de paix et de fraternité aux côtés d’Albert Domenech.
Dans les récits qui l’évoquent, on le décrit comme un homme humble, souriant, infatigable optimiste au regard d’enfant, jusqu’à la fête organisée pour son centième anniversaire, où il chantait encore Le Chant des partisans, entouré de sa famille et de ses amis.

C’est pour honorer la mémoire d’un homme qui avait profondément marqué l’histoire de la ville que Port-de-Bouc inaugura une rue à son nom en 2016, comme elle le fit pour ses camarades résistants Joseph Brando, François Caparros et Albert Domenech.
Le site "Mémoire des hommes" le présente comme membre du mouvement de résistance Front national. Le Service historique de la Défense de Vincennes dispose d’informations sur lui à la cote GR 16 P 277227.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230686, notice GUIGUE Armand [GUIGUE Étienne, Armand] par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 10 novembre 2020, dernière modification le 4 décembre 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Armand Guigue
Armand Guigue
Sa fiche d'entrée au camp de Buchenwald
Sa fiche d’entrée au camp de Buchenwald

SOURCES : Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La reconstruction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (p. 144, 174, 184). — Bulletin trimestriel n°20 de l’Amicale des Déportés Résistants Patriotes et Familles de Disparus de Buchenwald-Dora et Commandos dépendants, juillet-septembre 1954. — Le Serment n°323, bulletin bimestriel de l’Association Buchenwald-Dora et Kommandos, janvier-février 2009 (p. 14). — Article de La Marseillaise du 3 janvier 2009 : « Armand Guigue, citoyen d’honneur de sa ville ». — Avis de décès. — Article de Maritima Info du 13 octobre 2016 : "Port-de-Bouc, les rues de l’histoire". — Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Archives de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos. — Service international de recherches à Arolsen. — Liste du convoi "BDS Paris" arrivé le 6 août 1944 à Buchenwald. — Site Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 277227 (nc).

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