BARSOTTI Louis, Gaston

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 8 juillet 1920 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 21 mai 1995 à Aix-en-Provence ; militant communiste de Port-de-Bouc ; ouvrier aux Chantiers et Ateliers de Provence, représentant de commerce, puis courtier en assurances ; résistant ; membre du premier triangle clandestin des Jeunesses communistes de Port-de-Bouc ; déporté ; membre de la Brigade française d’action libératrice au camp de Buchenwald.

Louis Barsotti jeune
Louis Barsotti jeune

Son père, Basile, Jean, Victor Barsotti, né à La Ciotat (Bouches-du-Rhône) de parents italiens, avait été naturalisé en 1904. Il était charpentier et pompier volontaire. Sa mère, Pauline Grand, sans profession, était née à Port-de-Bouc. Louis Barsotti avait un frère, Janot, Auguste, Marius, plus âgé que lui, qui fut également pompier volontaire. Ses parents vécurent au 24, rue Marceau. Après leur séparation, Louis habita chez sa mère.

Membre des Jeunesses communistes avant la guerre, il fit partie des 30 salariés des Chantiers et Ateliers de Provence qui firent les frais de la répression anti-syndicale suite à la grève de novembre-décembre 1938. Plus de la moitié des licenciés étaient communistes. Cette virulence, perçue par la CGT comme une volonté de revanche patronale après les conquêtes du Front populaire, ira jusqu’à vouloir empêcher Barsotti d’entrer sur le site, alors qu’il avait été embauché par la suite par une entreprise sous-traitante.

Conséquence des effets conjugués de l’interdiction du Parti communiste en 1939, du fichage des militants déjà effectué par le gouvernement Daladier, puis de leur traque par celui de Vichy, l’organisation avait vu ses effectifs fondre comme neige au soleil.
Louis Barsotti fut d’ailleurs arrêté le 13 novembre 1940, comme l’atteste un procès-verbal de police signé Jean Bianconi, commissaire de police à Port-de-Bouc. Le document fait état de « perquisitions dans les locaux des groupements dont le caractère communiste est affirmé, et la saisie du matériel de propagande de diffusion ou matériel intéressant. » Dans cette perspective « le logement de Louis Barsotti aux cités Saint-Gobain n°7 fut fouillé en sa présence. » Suit une liste de « papillons et brochures » trouvés dans une bibliothèque : 5 brochures intitulées "Jeunesse du Monde", 9 brochures "Notre jeunesse", 3 almanachs du Parti communiste 1938-1939, 11 journaux du Parti communiste dont L’Humanité, L’Avant-Garde, La Vie Ouvrière [Note de l’auteur : La Vie Ouvrière n’était pas une publication communiste, mais de la CGT], « une brochure le guide de l’éducateur « Collection Jeunesse Communiste », une documentation sur la situation économique du Département dans laquelle est annexée une carte des Bouches-du-Rhône, indiquant la culture, les industries de chaque ville, de nombreuses coupures de journaux communistes avec une carte d’affilié aux Jeunesses communistes » au nom du jeune homme.
Probablement dans l’espoir de s’en tirer, Barsotti déclara qu’il avait été dans le passé membre du parti communiste et qu’il avait conservé chez lui les brochures et journaux qu’on y avait trouvés uniquement à titre de documentation. Toujours est-il qu’il fut apparemment relâché. On peut soupçonner que la police décida alors d’accroître la surveillance sur sa personne.

