MILLE Luc, Paul, Joseph

Par Catherine Honoré

Né le 10 novembre 1935 à Les Fins (Doubs), mort le 4 novembre 2020 à Neuilly-les-Dijon (Côte-d’Or) ; enseignant, formateur auprès des migrants et en milieu carcéral, correspondant du quotidien Le Bien Public ; syndicaliste familial CSF, administrateur de l’UDAF, représentant de parents d’élèves FCPE.

Luc Mille en novembre 2015

Fils de Louis, Ernest, Alcide Mille né le 16 avril 1905 à Labergement-du-Navois (Doubs), facteur aux PTT mort en 1974 et de Geneviève, Marie, Andrée Roussel Galle, cultivatrice, née le 1er avril 1907 aux Fins (Doubs) morte en 1998. Luc fut le cinquième d’une fratrie de dix enfants nés entre 1930 et 1949 ; il grandit dans une famille très pratiquante.
Luc Mille alla à l’école primaire aux Fins, puis sur les conseils insistant d’un frère recruteur des écoles chrétiennes, il entra à l’Institution de La Salle à Besançon (Doubs) et y resta de la sixième à la seconde. En juillet 1953, Luc débuta son noviciat dans une congrégation religieuse des frères des écoles chrétiennes à Momignies (Belgique). Il prononça ses premiers vœux en janvier 1955, et les renouvela chaque année jusqu’à son mariage en 1980. Il entra dans un « scolasticat » à Annapes (Nord) de janvier 1955 à juillet 1957 pour effectuer sa première et sa terminale en Mathématiques élémentaires option biologie et sciences physiques. Il obtint son baccalauréat.
En septembre 1957, Luc Mille revint à Besançon pour enseigner au collège de l’institution La Salle, et débuta ses études universitaires en mathématiques. En juin 1959, suite à la journée d’appel sous les drapeaux et pour échapper à l’incorporation il partit, sur les conseils de ses supérieurs, à Rome où il fut accueilli dans une maison de frères. Affecté en août à Istanbul (Turquie), il enseigna le français à des élèves de collège, durant les 27 mois du service militaire. Il découvrit ce pays avec l’aide d’enseignants turcs et de quatre frères âgés présents en Turquie depuis de nombreuses années. L’année scolaire terminée, il parcourut avec deux autres frères durant trois mois la Turquie, la Palestine, l’Egypte. Luc Mille rentra en France. Insoumis, mais reconnu comme ayant travaillé au service de la France à l’étranger, il fut déclaré officiellement réserviste à la Gendarmerie Nationale. Il reprit en septembre 1961 l’enseignement au collège La Salle à Besançon tout en terminant sa maîtrise de mathématiques qu’il obtint en 1962. De 1963 à 1965, Luc Mille enseigna au lycée Saint-Joseph de Pontarlier (Doubs), et anima la chorale des collégiens et des professeurs.
En août 1965, pour accueillir en internat les jeunes qui se destinaient à devenir frère, Luc vint loger au domaine de Préville sur la commune d’Ouges (Côte-d’Or). En septembre 1967, on lui demanda de compléter l’équipe de Préville qui s’occupait du juvénat, équivalent du petit séminaire. Dans le même temps, il fut détaché au lycée St Joseph de Dijon pour enseigner la technologie aux élèves de 4e. Luc Mille y développa une méthode d’initiation technologique basée sur l’observation et l’étude des fonctions des outils et des appareils courants.
En décembre 1967, il assura l’enseignement des mathématiques et des sciences physiques pour les élèves de seconde à la terminale. Cette même année, la communauté des frères du lycée Saint-Joseph fut intégrée à l’équipe enseignante du lycée formée en grande majorité de laïcs. Renonçant définitivement au port de la soutane, Luc Mille décida avec un groupe de frères de créer une communauté vivant en appartement à Chenôve (Côte-d’Or).
Durant cette période, Luc Mille découvrit le monde des migrants sur l’agglomération dijonnaise, fit connaissance d’Anne-Marie Drouet et des bénévoles qui assuraient l’alphabétisation des travailleurs migrants et de leurs familles dans le cadre de l’Association dijonnaise d’aide aux migrants (ADAM) ; il fit le choix de faire de l’alphabétisation.
En 1967, suite au rapprochement et à la fusion des équipes enseignantes des trois établissements privés de Dijon Saint-Joseph, Sainte-Ursule, Saint-François, l’équipe de frères intégra l’équipe enseignante composée en majorité de laïcs. Luc accepta un poste de professeur au Lycée Saint-François. Il enseigna les mathématiques dans la nouvelle section sciences économiques et dans une section de Terminale Scientifique ; il assura également à mi-temps la catéchèse des lycéens volontaires, tout en préparant les épreuves écrites du CAPES en mathématiques qu’il obtint avec succès. Sollicité pour remplacer un frère enseignant malade à Istanbul, il renonça à réaliser l’année d’enseignement pratique demandée, et par là même à son diplôme. La nouvelle de la guérison du frère d’Istanbul suspendit son départ, mais il fut trop tard pour qu’un poste de professeur lui fût attribué en France.
