THIÉRY Bernard

Par Jean-Paul Salles

Né le 21 janvier 1950 à Bar-le-Duc (Meuse) ; animateur socio-culturel à Verdun et chargé des Centres sociaux du nord de la Meuse ; directeur des services sociaux à la Mairie de Villiers-sur-Marne, responsable de l’action sociale en Seine-Saint-Denis puis dans la Val-de-Marne ; militant CFDT (1972-2003) puis FSU depuis 2004 ; sympathisant puis militant de la LCR (1974-1989) à Verdun puis dans le Val-de-Marne ; emprisonné en décembre 1975 pour son soutien aux Comités de Soldats ; militant au NPA à Fontenay-sous-Bois de 2007 à 2010.

1er mai 2022

Bernard Thiéry a deux frères et une sœur. Son père était employé de bureau, sa mère femme au foyer, puis garde d’enfants et femme de ménage. Ses grands-pères étaient ouvriers, serrurier pour l’un, cordonnier pour l’autre. Une de ses grands-mères fut ouvrière d’usine. Un de ses grands-pères, survivant de la bataille de Verdun, n’en parlait jamais, sauf pour insulter le général Mangin. Bernard Thiéry reçut une éducation catholique et fut très choqué le jour où il dut chanter dans un château avec sa chorale, en présence de l’évêque, pour la messe de bénédiction des chevaux appartenant aux nantis du département. Ayant bénéficié d’une bourse après son Bac littéraire, il poursuivit ses études à Paris à l’École d’action sociale de la Caisse nationale des Allocations familiales (CNAF) jusqu’en 1972 débouchant sur le Diplôme d’État aux Fonctions d’Animation (DEFA) puis au grade d’attaché territorial.
Il fit son service militaire à Verdun (Meuse) au 54e Régiment des Transmissions. Avec ses camarades, ils refusèrent d’entonner les chants des parachutistes nostalgiques de l’époque coloniale. Au terme de cette période, il fut mis à disposition par la CAF des trois centres sociaux du nord de la Meuse jusqu’en 1980, chargé de coordonner, d’animer, de former. Il s’était marié en 1972 avec Marie-Claude, infirmière en psychiatrie puis assistante sociale, avec laquelle il eut deux filles, elles-mêmes mères, chacune, de deux enfants. Sympathisant de la LCR à Verdun, il était rattaché à la cellule de Nancy. En 1974-1975, il anima le comité local du Comité de Défense des Appelés (CDA), vendant son journal Crosse en l’air, distribuant tracts et journaux des Comités de Soldats de Verdun et d’Étain (Meuse) dans les trains de permissionnaires sur la ligne Paris-Strasbourg. Ces actions se faisaient en commun avec des militants du PSU, des sympathisants de la LCR et des inorganisés. Elles étaient soutenues par l’UL-CFDT de Verdun. Les tracts étaient tirés clandestinement sur la ronéo de la Maison des Jeunes (MJC) de Belleville-sur-Meuse, près de Verdun. Les militants soutinrent notamment les soldats du 150e Régiment d’Infanterie qui manifestèrent au centre-ville de Verdun le 19 février 1975, à l’imitation de ceux de Draguignan (10 septembre 1974, voir Salles, 2005, p.195). Bernard Thiéry fut arrêté le 6 décembre 1975, transféré le lendemain à la prison de Fresnes puis libéré le 23 décembre 1975. Il avait été incarcéré dans la même cellule avec Gérard Jussiaux, permanent de l’Union régionale-CFDT de Franche-Comté, Claude Baudoin un autre verdunois arrêté le même jour envoyé lui à Fleury-Mérogis. Des responsables syndicaux et politiques avaient été arrêtés également à Bordeaux, Lyon, Strasbourg (Salles, 2005, p.196). L’Appel des Cent, lancé entre les deux tours de l’élection présidentielle de 1974 par des soldats pour que soient respectés dans les casernes les droits démocratiques, eut un grand succès. Il fut signé bientôt par plus de 6000 soldats et des dizaines de Comités de Soldats furent créés dans les casernes, souvent à l’initiative de militants d’extrême gauche, notamment de la LCR. Ayant été présenté devant la Cour de Sûreté de l’État, Bernard Thiéry fut acquitté plus tard dans le cadre du non-lieu général prononcé le 25 août 1978. De 1974 à 1979, il avait animé avec le responsable local du PSU Bernard Gilson – il sera maire de Belrupt-en-Verdunois à partir de 2001 – Le Goujon, hebdomadaire départemental qui se voulait « alternatif » à l’Est Républicain, journal dominant et bien-pensant. Il fut candidat de la LCR aux élections législatives à Nancy en 1978.