Mi-janvier 1941 une réunion secrète se déroula au quartier Saint-Jean en vue de mettre sur pied une nouvelle organisation. Étaient présents : Charles Scarpelli, ouvrier aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP) ; Louis Vallauri, futur membre de l’équipe fondatrice du journal La Marseillaise ; Sauveur Pastourel, licencié des CAP en 1938 (comme Barsotti) ; François Caparros, John Vella et Jean Nunez, chez qui la rencontre eut lieu. À la fin du mois était créé le premier triangle clandestin de résistance communiste de Port-de-Bouc, composé de jeunes recrues, qui avaient l’avantage d’être à priori moins connues des autorités. Les membres de ce triangle étaient François Caparros, Michel Barrat et Louis Barsotti. Selon les souvenirs de François Caparros et ceux de Joseph Brando, ce triangle aurait été créé plus tôt, en novembre 1940. Quoiqu’il en soit, le déroulement des événements qui suivirent reste inchangé.
Le 12 février 1941, une opération de police visant le « vieux » militant Sauveur Pastourel fit également arrêter Barsotti. Il fut transféré à la maison d’arrêt d’Aix-en-Provence, où il retrouva Nicolas Terrana. D’après une attestation sur l’honneur rédigée en 1960, ce dernier, qui se présente comme « pensionné à 100% plus 12 degré au titre de Résistant, titulaire de la carte de déporté politique, président de l’office des Anciens Combattants et Victimes de Guerre des Bouches-du-Rhône », aurait transmis à Barsotti les consignes à suivre pour son activité de résistant. Détaillant les opérations, il mentionne que Barsotti « a imprimé et distribué des tracts qui appelaient la population à s’élever contre le gouvernement de Vichy et se préparer à résister à l’occupant allemand » et aussi « fait des inscriptions de mots d’ordre patriotiques sur les chaussées de sa localité. » Terrana prétend s’être alors inspiré de « l’activité patriotique des premiers groupes de résistants de Marignane. » Le document cite Louis Barsotti comme habitant au 6, rue Paul Langevin à Port-de-Bouc.

Il fut détenu à la maison d’arrêt d’Aix jusqu’en septembre 1941. En juillet il comparut pour tentative de reconstitution de cellule dissoute devant le Tribunal correctionnel. Un autre membre de son triangle des JC clandestines fut jugé avec lui : Michel Barrat. Tous deux furent condamnés à un an et demi de prison. Plusieurs journaux de l’époque (comme Le Petit Marseillais du 12 juillet ou La Croix du 15 juillet) évoquèrent un troisième co-accusé, un certain René Moreau, toujours en fuite au moment du procès et condamné lui à une peine de trois ans de prison.
Il fut emprisonné successivement au Bas Fort Saint-Nicolas et à la prison Saint-Pierre (Marseille), au camp militaire de Villefranche-de-Rouergue (Aveyron), au camp d’internement de Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) en 1944, avant d’être déporté à Buchenwald.
Parti le 30 juillet 1944 à bord du convoi I. 252 depuis la gare Raynald de Toulouse, la liste des prisonniers portait à son arrivée au camp l’annotation « BDS Paris » (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienstes) pour signifier que le Commandant de la Police de sécurité de l’État et du service de sécurité de la SS de Paris avait ordonné le transfert. L’armée allemande, soucieuse d’échapper à la progression des troupes alliées, fit ainsi évacuer plusieurs centres d’internement de la région, dont le camp de Saint-Sulpice-la-Pointe. On ajouta aux détenus du camp des réfugiés espagnols, des familles juives, des résistants raflés en Haute-Savoie et des FTP des Bouches-du-Rhône.
D’après une note du Secours catholique international du 18 décembre 1944, le train passa par Sète, Montpellier, Nîmes, Avignon, Orange, Valence, Chalon-sur-Saône, Dijon, Chaumont, Lunéville et Weimar. Les hommes adultes furent ensuite transportés jusqu’au camp.
L’administration de Buchenwald enregistra l’arrivée de Louis Barsotti le 6 août. Sa fiche d’entrée mentionne qu’il était déporté politique et que son métier était "Schlosser", qui peut se traduire par ajusteur, mécanicien-ajusteur ou encore serrurier. Ses maigres possessions furent méticuleusement listées : un veston, un pantalon, une chemise, une paire de chaussures, une paire de chaussettes, un portefeuille et un stylo plume. Il y devint le numéro de matricule KLB 69280.
Après la période de quarantaine au Petit camp imposée aux nouveaux arrivants, on l’affecta au Block 14 du Grand camp, dans lequel il resta. Dans le même Block était détenu Armand Guigue, communiste port-de-boucain, ancien des Chantiers et Ateliers de Provence lui aussi et arrivé avec le même convoi.
Une autre attestation sur l’honneur, celle de Jean Longinotti, ancien déporté de Buchenwald, affirme que Barsotti fit partie à l’intérieur du camp à la Brigade Française d’action libératrice, « organisation militaire de la résistance clandestine du camp regroupant l’ensemble des organisations françaises de la résistance ». Cette information est confirmée par une liste des membres de la brigade publiée dans le bulletin des anciens déportés de Buchenwald. Le 11 avril 1945, il prit donc part, à ce titre, à la lutte armée pour la libération du camp, facilitée par l’avancée des troupes alliées.
Définitivement libéré le 22 avril 1945, l’expérience concentrationnaire affecta durablement son état de santé. Il fut rapatrié en France le 29 avril. Le 1er mai, devant un défilé d’environ un million de Parisiens, une tribune d’honneur fut installée pour les premiers déportés rapatriés. Marcel Paul, lui aussi rescapé de Buchenwald (et pas encore Ministre), fit un discours. Barsotti se tenait quelques mètres en contrebas devant lui, muguet à la boutonnière. La volonté d’honorer la mémoire de leurs martyrs fut exprimée, ainsi que celle d’appliquer le programme du Conseil National de la Résistance.