Sans affectation, il lui fut proposé une année sabbatique de formation à l’animation de la catéchèse des adolescents à l’institut catholique de Paris. Luc Mille effectua cette année 68 – 69 avec beaucoup d’enthousiasme. Cependant cette année sans affectation fut pour Luc, une période de remise en question. Il s’interrogea sur le fait de quitter l’enseignement privé catholique pour rejoindre l’enseignement public, non par déception mais par fidélité à ses convictions sur la laïcité. Il adhéra en juin 1968 au syndicat CFDT des enseignants de l’enseignement privé, ce jusqu’en 1972.
Au gré de ses rencontres, Luc découvrit le monde du travail en particulier les conditions de travail, de logement en foyer, de transport de travailleurs maliens, algériens, sénégalais ou congolais. Cela le conduisit à assurer le soir des cours d’alphabétisation dans le cadre de l’ASTI (Association de Soutien aux Travailleurs Immigrés) dans un foyer Sonacotra du XIXe arrondissement de Paris.
Hospitalisé trois semaines à la suite d’un accident de circulation, Luc fit un retour forcé à Besançon pour sa rééducation et sa convalescence. Il lui fut proposé de rejoindre la communauté des frères de Dole à l’école Pasteur pour assurer la coordination de la catéchèse des collégiens et assurer des heures d’enseignement au collège.
A la fin de l’année scolaire 1970, il fut à nouveau sollicité pour rejoindre le lycée Saint-Joseph à Dijon et enseigner dans les trois lycées privés de Dijon. Il assura la coordination de la catéchèse du lycée Saint-Joseph, logeant alors rue Bordot à Dijon avec un autre frère, Michel Villeminot. L’année suivante, il fut rattaché au lycée professionnel de l’école Saint-Joseph pour l’enseignement dans les classes préparatoires aux CAP.
Au cours de l’année 1972, le choix de rechercher un emploi dans le monde du travail, en dehors de l’enseignement s’imposa à Luc Mille.
Il partit en août 1972 à Juvisy (Essonne), rejoindre une communauté composée de frères et d’un prêtre ouvrier de la Région parisienne. En 1973, leur demande de logement aboutissant, ils déménagèrent à la cité de la Grande Borne, à Viry-Chatillon (Essonne). Il y passa deux ans et fut très marqué par le compagnonnage avec deux autres prêtres ouvriers, fils de la Charité, vivant eux aussi à Juvisy et travaillant à l’aéroport d’Orly. Il trouva rapidement un emploi d’intérimaire sur l’aéroport et effectua durant trois mois le nettoyage des cuves de kérosène, le déchargement des avions sur les pistes. Faisant le constat que les courtes missions des intérimaires ne permettait pas de créer des liens, ni de construire une action collective, il quitta son emploi et fit le choix de partager les conditions de travail des salariés de la première grande surface implantée à Athis-Mons (Essonne) : Euromarché. Il fut embauché en CDI et se syndiqua à la CGT du commerce en 1973. En raison de la confiance et des liens instaurés avec les autres salariés ses chefs de service se méfièrent très vite de lui. Mis à l’isolement, harcelé en permanence, démoli et très affecté sur le plan de sa santé, il démissionna.
De retour à Dijon en juin 1975, il prit un logement 81 rue Berbisey, et mit plusieurs mois pour se rétablir.
Du fait de son expérience d’accompagnement des immigrés, Luc Mille fut sollicité pour travailler, de novembre 1975 à début 1976, au bureau d’accueil des étrangers de la préfecture auprès d’Irène Régnier, auteur du livre « Approche du devenir social des jeunes issus de l’immigration algérienne ».
En novembre 1975, Jean Rossigneux, responsable du Centre de Formation des Travailleurs Migrants (CFTM) mis en place à Dijon en 1972, sollicita Luc Mille pour animer deux stages de formation de salariées portugaises pour l’entreprise de céramique Cerabati de Paray-le-Monial (Saône et Loire). Le CFTM embaucha Jean-Pierre Viano et Luc fut le deuxième salarié retenu.
Après son embauche le 15 janvier 1976, Luc Mille prit quelques mois pour la préparation du premier stage qui débuta en mai 1976. Le deuxième stage se déroula en mars 1977. Cette même année, Luc renouvela son adhésion auprès du syndicat CGT des formateurs de l’enseignement privé et ce, jusqu’à sa retraite en 1996.
Il participa à la Bourse du Travail aux actions en direction des travailleurs étrangers avec André Gervais puis Jean Guéret.
