DUBOIS Robert, Henri dit ERNO, dit BAROUX Joseph

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

Né le 15 septembre 1911 à Malakoff (Seine, Hauts-de-Seine), tué le 23 avril 1944 dans un bombardement du camp de Schwechat (Autriche) où il était déporté ; charpentier en fer ; présent à Moscou en 1936 dans le cadre du "travail spécial", militant communiste et résistant dans la région parisienne ; responsable national aux cadres pour la zone occupée, dans la clandestinité.

Fils d’Henri Dubois*, un charpentier en fer et serrurier qui fut conseiller municipal communiste de Malakoff de 1929 à 1935, Robert Dubois, titulaire du certificat d’études primaires, entra aux Jeunesses communistes en 1933 et au PCF en janvier 1937.

Secrétaire du bureau régional des JC de la région Paris-Ouest en 1936, il vint à Moscou cette même année avec une délégation syndicale. Maurice Thorez et Maurice Tréand le renvoyèrent en URSS en septembre 1937, sous le nom de Joseph Baroux, pour être formé au travail des cadres et aux techniques conspiratives employées par l’Internationale communiste pour constituer et faire vivre ses réseaux. Il rédigea alors une autobiographie (22 octobre 1937 à Moscou) dans laquelle il déclarait avoir appliqué les consignes du PC et de l’IC « même quand je ne les comprenais pas toujours très bien ». En 1938, il devint « permanent » au service des cadres de la SFIC sous la direction de Maurice Tréand.

Après sa démobilisation en 1940, il devint responsable des cadres pour la région parisienne sous la fausse identité d’Henri Verger, puis en mars 1942 fut appelé par la direction (en l’occurrence Benoît Frachon et Jacques Duclos*) pour remplacer Arthur Dallidet*, arrêté, comme responsable aux cadres pour la zone occupée sous le pseudonyme de « Breton ». À ce titre, il rencontrait chaque lundi matin le chef du groupe Valmy, Marius Bourbon dit « Cyrano » et lui remettait les ordres de la direction du parti. Il lui commanda notamment l’exécution de plusieurs militants considérés comme « traîtres » ou simplement suspects, tels que Raymond Sautereau, Roger Viala, Georges Déziré*, Mathilde Dardant*, Élie Ventura* ou Jeannette Beraud*. Lui-même était en relation directe avec Benoît Frachon et Jacques Duclos, comme le raconta Jean Laffitte dans son livre Ceux qui vivent. En juillet 1942, Rose Guérin et Rosalie Godard*, sœur de Prosper Môquet, assuraient ses liaisons. Depuis quelque temps déjà, la seconde nommée était devenue sa compagne. Felix Torti* était son logeur, à Bagneux puis à Goussainville, Henri Stock* du groupe Valmy était son garde du corps.

Robert Dubois fut arrêté le matin du 28 octobre 1942 à proximité du pavillon de Goussainville par les policiers des renseignements généraux dans le cadre de la chute du groupe Valmy. Rosalie Godard, sœur de Prosper Môquet, qui se trouvait chez lui réussit à s’enfuir mais fut arrêtée le lendemain en se présentant chez Marius Bourbon pour tenter de le prévenir. Selon les résultats de l’enquête conduite après-guerre par le service des cadres, il semble que ce soit la saisie d’une facture de déménagement dans l’atelier de « Cyrano » qui ait mis les RGPP sur la piste du pavillon de Goussainville. Et c’est le signalement fourni par Lucien Magnan qui leur permit d’identifier et intercepter Robert Dubois en pleine rue alors qu’il tentait de passer en se fiant à ses faux papiers. Le soir même, le général Oberg commandant les SS et la police allemande en France transmettait un télégramme au Reichsführer SS Himmler pour lui confirmer l’arrestation du « GPU du parti » et lui indiquer qu’il faisait « suspendre leur exécution pour une courte période » afin de se donner le temps de recueillir un maximum de renseignements. Soumis à des interrogatoires d’autant plus redoutables qu’une partie des archives du groupe Valmy avait été saisie dans l’atelier de Marius Bourbon et que Lucien Magnan s’était mis à table, Robert Dubois réussit à taire l’essentiel : les domiciles clandestins de Benoît Frachon et Jacques Duclos. Mais le 1er novembre, les policiers lui firent identifier sur photo Albert Ouzoulias qu’ils ne connaissaient jusqu’alors que sous le pseudonyme de « Marceau ». Robert Dubois ne leur révéla cependant pas les fonctions de son camarade à l’état-major des FTP et se contenta de leur indiquer qu’il s’agissait d’un « ancien responsable des Jeunesses Agricoles au temps de la légalité du Parti, qui a écrit dans L’Avant-Garde ».

