RENARD André, Gilles, Guillaume.

Par Rik Hemmerijckx

Valenciennes (département du Nord, France) 21 mai 1911 – Seraing (pr. et arr. Liège), 20 juillet 1962. Ouvrier métallurgiste, syndicaliste socialiste, résistant, fondateur du Mouvement syndical unifié (MSU), cofondateur et secrétaire général adjoint de la FGTB, président de la régionale FGTB de Liège-Huy-Waremme, président de la Fédération liégeoise des mutualités socialistes syndicales (FMSS), collaborateur du Prolétaire, directeur du quotidien La Wallonie, cofondateur de l’hebdomadaire La Gauche, fondateur et directeur de Combat, fondateur du Mouvement populaire wallon (MPW).

Discours André Renard (2e personne à l’avant-plan) devant 40.000 personnes lors de la grève contre la
Discours André Renard (2e personne à l’avant-plan) devant 40.000 personnes lors de la grève contre la "loi unique", 9 janvier 1961, place Mansart, La Louvière (AMSAB-IHS, Gand).

Syndicaliste socialiste, leader ouvrier et militant wallon de grande envergure, André Renard est une des figures majeures que connait la Belgique ouvrière du XXe siècle. Il est issu d’une famille ouvrière de Seraing, dans la banlieue industrielle de Liège. Sa jeunesse et les débuts de sa carrière professionnelle se déroulent dans cette commune, dominée par l’industrie sidérurgique et fortement marquée par la présence et les luttes du mouvement ouvrier socialiste. Toutefois, c’est à Valenciennes, ville du Nord de la France, où son père, Alphonse Renard travaille, qu’André naît en en 1911. La famille n’y demeure pas longtemps puisqu’en 1912-1913, elle s’installe à nouveau à Seraing.
André Renard effectue ses études primaires dans une école communale. Il poursuit ses humanités, d’abord à l’école moyenne, dont il sort diplômé en juin 1926, puis à l’Athénée, études qu’il ne termine pas.

En 1927, André Renard commence sa carrière professionnelle comme ouvrier traceur dans l’usine sidérurgique de Cockerill à Seraing. Parallèlement, il continue sa formation en suivant des cours du soir à l’école industrielle de Seraing et des cours de législation sociale et industrielle à l’Université de Liège (probablement auprès du socialiste Paul Horion*) en tant qu’étudiant libre. De juillet 1931 à août 1932, il effectue son service militaire à la division du 1er Régiment des lanciers à Spa (pr. Liège, arr. Verviers). Fin 1932, il est engagé comme contremaître à l’atelier de réparations dans la division Hauts-Fourneaux de l’Espérance-Longdoz à Seraing. Il est ensuite transféré en tant que chronométreur vers le service de rationalisation, connu comme le service « Bedaux ».
C’est pendant cette période qu’André Renard, membre du syndicat des métallurgistes socialistes, se lance dans l’action syndicale pourtant peu évidente dans une usine fortement marquée par le pouvoir patronal. En tant que sectionnaire-délégué, il mène une campagne contre le système Bedaux. La direction soupçonne le sabotage du système de rationalisation du travail. En octobre 1935, Renard est congédié pour faits syndicaux.

Chômeur, André Renard est engagé comme conducteur de travaux à l’entreprise Pieux Franki en avril 1936. Comme syndicaliste et militant des Jeunes gardes socialistes (JGS), il participe activement à la grève générale de juin 1936 à Seraing. De ce fait, il est de nouveau congédié mais est réengagé par après.

Durant ces années, André Renard est affilié aux JGS de Seraing, mais il va surtout s’investir dans le mouvement syndical. À partir du milieu de l’année 1935, il devient un collaborateur régulier du Prolétaire, l’organe de la Fédération générale des syndicats de Liège (FGSL). Il écrit d’abord sous le pseudonyme d’Ardent et puis sous son propre nom. Occasionnellement, il publie également dans le journal La Wallonie. Sa participation à L’Action socialiste est plutôt de courte durée. Ses articles mettent en avant les grands problèmes auxquels le syndicalisme est confronté : la concertation sociale, l’enseignement technique, les conventions collectives de travail, le chômage, la crise, etc.