Une proposition de formation des étrangers incarcérés à la maison d’arrêt de Dijon, retint l’attention du CFTM qui rechercha deux formateurs. Luc Mille fut retenu avec Jean Monge. Il débuta les cours d’alphabétisation à la maison d’arrêt en juillet 1977. En lien avec le centre académique de formation continue de l’académie de Dijon (CAFOC), il assura à tous les détenus une formation pré-professionnelle ouverte et une initiation informatique. Les actions du CFTM en maison d’arrêt durèrent jusqu’en mars 1996. Les ordinateurs furent détruits lors des émeutes de 1996. Luc partit en retraite en décembre 1996.
La vie en appartement rue Berbisey permit à Luc Mille de participer aux manifestations et fêtes de quartiers très populaires et d’échanger avec les différentes ethnies présentes. En lien avec les travailleurs sociaux du quartier et à la demande de Pierre Mortureux, il accueillit chez lui un sortant de Centrale, afin de lui permettre de retrouver sur place sa concubine et sa fille de 18 mois venues le rejoindre à Dijon. L’accueil se prolongea quelques mois, le temps de rechercher une autre solution d’hébergement. Contact fut pris avec la Résidence Blanqui de l’association dijonnaise d’entraide aux familles ouvrières (ADEFO), Ils furent reçus par Yolande Dillenseger, éducatrice de la résidence.
À la rentrée scolaire 1979, deux frères des Écoles Chrétiennes, Léon Curie et Christian David, souhaitèrent, tout en conservant leur activité d’enseignant au lycée Saint-Joseph, quitter la communauté des frères de l’école pour prendre un appartement au cœur du quartier sensible des Grésilles et se trouver ainsi plus proches des familles en précarité. Un logement leur fut proposé dans le bâtiment proche de la grande barre d’Epirey. Luc les rejoignit dans leur nouveau logement.
Après réflexion avec les autres frères en mai 1980, Luc Mille demanda à être relevé de ses engagements et quitta la communauté des Grésilles. Il se maria avec Yolande Dillenseger en septembre 1980 et habitèrent Neuilly-les-Dijon (Côte-d’Or), où elle demeurait déjà avec ses deux enfants, Pascale, 11 ans et Emmanuel, 8 ans ; deux autres enfants, Jean François et Denis naquirent de leur union.
Yolande, ayant l’agrément de famille d’accueil, ensemble, ils accueillirent à leur domicile, de nombreux enfants placés par le Conseil Départemental de Côte-d’Or.
Ensemble, ils s’engagèrent activement sur la commune ; dans le cadre de la Confédération Syndicale des Familles (CSF), ils mirent en place l’aide aux devoirs, assurée par des parents bénévoles et des étudiants. Luc Mille assura la présidence de 1997 à 2003 de la section CSF de Neuilly-les-Dijon.
L’Union départementale CSF proposa sa candidature au conseil d’administration de l’Union départementale des Association Familiales (UDAF) en 2002 ; élu, il devint trésorier adjoint, puis vice-président de 2012 à 2014 ; il représenta l’UDAF à la commission de surendettement de la Côte d’Or de 2004 à 2014.
Luc Mille fut également représentant de parents d’élèves FCPE successivement, de 1991 à 2003 au collège de Longvic (Côte-d’Or) puis au lycée Hippolyte Fontaine de Dijon. Il siégea à la Commission des Droits et de l’Autonomie des Personnes Handicapées (CDAPH) de 2004 à 2014.
Il soutiendra localement l’association « Pangée » association d’aide au développement durable dans le domaine de l’agriculture, la santé l’éducation et sera sollicité à deux reprises pour convoyer en tant que chauffeur routier du matériel scolaire et des médicaments à Casablanca (Maroc) en 1995 et Saint-Louis (Sénégal) en 1997.
Luc adhéra à la section du Parti Socialiste de Longvic (Côte-d’Or) en 1996, mais ne prit pas de responsabilité.
De 1991 à 1993, Luc Mille fut correspondant local du journal Les Dépêches pour les communes de Neuilly et de Crimolois (Côte-d’or). Lors de la fusion avec le journal Le Bien Public, devenu Bien-Public – Les Dépêches, Luc fut retenu parmi les candidats et resta correspondant jusqu’en 2006, avec un arrêt de 2003 à 2005.
Luc Mille fut dès 1970 très engagé au sein de l’Action Catholique Ouvrière (ACO). Du 2 au 4 mai 1980, il participa avec la délégation de Côte-d’Or à la douzième Rencontre Nationale ACO de Bordeaux. Membre du comité diocésain de l’ACO de Côte-d’Or de 1995 à 2001, il en fut président de 1998 à 2001. A partir de 2003, il anima l’atelier bible de l’ACO de Côte-d’Or et dû arrêter, en 2018, pour raison de santé.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231119, notice MILLE Luc, Paul, Joseph par Catherine Honoré, version mise en ligne le 11 août 2020, dernière modification le 3 décembre 2020.

Par Catherine Honoré

Luc Mille en novembre 2015

SOURCES : Entretiens avec Luc Mille. — Notes personnelles de l’intéressé

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