Après la guerre, il fut représentant de commerce, vendant chez les gens des objets de maison et autres marchandises. Il travailla par la suite comme courtier en assurances jusqu’aux années 1960-1965.
En juillet 1947, il épousa Pascaline Argiolas, militante communiste de Port-de-Bouc et responsable d’un cercle local de l’UJFF. Ils eurent ensemble une fille, Giselle, en 1948.
D’après un certificat que le Ministère des Anciens Combattants et Victimes de la Guerre lui envoya quelques mois plus tard, ils résidaient alors au 26, rue Michel Ruiz à Port-de-Bouc. Le ministère lui fit parvenir en 1953 une carte de déporté politique à son nom portant le numéro 11130113.
Il divorça d’avec Pascaline Argiolas en 1968 et se remaria en juillet 1971 avec Antoinette, Conception Petrone, mécanicienne en couture.
Il fut membre de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos, regroupant les anciens déportés de ces camps. Selon Le Serment, le bulletin édité par l’association, au printemps 1994 il participait encore aux souscriptions de la structure.
Il est enterré au cimetière de la ville.

Le site « Mémoire des Hommes », dépendant du service historique de la Défense, l’a répertorié comme ayant fait partie du mouvement de résistance communiste Front national. La cote GR 16 P 35514 lui est consacrée aux archives de Vincennes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231204, notice BARSOTTI Louis, Gaston par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 23 octobre 2020, dernière modification le 10 février 2021.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Louis Barsotti jeune
Louis Barsotti jeune
La procès de Barsotti vu par la presse
La procès de Barsotti vu par la presse
Article du Petit Marseillais du 12 juillet 1941.
Fiche d'entrée au camp de Buchenwald
Fiche d’entrée au camp de Buchenwald
1er mai 1945 à Paris
1er mai 1945 à Paris
Tribune d’honneur des premiers déportés rapatriés. Pendant le discours de Marcel Paul, Louis Barsotti est visible au premier plan de la photo. Au deuxième rang, c’est le premier à partir de la droite, muguet à la boutonnière.
Barsotti après la guerre
Barsotti après la guerre

SOURCES : Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989. — Joseph Brando, Notes d’histoire vécue à Port-de-Bouc durant l’occupation allemande de 1940 à 1945, [sans date]. — Article du Petit Marseillais du 12 juillet 1941. — Article de La Croix du 15 juillet 1941. — Article nécrologique de La Marseillaise de février 1995 sur François Caparros. — Article nécrologique de La Marseillaise du 23 mai 1995 sur Louis Barsotti. — Acte de naissance de l’intéressé annoté de ses dates de mariages et de divorce. — Copie du Procès-verbal n°64 du Commissariat de Police de Port-de-Bouc 13 novembre 1940. — Copie du certificat du Ministère des Anciens Combattants du 15 novembre 1948. — Attestation sur l’honneur de Nicolas Terrana du 18 janvier 1960. — Attestation sur l’honneur de Jean Longinotti du 27 janvier 1960. — « C’était il y a 20 ans la Libération des camps de la mort. Pour que le monde n’oublie pas, les rescapés témoignent », Supplément au n°303 du journal Le Patriote Résistant, janvier 1965. — Service international de recherches à Arolsen. — Liste du convoi "BDS Paris" arrivé le 6 août 1944 à Buchenwald. — Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Le Serment n°236, bulletin bimestriel de l’Association Française Buchenwald-Dora et commandos, mai-juin 1994. — Données des sites Filae et Généanet. — Site Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 35514 (nc). — Archives de l’Association Française Buchenwald Dora et Kommandos. — Propos recueillis auprès de sa fille.

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