À partir de mars 1936, André Renard rejoint le comité exécutif des Jeunesses syndicales de la région de Liège et en mai 1936, avec le soutien de Joseph Bondas, il devient membre du comité exécutif de la Fédération des métallurgistes de Liège (FML). En juin 1937, il prend la parole, pour la première fois, lors d’un congrès syndical à Ougrée (aujourd’hui commune de Seraing). Élément prometteur, qui s’est distingué par son militantisme lors de la grève générale de 1936, André Renard est finalement accepté comme permanent du mouvement syndical liégeois. Il quitte son travail au Pieux Franki et en août 1937, il entre à l’Office de droit ouvrier de la FGSL. En octobre 1937, il devient le chef de bureau au service de documentation de la FML. Il reçoit également la responsabilité de l’organisation des Jeunesses syndicales liégeoises. Avec Julien Pirnay, il est l’éditeur du Cri des jeunes, l’organe des Jeunesses syndicales.

Au cours de ces années, les idées syndicales d’André Renard commencent à prendre forme. Il est envoyé en voyage d’étude en Suède, au Danemark et en Hollande et participe à des séminaires pour jeunes syndicalistes à Genève. Le modèle suédois, avec son syndicat unique et son régime de concertation sociale, va influencer Renard. Il découvre les idées d’Henri De Man* qui essaie de dépasser le marxisme traditionnel. Les idées planistes de De Man pour combattre la crise économique sont un autre élément important : la conviction qu’il faut dépasser la politique réformiste traditionnelle et qu’il faut revendiquer des réformes de structure économiques va largement animer l’action d’André Renard. En même temps, en s’inspirant des idées de Jef Rens, il pose également le problème de la démocratie économique. Dans cette perspective, Renard va beaucoup insister sur l’importance de l’éducation syndicale. L’autodidactisme est d’une grande valeur pour le jeune militant. Face à l’extrême-droite, il se positionne comme un adversaire des dictatures fascistes et nazie. Il soutient également l’Espagne républicaine. En mai 1938, il aurait fait un bref séjour en Espagne pour appuyer la cause républicaine. Toutefois, en accord avec la position réformiste d’un Joseph Bondas ou d’un Isi Delvigne*, il n’est pas tenté par le Front populaire et il se positionne comme un adversaire résolu des communistes, surtout lorsque ces derniers interviennent dans le domaine syndical. Le Pacte germano-soviétique de septembre 1939 est, pour lui, l’occasion de dénoncer l’incohérence de la politique communiste.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’occupation de la Belgique et l’expérience de la résistance syndicale vont propulser André Renard à l’avant-scène du mouvement syndical liégeois. Mobilisé à plusieurs reprises à partir de juillet 1939, il est attaché à une compagnie de défense antiaérienne. En mai 1940, il vit la campagne des 18 jours. Arrêté le 29 mai 1940 à Middelkerke (pr. Flandre occidentale, arr. Ostende), il est envoyé en Allemagne comme prisonnier de guerre. Emprisonné au Stalag XI A à Altengrabow (Dörnitz, commune de Möckern, Saxe-Anhalt), il est obligé de travailler dans des exploitations agricoles. En septembre 1941, il écrit une lettre à Henri De Man*, l’ancien président du Parti ouvrier belge (POB), pour lui demander d’intervenir afin de libérer son groupe de prisonniers. Blessé aux reins au cours des travaux forcés, Renard est envoyé au Standortlazarett Magdeburg jusque fin octobre 1941. Déclaré inapte au travail en mars 1942, il est libéré du camp de prisonniers et retourne à Seraing à la fin de mai 1942 en passant par Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers). Après quelques mois de convalescence, il reprend ses activités. Les sources n’apportent pas d’éléments clairs sur la façon dont il aurait subvenu à ses besoins durant la période qui suit : apparemment, il aurait été employé chez Cockerill.