Dès le début de sa vie professionnelle, il adhéra à la CFDT et prit des responsabilités dans ce syndicat. En 1980, désormais installé dans la région parisienne, il fut embauché à la Mairie socialiste de Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne)  ; le maire était Serge Delaporte, (1977-1995) et André Jondeau, un de ses adjoints. Il fonda et dirigea un Centre socio-culturel. Ensuite, comme directeur général-adjoint des services communaux, il eut en charge tout le secteur social (Centre socio-culturel, CCAS, Centre de santé et de PMI…) puis tous les services à la population (petite enfance, enfance, personnes âgées, enseignement, péri-scolaire, restauration, État civil, cimetière, gardiens municipaux, marché) à l’exception du sport et de la culture. Secrétaire de la section CFDT des Communaux de Villiers-sur-Marne, il devint membre du bureau départemental du Syndicat Interco (Communaux, Départementaux, Employés de la Préfecture) du Val-de-Marne. Il anima une grève en 1981 pour la création d’emplois statutaires dans le but de mettre fin à des emplois précaires.
De 1995 à 1999, il fut adjoint au directeur de l’une des Directions sociales du Conseil général de Seine-Saint-Denis, celle des crèches, de la protection de l’enfance et de la Protection Maternelle et Infantile. Revenu dans le Val-de-Marne à partir de 1999 jusqu’à sa retraite en 2015, il fut directeur de l’action sociale puis fondateur d’un Observatoire départemental chargé de mener des études sur les populations bénéficiaires des actions départementales, travaillant sur les questions de démographie, d’économie et d’habitat. Toujours militant à la LCR, intervenant à Créteil (Val-de-Marne) depuis 1980, il fut profondément déçu par le résultat de Pierre Juquin, que son parti soutenait, aux élections présidentielles de 1988 – le 24 avril, avec 2,1% des suffrages exprimés (639000 voix) le score de Pierre Juquin était à peine supérieur à celui d’Arlette Laguiller (1,99 % et 606 000 voix). Il démissionna donc de la LCR en 1989, pour reprendre son militantisme au NPA seulement pour quelques années, de 2007 à 2010, à Fontenay-sous-Bois (Val-de-Marne) et à RESF. Il s’investit activement investi dans la régularisation des familles Sans-papiers.

Il quitta la CFDT en 2003, en désaccord avec son soutien au plan gouvernemental de réforme des retraites, pour adhérer au Syndicat national unitaire des territoriaux (SNUTER-FSU) où il milita avec Christiane Bélert, Philippe Vollot, Colette Poiré.
Parallèlement, il milita de 2007 à 2010, au Réseau Éducation Sans Frontière (RESF), dans l’accompagnement juridique aux migrants pour leur régularisation, l’obtention de logement. S’étant séparé de Marie-Claude en 2006, il se remaria avec Btissam en 2011, une franco-marocaine née au Sénégal, cadre de direction dans une association nationale du secteur de la santé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article230960, notice THIÉRY Bernard par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 6 août 2020, dernière modification le 19 mai 2022.

Par Jean-Paul Salles

1er mai 2022

SOURCES  : Interview de Bernard Thiéry, « animateur socio-culturel, militant CFDT de Verdun, libéré le 24 décembre 1975 », Rouge ,n°329, 2 janvier 1976. — Jean-Paul Salles, La Ligue communiste révolutionnaire (1968-1981). Instrument du Grand Soir ou lieu d’apprentissage ?, Presses Universitaires de Rennes (PUR), 2005. — Documents fournis par Bernard Thiéry, été 2020.

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