Livré aux Allemands, interné à Fresnes puis à Romainville (24 février 1943), Robert Dubois fut déporté le 25 mars 1943, au départ de la gare de l’Est vers Trêves. Classé « NN », il fut transféré à Mauthausen. Dans le courant de l’été, le Sipo-SD le fit ramener à Paris pour subir de nouveaux interrogatoires musclés. Il resta 111 jours à la prison de Fresnes. Revenu à Mauthausen en février 1944, il fut placé en quarantaine et sous surveillance spéciale. Mais il réussit à faire savoir à Jean Laffitte* qu’il avait acquis la certitude au cours de ces interrogatoires que le chef du groupe Valmy, « avait donné à la Gestapo tout ce qu’il connaissait ». C’est ainsi que les policiers allemands l’avaient longuement tabassé pour qu’il leur révèle la « planque » de Benoît Frachon : ils savaient en effet que Dubois avait demandé un jour à Bourbon de lui procurer une bouteille de Pernod et du tabac « pour Benoît ». Selon le témoignage de Marcel Cretagne, il donna également instruction aux organisations communistes de Mauthausen et Auschwitz de ne pas liquider Lucien Magnan et de « le ramener coûte que coûte en France aux fins de jugement. » Affecté au kommando de Vienne-Schwechat qui fabriquait des chasseurs de nuit, Robert Dubois fut tué lors d’un bombardement de l’usine le 23 avril 1944.

Marié, le 7 juillet 1934, à Mantes Gassicourt avec Marie Eugénie née Treux (voir Marie Dubois*), il avait deux enfants nés en 1935 et 1937 dont son père devint le tuteur à la Libération. Leur mère en effet était décédée elle aussi en déportation. Les deux orphelins furent élevés par l’orphelinat de la CGT, l’Avenir Social.

Robert Dubois fut homologué lieutenant FFI à titre posthume.

En 1948, la commission centrale de contrôle politique émit un jugement critique (interne) sur sa gestion de « l’affaire Déziré » : « Nous avons aujourd’hui la preuve que X [Dubois] est, non seulement parti d’accusations sans consistance et incontrôlées et a adopté sans les vérifier les accusations de D. (Armand Duvivier*), mais, désirant sans doute agir vite, il a commis lui-même de très grandes erreurs de jugement, formulant les hypothèses les plus fantaisistes. » C’est ainsi qu’on découvrit que Robert Dubois avait attribué à Georges Déziré un rapport « indiquant nettement le policier » alors que son véritable auteur était André Pican. De la même manière, lorsqu’il eut connaissance des réponses apportées par Déziré avant son exécution, le National Cadres conclut que « c’est très certainement (Élie) Ventura et (Jeannette) Beraud les chefs de bande, sans en exclure (Jules) Dumont qui doit être entre leurs mains ».

Au moment où il rédigeait cette note, Élie Ventura et Jeannette Beraud avaient déjà été condamnés à mort et venaient d’échapper miraculeusement à leur éxécution par des membres du groupe Valmy. Robert Dubois ne fut pas seul responsable de ces « erreurs de jugement ». Arthur Dallidet avant lui avait déjà dénoncé dans deux rapports successifs un « groupe hostile » auquel étaient censés appartenir Jean Catelas, Gabriel Péri, Maurice Tréand, Georges Déziré et d’autres cadres du Parti communiste clandestin considérés comme des proches de Maurice Thorez ou d’André Marty. Pour leur part, Arthur Dallidet comme Robert Dubois, anciens du syndicat des métaux tous les deux, étaient entièrement dévoués à Benoît Frachon, « l’homme qui dans la tempête tient la barre », selon le toast porté par Dimitrov en présence de Mounette Dutilleul en janvier 1940 à Moscou.

Robert Dubois ne doit pas être confondu avec un autre résistant communiste homonyme, né le 26 septembre 1897 à Orléans, décédé le 15 mars 1943 à Auschwitz. Tourneur sur métaux dans une usine d’Orléans, Robert Edgar Dubois était membre du bureau régional du PCF.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23074, notice DUBOIS Robert, Henri dit ERNO, dit BAROUX Joseph par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 16 septembre 2018.

Par Jean-Pierre Besse, Claude Pennetier

SOURCES : BAVCC, Caen — RGASPI, 495 270 4804 — Jean Laffitte, Ceux qui vivent, EFR, 1958. — Alain Guérin, La Résistance, Chronique illustrée (1930-1950), Livre Club Diderot 1972-1976. — Jean-Marc Berlière, Franck Liaigre, Liquider les traîtres, la face cachée du PCF 1941-1943, Robert Laffont, 2007. — La Fondation pour la Mémoire de la Déportation, Le Livre mémorial..., op. cit. — « Les Mémoires de Mounette Dutilleul » sur le site http://trcamps.free.fr. — Notes de Jean-Pierre Ravery.

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