En 1942, la situation du mouvement syndical n’est guère brillante : au sein des entreprises, la seule organisation autorisée à faire du syndicalisme est l’Union des travailleurs manuels et intellectuels (UTMI), inféodée à l’occupant allemand. Du côté socialiste, il y a bien eu une résistance organisée, mais la répression allemande a causé des dégâts : lors d’une rafle en mars 1942 la plupart des permanents régionaux du syndicat des métallurgistes sont arrêtés et déportés en Allemagne. Joseph Bondas prend la route pour Londres. Dans les entreprises, les communistes se montrent assez actifs et créent des Comités de lutte syndicale (CLS) lesquels sont mis en évidence surtout après la grève des 100.000 de mai 1941.
C’est dans ce contexte difficile qu’Isi Delvigne* demande à André Renard de reprendre en main le syndicat des métallurgistes afin de s’affirmer dans la résistance syndicale. En accord avec Raymond Latin, autre dirigeant syndical, il prend contact avec les délégués des différentes usines. Ainsi un mouvement des délégués socialistes prend forme dans la région liégeoise. Renard devient, par le biais du réseau du service Socrate, une des figures clés dans l’organisation de l’aide financière aux réfractaires dans la région liégeoise. Il fait également partie du service de renseignements Marc. Affilié à l’Armée de libération (AL), André Renard fonde, avec Raymond Latin, un groupe de résistance armée : KJ3. À partir de la fin de 1943, Renard vit dans la clandestinité. Sous le nom de guerre d’Albert, il participe à plusieurs coups de main.

Dans la clandestinité, le mouvement des délégués, dirigé par André Renard, s’approche des CLS de la métallurgie liégeoise pour finalement arriver à une fusion des deux organisations en juin 1943. Dès la fin de 1943, le mouvement édite son propre clandestin : Travail, périodique d’action et de doctrine syndicale. Parallèlement, un bulletin d’étude est diffusé : Le Métallurgiste. Ce n’est que vers la fin de l’Occupation que ce mouvement des délégués va se manifester comme une organisation autonome : le Mouvement métallurgiste unifié (MMU), qui deviendra le Mouvement syndical unifié (MSU) à la Libération. Le MSU va se doter d’une déclaration de principes sous le titre de Pour la Révolution constructive. Dans ce manifeste, le syndicat est présenté comme un levier essentiel pour réaliser un changement de société. Le MSU se déclare en faveur d’un syndicat unique, indépendant des partis politiques. On reprend les idées d’avant-guerre sur la démocratie économique et le contrôle ouvrier, reformulé comme cogestion. Il y a une influence des idées planistes d’Henri De Man*, mais chaque forme de corporatisme est repoussée. La lutte des classes est présentée comme un combat des producteurs contre l’oligarchie capitaliste, bancaire et monopoliste. En outre, le MSU se prononce pour l’action directe, englobant aussi bien la concertation paritaire que la grève générale, le boycottage et le sabotage. Bien qu’on lui attribue une certaine influence anarcho-syndicaliste – notamment par les écrits de Georges Sorel et par la Charte d’Amiens acceptée par la CGT française en 1906 –, le syndicalisme d’André Renard est surtout une variante radicale et offensive du réformisme socialiste.

