ZLATIĆ Drago

Par Hervé Lemesle

Né le 4 juin 1917 à Izola (Littoral slovène, Autriche-Hongrie, aujourd’hui Slovénie) ; apprenti boucher puis manœuvre ; volontaire en Espagne républicaine, militant anarcho-syndicaliste ; prisonnier des franquistes, sort inconnu après sa libération en août 1943.

Drago Zlatić en Espagne (Source : Naši Španjolski, op. cit.)

Les données disponibles concernant ce jeune volontaire croate sont incomplètes. On a longtemps considéré qu’il était mort de ses blessures en 1938, or il a été capturé par les franquistes et interné jusqu’en août 1943. Des sources yougoslaves et espagnoles permettent de cerner un peu mieux son itinéraire.
Drago Zlatić naquit dans une famille croate hostile à la politique d’italianisation forcée mise en place par Rome dans les territoires austro-hongrois annexés en 1919. Elle s’installa donc cette année-là à Sušak sur le littoral croate devenu yougoslave, alors que la ville voisine de Rijeka-Fiume devenait italienne. Après quatre ans passés à l’école élémentaire où les cours étaient dispensés en serbo-croate, Drago Zlatić fit un apprentissage de boucher, puis travailla comme manœuvre dans le port de sa cité d’adoption. Il se lia ainsi d’amitié avec des militants ouvriers et décida dès l’été 1936 de partir défendre la République espagnole. Il embarqua sur un navire suédois à destination d’Oran (Algérie) avec deux compatriotes, Ljubomir Fučak (1913-1982) et Ivan Turk (1910-1974).
Arrivé en septembre 1936 à Alicante, Drago Zlatić s’engagea avec ses deux camarades dans une brigade de cavalerie anarchiste qui combattait sur le front d’Aragon près de Teruel, et adhéra à la Confédération nationale du Travail (CNT). Suite à l’intégration des milices dans l’Armée républicaine au printemps 1937, ils passèrent la 82e brigade, puis rejoignirent en septembre le bataillon « Đaković », intégré en février 1938 dans la 129e brigade internationale (BI). Drago Zlatić envoya une lettre avec une photo à sa famille restée à Sušak, ce qui fut remarqué par la police de Zagreb, qui se méprenait sur son prénom et sa date de naissance en l’identifiant comme Karlo né le 28 mai 1917, et le considérait comme un voleur. Il fut blessé en avril 1938 à Morella lors de la débandade des BI face à la grande offensive franquiste en Aragon, et Ljubomir Fučak prétendit qu’il était mort à l’hôpital. Or il s’avère qu’il a été capturé par les franquistes avec plusieurs autres combattants du bataillon « Đaković ». L’administration des BI l’enregistra comme disparu, et le considérait comme un bon volontaire au front, où il avait été promu caporal, aux tendances anarchistes, mais qui avait commencé à « corriger ses erreurs grâce au collectif ».
Drago Zlatić fŽunković ut d’abord interné à San Pedro de Cardeña près de Burgos (Castille-et-León). Pour faire face aux dures conditions de détention provoquant le suicide de son codétenu serbe Petar Tišma (1911-1938), il intégra le groupe des 15 Yougoslaves dirigé par le communiste serbe de Bosnie Albert Abinun (1913-2003), et composé des Croates Ivan Birčić (1909-1944), Josip Husinec (1913-1980), Ivan Matejak (1910-1995), Ivan Tomić (1898-1980), Ljubomir Tomšić (1920-1945, voir la notice de ce dernier pour de plus amples données sur ce groupe) et Dimitrije Žunković (1904-1997), des Serbes Dragutin Bajčić (1911-1998), Andrija Milenković, Radivoj Nikolić (1914-1983) et Aleksa Stefanović (1894-1954), du Slovène Herbert Fornezi (1916- ?), de l’Autrichien d’origine slovène Josip Kraksner (1912-2002), du Hongrois de Vojvodine Imre Šmit. La cohésion de ce collectif, initialement forte, fut ensuite érodée par la longueur de l’incarcération, les multiples remaniements des effectifs et des déplacements imposés par les autorités franquistes — à Belchite (Aragon) en décembre 1939, à Palencia (Castille-et-León) en mai 1941, à Miranda de Ebro (Castille-et-León) en décembre 1942 — et les consignes strictes imposées par la direction stalinienne du comité. Deux Španci [anciens volontaires yougoslaves] passèrent ainsi outre l’ordre de ne pas s’évader individuellement en 1940 : Josip Husinec, qui fut repris, et Herbert Fornezi, qui disparut. Deux autres refusèrent de quitter Madrid en juin 1944 pour partir à Casablanca dans le but de rallier les partisans de Tito : Radivoj Nikolić, qui s’était rapproché des anarchistes, et Drago Zlatić, qui était demeuré lié à la CNT, et dont on perd la trace à ce moment. Un dernier s’enrôla dans l’US Army au Maroc : Josip Kraksner. Au total, 11 anciens prisonniers des franquistes intégrèrent l’Armée de libération des peuples de Yougoslavie (NOVJ) en octobre 1944 et prirent part à la libération de leur pays ; deux périrent pendant ces combats. Toute la famille de Drago Zlatić s’engagea également dans le mouvement de résistance titiste ; sa sœur Anđelka et son frère Josip ne survécurent pas.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230751, notice ZLATIĆ Drago par Hervé Lemesle, version mise en ligne le 30 juillet 2020, dernière modification le 30 juillet 2020.

Par Hervé Lemesle

Drago Zlatić en Espagne (Source : Naši Španjolski, op. cit.)
http://www.croatianhistory.net) ">
Monument des victimes de la terreur fasciste et des soldats tombés pendant la guerre de libération des peuples, mentionnant Josip Zlatić en bas à gauche, Trsat-Rijeka-Sušak (source : http://www.croatianhistory.net)

SOURCES : Archives d’État croates (HDA, Zagreb), Fonds des volontaires en Espagne, 2.31. — RGASPI (Moscou), 545.6.1534, caractéristique n°1167 du 11 juin 1941. — Archives générales militaires de Guadalajara (ADMG), DCME, 139/15196, dossier personnel. — Archives de Yougoslavie (AJ, Belgrade), 724.X3a, rapport d’Albert Abinun à Petar Drapšin sur la situation et la conduite des anciens volontaires des brigades internationales et prisonniers de la guerre civile espagnole pendant leur séjour en Espagne jusqu’à leur retour en Yougoslavie libérée, novembre 1944. — Josip Husinec, « Kroz frankove zatvore » [A travers les prisons de Franco], in Čedo Kapor, Španija 1936-1939 [L’Espagne], Belgrade, Vojno-izdavačko zavoda, 1971, vol.4, pp.236-265. — Marino Buducin et Mihael Sobolevski (dir.), Naši Španjolski dobrovoljci [Nos volontaires espagnols], Rijeka, Centar za historiju radničkog pokreta i NOR Istre, Hrvatskog primorja i Gorskog Kotara, 1988, pp.358-360. — Francisco Javier Lopez Jimenez, « Brigadistas en Miranda de Ebro », in Manuel Requena Gallego et Matilde Einoa (coord.), Al lado del gobierno republicano. Los brigadistas de Europe del Este en la guerra civil española, Cuenca, Ediciones de la Universidad de Castilla-La Mancha, 2009, p.57. — John Kraljić, Ethnic Croatians killed by nazi and fascist forces during Second War II. A partial List.

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