BÉNÉZIT Charles [BÉNÉZIT-CONSTANT Marc, Charles]

Par Gauthier Langlois

Né le 23 novembre 1815 à Rennes (Ille-et-Vilaine), mort le 10 juillet 1900 à Paris (XVIIIe arr.) ; professeur de musique et musicien, compositeur et chanteur lyrique ; franc-maçon ; fouriériste républicain ; opposant au Second Empire il vécut en exil à Jersey.

Sur son acte de naissance il est dit fils naturel de Caroline Honoré Bénézit-Constant. Il est issu d’une famille d’artisans et de bourgeois de Rennes. Ses grands-parents Charles François Bénézit-Constant (1763-1846) et Marie-Jeanne Blanchard (1770-1843) étaient ferblantiers. Il avait deux oncles menuisiers et un oncle peintre vitrier. Son grand oncle était chirurgien de la marine. Un oncle par alliance, Jean Léopold Heuze (1801-), époux de Jeanne Bénézit-Constant, était professeur et marchand de musique. C’est sans doute lui fit qui l’éducation musicale du jeune Charles. Celui-se maria, le 16 septembre 1840 à Rennes, avec Euphrosine Marie Perrine Boulangé (1819-av. 1900), fille de Jean, ancien huissier, et d’Anne Françoise Gabrielle Texier, décédée à Rennes en 1829. Il exerçait déjà alors comme professeur de musique.

C’est à cette époque qu’il fit la connaissance du poète Charles Leconte de Lisle (1818-1894), venu faire des études de droit à Rennes entre 1837 et 1843. Les deux hommes qui partageaient les mêmes passions, les mêmes convictions fouriéristes et républicaines, restèrent amis jusqu’à la fin.

Évoquant leur amitié, Fernand Calmette, décrit Bénézit ainsi : « Quant à Bénézit, assez laid, la barbe courte, l’œil un peu mort, il était l’homme qui devait toujours arriver au succès et n’arrivait jamais. C’est à lui que Leconte de Lisle écrivait des lettres publiées par un Journal et dont le destinataire n’a pas été nommé. Leconte de Lisle y fait allusion à certain drame qu’il admirait alors avec conviction et dont il avait gardé quelque estime, car on ne pouvait lui parler de Bénézit, sans qu’il reprit : « Ah ! mais Bénézit… » Il n’allait pas jusqu’à compléter sa phrase en ajoutant : « … Bénézit avait des dons » ; pourtant il le laissait entendre, Charles Bénézit était surtout professeur de musique ; il ne négligeait pas sa mise, se tenait discrètement à sa place et parlait peu ; mais, pauvre d’argent comme tous ceux de la bande, il était également pauvre d’apparence et ne payait pas d’aspect. Son rôle parait avoir consisté surtout à compter comme unité de républicanisme ».

À Rennes, Bénézit, Leconte de Lisle et l’humoriste Nicolas Mille, créèrent La Variété (1840-1841), revue littéraire de tendance catholique libérale, qui reçut le soutien de leur compatriote breton Chateaubriand. Encouragé par Leconte de Lisle, Charles Bénézit composa la musique pour deux vaudevilles comiques écrits par Nicolas Mille : Les mémoires d’une puce de qualité (une puce de Napoléon Ier !) et L’Orphelin, roman musical, tous deux publiés dans La Variété. Il écrivit également, sur les conseils de son ami, une Jacquerie musicale : « Écris la Jacquerie, sème dans ton œuvre des idées d’organisation sociale et prophétise un avenir meilleur » lui écrivait-il. Bénézit rédigea aussi un drame historique, Brunhild et Colombanus, publié en 1846 dans La Phalange : journal de la science sociale : politique, industrie, sciences, art du fouriériste Victor Considerant.

Entre 1845 et 1850 Charles résidait à Dinan (Côtes-d’Armor) où naquirent ses enfants Marie (1845), Charles Léopold (1847) et Ursule (1849). Il y était proche du représentant libéral Désiré Anselme Michel (1793-1850) dont il annonçait, dans le journal local La Vérité du 30 mai 1850, publier une brochure biographique. Cela ne se fit pas car il émigra peu après en famille sur l’île de Jersey. Était-ce pour des raisons politiques ou professionnelles ? Nous ne le savons pas. En tout cas, contrairement à ce qui est parfois écrit, ce n’était pas un proscrit de décembre car il n’était plus en France au moment du coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte.

Suivant le recensement du 30 mars 1851, il était installé comme professeur de chant à Saint-Hélier, St James Street, avec son épouse et la sœur de celle-ci, Pélagie Boulanger, leurs enfants Euphrasie (9 ans), Caroline (7 ans), Marie (5 ans), Charles (3 ans) et Ursule (1 an), et une servante bretonne, Olive Collin. À Saint-Hélier naquirent Charles-Emmanuel (1854), Berthe Marie Pélagie (1857), Marie (1858-1859), Euphrasie (1860) et Marie (1861).