Lors de la Libération, en septembre 1944, André Renard apparaît comme le dirigeant incontesté du MSU. Dans la métallurgie liégeoise, celui-ci est largement dominant, mais il y a également des sections importantes dans la région de Charleroi (pr. Hainaut) avec Émile Clersy*, et à Namur (pr. Namur), avec André Genot*.
Dès octobre 1944, Renard est présent lors des pourparlers autour de la réunification des comités issus de la résistance syndicale (MSU, CLS, …) avec la Confédération générale du travail de Belgique (CGTB) d’avant-guerre. La déclaration de principes de la Fédération générale du travail de Belgique (FGTB), créée le 1er mai 1945, est largement inspirée par les idées développées par le MSU. Renard joue un rôle important dans la constitution de la FGTB, mais il ne réussit pas à faire passer le principe du non-cumul d’un mandat politique et d’une fonction syndicale au niveau de la FGTB nationale.
André Renard ne fait pas partie non plus du premier Secrétariat national de la FGTB, mais est élu à son Bureau national de la FGTB. Dans une première phase, il va surtout consolider ses positions au niveau de la région liégeoise. Il devient le président de la FGTB de Liège-Huy-Waremme et est le secrétaire national de la Centrale des métallurgistes de Belgique (CMB). Ce n’est que fin décembre 1946, lors du Congrès de la FGTB, au moment où Joseph Bondas prend sa retraite, qu’André Renard accède au Secrétariat national de la FGTB. L’étude des problèmes relatifs à l’économie générale et à l’organisation de l’économie, des problèmes d’organisation scientifique du travail, de qualification professionnelle, de sécurité et d’hygiène fait partie de ses compétences. En plus, il s’occupe de la problématique des frontières syndicales, des relations avec les organisations non affiliées à la FGTB et du syndicalisme au Congo (aujourd’hui République démocratique du Congo). En avril 1947, André Renard et André Genot* sont envoyés en mission à la colonie belge pour resserrer les liens avec la Confédération générale des syndiqués du Congo et d’y étendre l’influence de la FGTB. Éditorialiste en vue de la presse syndicale socialiste, il exprime également ses points de vue dans l’hebdomadaire indépendant, Volonté (1946-1950).

Comme dirigeant syndical, André Renard ne joue pas le jeu traditionnel de la concertation sociale, et, à des moments critiques, il n’hésite pas à mobiliser la force ouvrière pour obtenir gain de cause. En septembre 1944, quelques jours après la Libération, il est à l’origine d’une grève dans la métallurgie liégeoise dont le but est de forcer la reconnaissance du MSU. Élément significatif : certains des piquets de grève sont armés. En juin 1946, en déclenchant une grève massive dans la région liégeoise, il ose affronter l’autorité du gouvernement, dirigé par le socialiste Achille Van Acker. À ce moment, les communistes sont liés par la loyauté gouvernementale et Renard les dépasse nettement à gauche. Dans la presse de droite, il est désigné, non sans ironie, comme « le "trotzkyste" de M. Van Acker ». Lors de la Conférence nationale du travail des 16 et 17 juin 1947, il provoque une grève surprise dans la métallurgie liégeoise pour forcer le patronat à octroyer des concessions. Fin juin 1948, il dirige une grève générale des métallurgistes contre l’avis négatif des dirigeants du Parti socialiste belge (PSB). À chaque reprise, Renard se positionne comme un syndicaliste offensif qui sait mobiliser ses troupes et fait primer les intérêts syndicaux.

Grâce à sa présence dominante dans la région liégeoise, André Renard maintient sa position sur l’indépendance syndicale et il y impose le non-cumul d’un mandat politique et d’une fonction syndicale. Il essaie aussi de maintenir l’esprit d’unité syndicale : en 1946, il arrive à réaliser une unité d’action avec le syndicat chrétien de la région liégeoise. Par après, surtout lors des premières élections sociales en 1950, il prendra de nouveau ses distances envers le syndicat chrétien. D’autre part, Renard s’oppose sévèrement à l’ingérence des partis dans les affaires syndicales. Comme syndicaliste et bien qu’il soit lui-même affilié au parti socialiste, il ne veut pas être inféodé, ni au PSB, ni au Parti communiste de Belgique (PCB). Dans cette logique, il n’hésite pas à exclure des syndicalistes communistes qui ne se tiennent pas aux décisions de la FGTB. Toutefois, vu les rapports de force, il tient à une présence communiste au sein de la FGTB. En mars 1948, au moment où les derniers communistes sont évincés du Secrétariat et du Bureau national de la FGTB, Renard proteste contre cette décision univoque. En désaccord, il démissionne comme secrétaire national de la FGTB et il réunit toute une série de syndicalistes wallons pour signer le fameux manifeste de Volonté. C’est la première fois que Renard se met en avant comme leader des syndicalistes en Wallonie. Au cours de sa carrière, cette sensibilité wallonne gagnera encore en importance. Au début du mois de décembre 1948, Renard accepte, après pas mal de discussions, de réintégrer le Secrétariat national de la FGTB. En 1949, comme la tendance est à la restauration des liens entre la FGTB et le PSB, Renard ne s’oppose plus à la constitution d’un Comité d’action commune. Dans le contexte de l’opposition au retour du roi Léopold III, il va largement influencer le programme de l’Action commune, connu comme la Charte du travail : il y ajoute la revendication de la démocratie économique et sociale. Par après, Renard devient le président de l’Action commune dans la région liégeoise.

