BRETONNIÈRE Louis, Étienne, Pierre, Marie, Joseph

Né le 18 mars 1923 à Saint-Étienne-de-Montluc (Loire-Atlantique), mort le 26 juillet 2020 à Savenay (Loire-Atlantique) ; chirurgien ; collectionneur et historien « amateur » de la Commune de Paris.

Rien ne destinait Louis Bretonnière à s’intéresser à la Commune de Paris sauf, peut-être, sa date de naissance... Aîné d’une fratrie de six enfants nés et vivant dans un milieu rural de la petite bourgeoisie, il devint, à 21 ans, orphelin de père et prit sous sa responsabilité ses frères et sœur, particulièrement pour soutenir et favoriser leurs études.

Ayant suivi lui-même une instruction classique (latin et grec – on parlait alors de l’étude des « humanités ») à partir de la 5e, en internat à Nantes (collège et lycée Saint-Stanislas), il obtint le baccalauréat philo à 17 ans, passa son certificat d’études physiques, chimiques et biologiques et entreprit des études de médecine, toujours à Nantes. Étudiant puis interne en médecine (il fut reçu troisième de sa promotion), il soigna les blessés des bombardements de Nantes en 1944.

Devenu chirurgien orthopédique, et l’un des pionniers français des greffes osseuses, il exerça à Nantes, opérant essentiellement à la clinique Saints-Côme-et-Damien.
Sa culture humaniste le portait vers la bibliophilie et les collections, dont les premières s’intéressaient aux timbres et à… Napoléon. Jusqu’à ce jour de 1967 où un courtier en librairie dans le besoin, Monsieur Fontan, lui déposa trois cartons de livres et de documents sur la Commune de Paris. Cartons qu’il acheta les yeux fermés, et qui restèrent de longs mois dans son garage. Lorsqu’il prit enfin connaissance de leur contenu, il découvrit une période de l’Histoire qu’il connaissait mal et qui, instantanément, le passionna. L’idéal fraternel de la Commune trouva un très fort écho chez l’humaniste qu’il était, attentif depuis toujours aux démunis, aux exploités, aux opprimés. Le communard auquel il devait accorder le plus d’estime est sans doute François Jourde (mort dans la misère) en qui il voyait une figure exemplaire de probité, de rigueur et d’humanité.

Dans l’exercice de son métier, le docteur Louis Bretonnière, par ailleurs catholique pratiquant toute sa vie et médecin du pèlerinage du Rosaire à Lourdes pendant de nombreuses années, montra toujours une attention soutenue aux plus précaires, donnant parfois des consultations gratuites comme il le fit, par exemple, à l’hôpital de l’Île d’Yeu, petit bout de terre posé au large de la Vendée qui l’avait séduit et où il séjourna régulièrement dès le début des années 1950.

Son intérêt pour la Commune ne se limita pas à la collection, même s’il enrichit la sienne dans des proportions considérables – à la fin de sa vie, sa bibliothèque communarde comptait plus de trois mille livres et brochures ainsi que d’innombrables affiches, gravures, peintures, cartes, journaux, autographes et objets divers, lesquels occupaient tout le second étage de sa maison nantaise ; cet hyperactif, qui avait déjà réalisé un très conséquent Dictionnaire de dates (inédit) entreprit de mener de longues recherches, particulièrement fouillées, sur les biographies des communards – en complément du Maitron pour plus de trois mille articles –, sur les déportés de la Commune, sur les rues de Paris pendant la Commune, etc. De nombreux visiteurs, notamment chercheurs, se déplaçaient jusque chez Louis Bretonnière pour échanger avec lui, dont les connaissances, étayées par une mémoire sans faille, étaient considérables, et pour prendre la mesure de sa collection ; ainsi Jeanne Gaillard, Laure Godineau, Jacques Rougerie, Francis Sartorius, Claude Pennetier, Michel Cordillot ou les collaborateurs de Peter Watkins avant la réalisation de son film-fleuve La Commune (Paris, 1871) – Arte, 2000 ; salles, 2007). Se considérant comme un modeste amateur, Louis Bretonnière suivait les colloques consacrés à la Commune, mais refusa toujours d’y intervenir – de même qu’il déclinait les invitations des médias : « Oh moi, vous savez je suis un tout p’tit bonhomme, pas un spécialiste, pas un Historien, y a bien plus intéressant que moi... »

En 1971, pour le centenaire, il conçut, principalement à partir de sa collection, une grande exposition qui fut créée à la Bourse du travail de Nantes avec le soutien et la participation d’Alexandre Hébert et d’André Bergeron (respectivement secrétaire de l’union départementale de la Loire-Atlantique et secrétaire général du syndicat Force ouvrière), puis montrée à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Il prépara à cette occasion un précieux catalogue, avec la collaboration de Nicole Dorey (Nantes, Sylvain Chiffoleau Éditeur, 1971). En 1995, après de longues recherches consacrées aux internés dans les forts ou les pontons de Charente-Maritime, il publia, en collaboration avec Roger Pérenès, L’Internement des prévenus de la Commune à Rochefort (1871-1972) (La Rochelle / Nantes, Conseil général de la Charente-Maritime / Université Inter-Âges).

À l’âge de 74 ans, Louis Bretonnière fit l’acquisition d’un ordinateur grâce auquel, presque chaque jour pendant vingt ans, il informatisait ses données concernant la Commune. La parution aux Éditions de L’Atelier, en janvier 2021, de l’ouvrage collectif La Commune de Paris 1871. Les acteurs, l’événement, les lieux permettra de mieux mesurer l’importance de sa contribution à l’étude de la Commune.
Par ailleurs très attaché à la campagne et à la ruralité, cet enfant de l’estuaire de la Loire acheta en 1960, dans une vente à la bougie, une propriété en friches d’une vingtaine d’hectares, située à Savenay, l’Agaissière, qu’il ne cessa de remettre en état et d’entretenir, par un travail infatigable qui le fit devenir terrassier, planteur, éleveur de moutons et bûcheron – chasseur et pêcheur, il l’était déjà... L’Agaissière fut et reste le lieu de rendez-vous et le repère de la grande famille et des nombreux amis, une façon de maison du bon Dieu, modèle d’hospitalité, ouverte à tous.
Dans les derniers temps de sa vie, ses proches purent entendre, à l’Ehpad de Savenay où son état de santé l’avait contraint à être admis, ce communard catholique entonner tour à tour L’Internationale (le poing levé) et… le Salve Regina.
Marié en 1948 à Catherine Limozin, orpheline de mère et de père (les artistes parisiens Licette et Jean), rencontrée l’année précédente à Berck (Pas-de-Calais) alors qu’il suivait un stage d’orthopédie à l’Hôpital Pasteur, et auprès de laquelle il vécut soixante-douze ans d’amour sans ombre, il était le père de quatre filles et de deux garçons, le père adoptif d’un neveu, le grand-père de vingt-et-un petits-enfants et l’arrière grand-père de dix-huit arrière-petits-enfants. Son attachement aux « mouflets » était légendaire.

Son fils Bernard lui a consacré un livre : Pas un tombeau, suite de proses rapides pour dire un père (Le dé bleu éditeur, 2003 ; L’œil ébloui, 2014). Cet ouvrage a donné lieu à un spectacle mis en scène par François Parmantier et interprété par Gérard Guérif (Compagnie Les Aphoristes) depuis 2013.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231117, notice BRETONNIÈRE Louis, Étienne, Pierre, Marie, Joseph, version mise en ligne le 10 août 2020, dernière modification le 11 août 2020.

SOURCES : Bernard Bretonnière et Famille Bretonnière.

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