À Jersey Charles Bénézit se lia d’amitié avec Victor Hugo et sa famille. Il donna des cours de musique à Adèle, fille du poète, et participa aux séances de spiritisme organisées à Marine Terrace. Il se lia d’amitié également avec Charles Vacquerie, comme l’atteste un autoportrait que celui-ci lui avait dédicacé.

Malgré ses convictions républicaines et fouriéristes et ses relations avec des proscrits, Charles ne semble pas avoir été un militant. Sa signature n’apparaît sur aucune proclamation de la proscription. Les sources ne nous renseignent que sur son activité artistique. En 1859 il participa au festival littéraire et musical donné au Queen’s Assembly Rooms à Saint-Hélier, en l’honneur du centième anniversaire du poète Robert Burns. Il chanta devant 500 personnes La fille aux cheveux de lin, adaptation française par Leconte de Lisle d’un poème de Burns. Il poursuivait par ailleurs ses activités littéraires comme nous l’apprend une lettre, du 12 septembre 1860, de son ami Leconte de Lisle : « Je suis enchanté, d’ailleurs, que tu n’aies pas renoncé aux vraies lettres. Le catalogue de tes manuscrits en est une preuve sans réplique. Je connaissais déjà l’un entre-eux, Gilles de Retz ou de Raitz. Tu l’avais autrefois ébauché à Rennes. Tu vois que je n’oublie pas notre passé ».

Charles Bénézit était revenu en France à la fin de l’Empire. Le 22 octobre 1868 il était présent au mariage de sa fille Ursule Julie Henriette à Paris (VIIe arr.). Il résidait alors 42 rue de Bac et était professeur de chant, sa femme fleuriste. En juin 1870 il donnait des récitals à Paris et notamment une soirée dramatique et musicale organisée par les ouvriers typographes en l’honneur de la veuve de l’un des leurs. Le quotidien républicain Le Rappel de son compagnon d’exil Albert Barbieux annonçait sa participation ainsi : « le principal rôle sera joué par un chanteur, qui n’est pas seulement un chanteur, qui est aussi un compositeur de talent, et, en même temps, ce qui ne gâte rien, un homme de cœur et de conviction ».

Pendant la guerre franco-prussienne et la Commune, Charles Bénézit, son épouse et leurs plus jeunes enfants (Emmanuel, Berthe et Marie) se réfugièrent à Jersey tandis que leur fils aîné Charles Léopold participait à la Commune. Le recensement du 2 avril 1871 nous apprend que la famille résidait alors dans la paroisse de Saint-Clément.

En 1882, au mariage de son fils Emmanuel devant un pasteur protestant, la famille résidait au 27 rue du Colisée à Paris (VIIIe arr.). Charles était alors à la retraite. L’année suivante il fit un nouveau séjour à Jersey où l’un de ses fils, Charles Léopold, était réfugié pour sa participation à la Commune. Il y exerçait comme professeur de français et de dessin. Avec son fils cadet Emmanuel, Charles était présent au concert organisé pour la fête du 14 juillet 1883 à Saint-Hélier. À cette époque il était franc-maçon, membre de la loge Les cœurs unis - Orient de Paris.

Il mourut en son domicile parisien au 13 de la rue Girardon. Son fils cadet Emmanuel (1854-1920) s’est rendu célèbre par la publication du Dictionnaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays , familièrement appelé le Bénézit.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230777, notice BÉNÉZIT Charles [BÉNÉZIT-CONSTANT Marc, Charles] par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 1er août 2020, dernière modification le 2 août 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : Archives de Rennes, Acte de mariage. — Notice wikipedia. — Fichier Bossu. — James Ballantines, Chronicle of the hundredth birthday of Robert Burns, 1859, p. 455-456. — Le Rappel, 13 juin 1870, p. 2. — La République française, 23 juillet 1883, p. 2. — La Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, mai 1895, p. 458. — Le phare de la Loire, 14 août 1889. — Louis Tiercelin, La Jeunesse de Leconte de Lisle, Paris, 1898. — Fernand Calmettes, Leconte de Lisle et ses amis, Paris, Librairies-imprimeries réunies, 1902. — Marius-Ary Leblond, Lecomte de Lisle d’après des documents nouveaux, Paris, Société du Mercure de France, 1906, p. 105, 111, 212. — Edmond Estève, Leconte de Lisle : l’homme et l’œuvre, Paris, Boivin & Cie, éditeurs, 1920.

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