La mobilisation de l’Action commune socialiste contre le roi Léopold III et le dénouement de la question royale lors de l’été 1950 sont deux moments importants dans la vie militante d’André Renard. Déjà en juillet 1945, la FGTB a pris position contre le retour de Léopold III, mais, après la consultation populaire de mars 1950, les positions se radicalisent. Face à la majorité flamande qui a voté pour le retour, Renard se présente comme le porte-parole des ouvriers wallons qui ont voté contre. C’est dans ce contexte qu’il se met en avant comme défenseur de l’idée fédéraliste et qu’il apporte son soutien au mouvement wallon. Fin mars 1950 – une première –, André Renard prend la parole au Congrès wallon de Charleroi (pr. Hainaut, arr. Charleroi). Sous la pression de la base ouvrière, la FGTB se positionne fermement et lance un appel à la résistance. Dès le 26 juillet 1950, une grève générale est déclenchée dans les centres industriels de la Belgique, elle prend un caractère quasi insurrectionnel. Avec son talent oratoire et ses expressions frappantes, Renard n’hésite pas à évoquer la menace insurrectionnelle : « À partir d’aujourd’hui, les mots de révolution et d’insurrection auront pour nous un sens bien défini ». Il parle même de l’abandon total de l’outil. Le 30 juillet, à Grâce-Berleur (aujourd’hui commune de Grâce-Hollogne, pr. et arr. Liège), quatre grévistes sont tués par la gendarmerie. Un processus de non-retour est entamé. Une marche sur Bruxelles est annoncée. À Liège, le spectre d’une sécession wallonne est évoqué : dans la nuit du 31 juillet, la formation d’un gouvernement provisoire wallon aurait été envisagée. Le poste de ministre de la Défense serait réservé à Renard. Le 1er août 1950, face à la révolte ouvrière et afin d’éviter une situation de guerre civile, Léopold III accepte d’abdiquer. Finalement, Renard se range derrière l’appel à la démobilisation, décrétée par la FGTB.

Avec la question royale, André Renard est le leader incontesté d’une gauche syndicale, surtout en Wallonie. Fait significatif pour son ascension dans la hiérarchie syndicale et pour la consolidation de son pouvoir dans la région liégeoise : il réussit à prendre la direction du journal syndicaliste, La Wallonie en octobre 1951, succédant ainsi à Isi Delvigne. Après la disparition de Volonté, La Wallonie deviendra une des tribunes essentielles du discours renardiste qui entend peser sur l’opinion publique. Toutefois, au niveau de la FGTB nationale, les ambitions d’André Renard ne se réalisent pas comme il le souhaite. Début mai 1952, sa thèse demandant une action sur le principe du prélèvement sur les bénéfices capitalistes est rejetée. Déçu, il annonce sa démission comme secrétaire national, mais il revient sur cette décision par la suite. Cet épisode n’est que le prélude à une épreuve de force pour la direction de la FGTB nationale. Lorsque Paul Finet*, secrétaire général, quitte le Secrétariat national de la FGTB en 1952, Renard annonce en août sa candidature en vue de le remplacer. Louis Major*, le leader des syndicalistes flamands, ex-CGTB et parlementaire socialiste, est également candidat. Les deux incarnent deux types de syndicalisme : pour Renard, c’est le syndicalisme de combat, des réformes de structure et de l’indépendance syndicale et pour Major, c’est le syndicalisme pragmatique, fixé sur la concertation sociale, en alliance avec le PSB. Lors d’un Comité national en septembre 1952, Major l’emporte par 56 voix contre 53 pour Renard. Apparemment, celui-ci aurait manqué de quelques voix de Charleroi pour changer la donne. Il est néanmoins nommé secrétaire général adjoint. Avec André Genot et Robert Moreau, les ex du MSU occupent les sièges wallons au Secrétariat national de la FGTB.

