FLAMENS Pierre

Par Gauthier Langlois

Né le 27 juillet 1825 à Castelsarrasin (Tarn-et-Garonne), mort le 16 décembre 1893 à Castelsarrasin ; avocat républicain, socialiste, franc-maçon et libre penseur ; substitut du procureur de la révolution de 1848, expulsé à Jersey pour son opposition au coup d’État du 2 décembre 1851, préfet du Tarn-et-Garonne après la proclamation de la IIIe République puis maire et conseil général de Castelsarrasin.

Son nom est parfois orthographié par erreur Flammens, Flamins , Flamand ou Flâmens. Né de Raymond Flamens (1788-1870) maréchal-ferrant et de de Jeanne Marguerite Delbosc (1802-1872), c’est sans doute sous l’influence de son grand-père maternel Pierre Delbosc qui était huissier de justice, qu’il fit des études de droit. Il se maria, le 1er juillet 1850 à Castelsarrasin, avec Amand Antoinette Boyé (1830-1906), fille d’un couple de serruriers. Le couple eût deux garçons, Jean-Raymond né en 1851 et Jean né en 1852 alors qu’il était en exil.

Flamens adhéra avec enthousiasme à la révolution de février 1848. C’est pourquoi, le 15 avril 1848, le gouvernement provisoire de la République le nomma substitut du procureur du tribunal de 1ère instance de Castelsarrasin. La Réaction mit fin à ses fonctions le 7 novembre 1849.

Opposant au Coup d’État du 2 décembre 1851, il fut condamné, par la Commission mixte Tarn-et-Garonne à l’éloignement momentané. Sa condamnation était motivée par le commentaire suivant :

« Dans la soirée du 3 décembre, il se rendit à la mairie de Castelsarrasin suivi d’une bande d’adhérents et y fit lire une proclamation émanée des bureaux du journal de Toulouse l’Émancipation. Après cette lecture il dit que toutes les autorités étaient déchues et qu’il fallait organiser un comité révolutionnaire. Il fut nommé, dit-on, secrétaire de ce comité et l’on a saisi chez lui 13 carrés de papier blanc qui paraissaient être le reste du scrutin qui eut lieu pour la composition de ce comité. Pendant la nuit du 3 au 4 décembre, il se tenait, avec des démocrates, dans la rue pour surveiller les estafettes qui pouvaient arriver de la sous-préfecture.
Il appartient à une famille d’artisans, il a épousé une femme riche, n’a pas de fortune personnelle mais ses père et mère possèdent 80 000 francs. La famille à laquelle il s’est allié, s’est enrichie dans le pillage de 1793.
Il fut nommé substitut à Castelsarrasin par le gouvernement provisoire. Destitué il devint dans cette ville le chef le plus intelligent de la démagogie la plus avancée. Il se présentait il y a quelque temps comme candidat à une place d’avoué à Castelsarrasin mais l’on acquit la preuve qu’il avait souscrit dans le journal l’Émancipation pour les réfugiés politiques de Londres et il ne fut pas nommé. Il écrivit à cette occasion une lettre fort inconvenante à M. le Garde des sceaux et le parquet de la cour d’appel l’a adressée à la Chancellerie.
Par sa position et par son mariage, il tendait à acquérir de l’influence. C’était déjà l’un des chefs du socialisme. »

Il se réfugia à Jersey d’où il fit une demande de grâce. Par décision impériale sa peine fut remise, le 2 février 1853, ce qui lui permit de revenir en France.

Après la proclamation de la IIIe République, le gouvernement de la défense nationale le nomma, le 11 septembre 1870, sous-préfet de Castelsarrasin tandis que Charles de Freycinet était nommé préfet à Montauban. Mais les républicains locaux, considérant que Freycinet avait été candidat officiel sous l’Empire, envahirent la préfecture et forcèrent celui-ci à démissionner. Deux jours plus tard, le 15 septembre, Flamens était promu préfet de Tarn-et-Garonne par Gambetta. Il resta en fonction jusqu’au 26 mars 1871, date à laquelle, en désaccord avec le gouvernement d’Adolphe Thiers, il démissionna. La même année il était élu maire de Castelsarrasin. Il fut condamné, le 31 décembre 1874, à 500 francs d’amendes pour outrage envers le président du bureau électoral de sa ville.

Initié par la loge maçonnique La Libre pensée, Orient de Castelsarrasin en 1880, il en devint le vénérable en 1890.

En 1880 il fut élu conseiller général de son canton et en 1882 se présenta aux législatives mais fut battu au second tour par un candidat légitimiste.

Flamens resta en fonction à la tête de sa ville et de son canton jusqu’à sa mort. Ses obsèques réunirent plus de 2 000 personnes dont les autorités et les élus du département, les vénérables des loges de la région, les membres du Cercle des travailleurs et des sociétés de secours mutuelles. Le préfet Humbert salua en lui « le républicain ferme, n’ayant jamais, même aux heures les plus difficiles, désespéré du triomphe du régime républicain. » Son camarade d’exil Henry Bayrou prit également la parole.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231001, notice FLAMENS Pierre par Gauthier Langlois, version mise en ligne le 8 août 2020, dernière modification le 22 novembre 2020.

Par Gauthier Langlois

SOURCES : « Décret impérial accordant la grâce à 4312 condamnés politiques », La Gazette nationale, 4 février 1853. — Benjamin Colin, Liste des proscrits de Jersey qui sont rentrés en France à la suite de demandes en grâce, s.l.n.d. [Jersey, 1853 ?]. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Fiche Magistrat : FLAMAND », Annuaire rétrospectif de la magistrature XIXe-XXe siècles, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), mis en ligne le 12 juin 2010. — Jean-Claude Farcy, Rosine Fry, « Flammens - Pierre », Poursuivis à la suite du coup d’État de décembre 1851, Centre Georges Chevrier - (Université de Bourgogne/CNRS), [En ligne], mis en ligne le 27 août 2013. — René Bargeton, « FLAMENS, Pierre », Dictionnaire biographique des préfets (septembre 1870-mai 1982), Paris, Archives nationales, 1994. — Le Journal de Saint-Jean-d’Angély, 14 janvier 1875, p. 3. — Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 17 décembre 1877, p. 1. — L’Estafette, 20 décembre 1893, p. 3. — La Dépêche, 28 mars 1882, 20 décembre 1893, p. 3. — Fichier Bossu.

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