TASSY Marius, Étienne, Baptistin

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 27 décembre 1905 à Marseille (Bouches-du-Rhôn), mort le 8 mai 1982 à Port-de-Bouc ; cheminot ; militant et élu communiste de Port-de-Bouc ; résistant ; secrétaire du syndicat CGT des cheminots.

Marius Tassy assistant à un meeting le 11 avril 1961.

Fils de Gustave Jules Tassy, cultivateur originaire d’Entrecasteaux (Var) et de Marie Virginie Poésy, domestique venant de Beuil (Alpes Maritimes), puis cultivatrice avec son mari à la Verdière (Var).
Toute sa vie il eut à cœur de rester fidèle à sa classe sociale d’origine.
A sept ans Marius perdit sa mère. Lui et sa sœur aînée furent alors séparés : le garçon fut recueilli par un oncle et une tante à Peynier (Bouches-du-Rhône), où il apprit le travail agricole, tandis que la fille fut placée à l’orphelinat, avant d’entrer au couvent.
La Première Guerre mondiale éclata peu après. Beaucoup d’instituteurs furent mobilisés. Il fréquenta donc assez peu les bancs de l’école. Pour se faire de l’argent il allait travailler chez les paysans des environs en le cachant à son oncle.

En 1925, il fit son service militaire à Coblence (Allemagne).
Il épousa en 1930 Juliette Alexandrine Marsiglia, issue d’une famille de bouchers. Le couple déménagea à Miramas où Marius avait été embauché par la compagnie ferroviaire PLM (Paris-Lyon-Méditerranée). Ils eurent deux enfants, dont l’aînée, Paulette Tassy, épouse Argiolas, devint plus tard militante.
Adhérent à la CGT, il participa avec enthousiasme aux grèves de 1936. Après la déclaration de guerre de 1939, il fut mobilisé pendant 6 mois. Pendant qu’il était au front, la direction de PLM écrivit à sa femme pour réclamer la restitution de cartes de transports permettant à leur famille de se déplacer gratuitement. Cette dernière refusa.
En 1941 il fut nommé sous-chef de manœuvre à Port-de-Bouc. Cela n’empêcha pas son domicile de Miramas d’être perquisitionné en son absence par cinq hommes de « La Cinquième » (police ferroviaire) qui se firent passer pour des assureurs. Il était soupçonné du vol de la moitié d’une locomotive… Les hommes ne trouvèrent évidemment rien. Sa fille supposa que ces différentes actions visaient à intimider les cheminots connus pour leur activité syndicale.

La famille Tassy emménagea aux cités SNCF de Port-de-Bouc en août 1942, année de l’adhésion de Marius au Parti communiste clandestin, dirigé au niveau local par Charles Scarpelli.
En novembre, l’armée allemande défilait dans la ville. En tant que cheminot il disposait d’un « Ausweiss » (laisser-passer) l’autorisant à sortir régulièrement après le couvre-feu de 20h pour faire face aux cas de déraillements.
Ce n’est qu’après la Libération que sa famille découvrit qu’il faisait partie d’un triangle de résistance cheminote actif sur le triage de Caronte (avec César Cauvin et un certain Carrière) et que ses obligations professionnelles nocturnes faisaient office de couverture respectable.
Une nuit qu’il était poursuivi par les Allemands, il se cacha dans l’eau bien qu’il ne sut pas nager.
En 1943, lorsque sa famille fut évacuée sur ordre de l’occupant et qu’il fut seul dans son logement, il hébergea des militants communistes recherchés Paul Argiolas et Georges Lazzarino. Il cacha également un cheminot blessé (Michon), qu’il préféra garder chez lui plutôt que de le conduire à l’hôpital où on l’aurait inévitablement arrêté.
Après la guerre, Marius s’engagea davantage syndicalement. Il recevait chez lui Cauvin, Carrière et d’autres syndicalistes comme Scarpelli ou Zé Nunez, qui deviendront des figures importantes lors du lock-out des Chantiers et Ateliers de Provence de 1949. Ces militants passaient de longues soirées chez les Tassy.
Sa fille Paulette raconta plus d’un demi-siècle après le curieux rituel auquel se livraient les hommes : quand l’un d’entre eux s’endormait, les autres roulaient une feuille de papier journal en cornet, la glissaient dans l’oreille ou la bouche de l’imprudent avant d’y mettre le feu. Le dormeur se réveillait alors en sursaut sous les éclats de rire de ses camarades et des enfants. À ce jeu Charles Scarpelli se faisait souvent piéger.

Lorsque Cauvin partit à la retraite, c’est Tassy qui endossa à son tour le rôle de secrétaire du syndicat CGT des cheminots.
Sur le plan politique, il fut candidat sur la liste menée par René Rieubon en 1953. Il fit ainsi deux mandats consécutifs comme conseiller municipal
jusqu’en 1965.
Suite à une opération du rein en 1957, la SNCF lui aménagea un poste à l’huilerie Verminck de Caronte. Passionné de pêche, il passait une partie de son temps libre au bord de l’eau.
Apprécié de ses camarades de travail, c’est d’ailleurs une canne à pêche et un moulinet qu’ils lui offrirent lors de son pot de départ à la retraite en 1960. Préoccupé par la guerre d’Algérie (son fils avait été mobilisé), il fit savoir son émotion de recevoir un tel cadeau, mais que son plaisir aurait été plus grand encore si ses collègues avaient construit l’unité face aux sombres événements à venir.
Il fut ensuite responsable de la section des cheminots retraités de Port-de-Bouc.
Concernant l’Algérie, il participa à différentes initiatives pour la paix et pour s’opposer au putsch des généraux (rassemblements d’avril 1961).

En 1981, il eut une hémiplégie. Il mourut quelques mois plus tard.
Le 10 mai 1982, son enterrement donna lieu à un rassemblement important : la foule traversa la ville depuis son domicile (3, rue Paul Langevin) jusqu’à la mairie avant d’aller au cimetière, drapeaux de la CGT et du PCF déployés. Le maire René Rieubon fit un vibrant hommage à son courage, à son honnêteté et à son engagement dans la Résistance.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230797, notice TASSY Marius, Étienne, Baptistin par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 1er août 2020, dernière modification le 2 août 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Marius Tassy assistant à un meeting le 11 avril 1961.

SOURCES : Souvenirs d’enfance rédigés par sa fille Paulette Argiolas (née Tassy). — Article de La Marseillaise de 1960 et 1961. — Articles nécrologiques de journaux locaux de 1982. — Notes de Gérard Leidet. — Propos recueillis auprès de son fils —

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