Secrétaire général adjoint de la FGTB, secrétaire national de la CMB, président de la FGTB Liège-Huy-Waremme, directeur du journal La Wallonie, président de la Fédération des mutualités socialistes et syndicales (FMSS) de la région liégeoise, André Renard dispose d’un pouvoir syndical exceptionnel. Cette position est encore renforcée par les différents mandats qu’il détient au sein des commissions de la concertation paritaire, des organismes parastataux et des conseils d’administration au niveau national et européen : président du Comité de contrôle du gaz et de l’électricité (1946-1961), membre du Conseil central de l’économie et du Conseil professionnel du métal, membre du Conseil supérieur de l’enseignement technique, membre du Comité national de la recherche scientifique, administrateur de la Société nationale de crédit à l’industrie (1948), administrateur de l’Office du commerce extérieur (1951), administrateur de l’Office belge pour l’accroissement de la productivité (OBAP) (1951-1961), membre du Comité national d’expansion économique (1960-1961), régent de la Banque nationale de Belgique (1953-1961), président de la commission consultative de la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) (1953-1958), membre du Conseil économique et social européen (1958-1961)… Certains vont lui reprocher ce cumul des mandats. Afin de préparer les différents dossiers, de rédiger les rapports de fond et d’écrire les nombreux discours, éditoriaux et brochures de propagande, André Renard peut compter sur des militants dévoués comme Joseph Brusson*, Jacques Yerna*, Ernest Mandel*, René De Schutter*… Sur le plan européen, il faut mentionner Marcel Gerlache*.

De manière générale, André Renard est présenté comme un syndicaliste de combat, mais on ne peut pas perdre de vue qu’il est également un syndicaliste qui a pesé sur les grands débats autour de la démocratie économique, et surtout, il est l’homme des réformes de structure. Dès 1945, il revendique la cogestion, c’est-à-dire l’association des syndicats aux différents niveaux de la décision économique et sociale. Un des premiers grands débats est celui de l’instauration de la démocratie économique au niveau des entreprises. Pour André Renard, celle-ci ne peut pas être réduite à un comité de production : il faut un conseil d’entreprise avec droit de contrôle des travailleurs. Bien que la loi sur l’instauration des conseils d’entreprises de septembre 1948 ne répond pas vraiment aux attentes de Renard, elle est considérée comme un premier pas. Puis il y eut le Plan Marshall et l’aide américaine à l’économie européenne. Fin 1947, en accord avec la majorité socialiste au sein de la FGTB, Renard défend le Plan Marshall, non seulement pour relever l’économie européenne, mais aussi comme un levier afin de réaliser la cogestion. Dans le même esprit, il commence à s’intéresser à la problématique de la productivité, l’objectif essentiel étant le relèvement du niveau de vie et la lutte contre le chômage technique. Dès janvier 1951, il fait partie du conseil de l’Office belge pour l’accroissement de la productivité (OBAP). Dans ce cadre, il fait plusieurs voyages d’étude aux États-Unis. Il est impliqué dans les pourparlers avec les représentants du patronat et, en mai 1954, il est parmi les initiateurs de la Déclaration commune sur la productivité, considérée comme le prolongement du Pacte social de 1944. Depuis lors, Renard fait partie du bureau de l’OBAP et il en assurera la présidence en 1959-1960.

André Renard s’affirme comme un européen convaincu. Dès 1945, il est en contact avec Raymond Rifflet et les socialistes proeuropéens autour de la revue, Les Cahiers socialistes. Il adhère au Mouvement européen en 1948 et participe aux congrès du Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe (MSEUE) à partir de 1949. Renard en fait partie de la section belge du MSEUE dès sa création en 1950. En 1951, à Liège, il rejoint le Comité de direction du Mouvement d’étude et d’action pour le fédéralisme européen (MFEA). En 1952, il remplace Paul Finet comme représentant de la FGTB dans les organes dirigeants de la section belge du Mouvement européen. Loin d’être un projet intellectuel, l’Europe est, pour Renard, un projet auquel il faut associer le monde ouvrier.
Comme syndicaliste, André Renard est favorable à la participation active du mouvement syndical à la formation de l’Europe unie, concrètement à l’organisation des affaires économiques et sociales. Ainsi il est présent à la première Conférence économique européenne, qui a lieu à Westminster en avril 1949. Impliqué dans les activités du Comité intersyndical de la Ruhr (Allemagne), Renard se positionne comme un défenseur convaincu du plan Schuman (mai 1950), qui prévoit la création d’une Communauté européenne de l’acier et du charbon (CECA). Au Congrès de la FGTB de mai 1951, Renard défend le plan Schuman et la constitution du pool charbon-acier comme un premier essai de planification européenne. La représentation des syndicats dans le Comité consultatif du CECA est présentée comme un coup porté à la structure capitaliste. Impliqué dans la coordination des syndicats européens de la CECA, Renard est désigné en février 1953 comme vice-président du Comité des XV et, en même temps, président et porte-parole du groupe des travailleurs au Comité consultatif de la CECA. La même année, il est proposé comme délégué du Bureau permanent du Bénélux. Renard assure la présidence du Comité consultatif jusqu’en janvier 1955.
Au sein du Comité consultatif de la CECA, André Renard s’occupe entre autres de la lutte contre les cartels, de la politique financière, de la formation professionnelle, des logements ouvriers et de l’harmonisation des conditions de vie et de travail. Il continue ses activités au sein du Comité consultatif jusqu’en 1958. En juillet 1958, Renard est désigné pour siéger au Conseil économique et social européen (CES), mais apparemment le niveau européen ne l’inspire plus. Lors de son mandat, il se fait remplacer par André Genot*.

L’action d’André Renard est importante sur le plan européen, mais c’est surtout au sein de la FGTB qu’il va se profiler comme l’homme des réformes de structure. Dès 1951, une commission d’étude se réunit afin de discuter des problèmes de la planification démocratique de l’économie. Sous la conduite charismatique de Renard, plusieurs techniciens, des sociologues et des professeurs comme Henri Janne et René Evalenko, sont associés aux travaux.
Le rapport intitulé Situation économique et perspectives d’avenir, présenté fin octobre 1954 au Congrès de la FGTB, constitue une critique approfondie des défaillances de l’économie belge (politique industrielle conservatrice, insuffisance des investissements, chômage structurel…), mais ce n’est pas un programme anticapitaliste à proprement parler. Il se présente plutôt comme un programme d’expansion économique au travers d’une politique économique keynésienne : la planification souple en est le mot clé. C’est un programme qui pourrait être concilié au développement d’un fordisme moderne, et qui, en même temps, pourrait constituer la base d’une alternative travailliste. L’instauration d’une société publique d’investissements, le contrôle sur les holdings, un service national de la santé, etc., sont revendiquées. Les nationalisations proposées sont limitées au secteur de l’énergie (gaz et électricité…). L’exemple de la Grande-Bretagne y est pour beaucoup. Toutefois, entre programme et pratique, il y a parfois un écart : avec la convention de l’électricité de juillet 1955, défendue par André Renard, la nationalisation du secteur de l’énergie est mise en sourdine.
Le rapport Holdings et démocratie économique, présenté au Congrès d’octobre 1956, se place dans le prolongement de celui de 1954 et vise surtout l’emprise des groupes financiers et des holdings sur l’économie de la Belgique. Il porte sur plusieurs revendications : un contrôle sur les holdings par une commission d’état, la nationalisation des charbonnages, une représentation paritaire dans les commissions ou institutions parastatales, une révision de la loi sur les conseils d’entreprises et une commission d’enquête sur les concentrations financières et économiques. Malgré une certaine ambiguïté sur le caractère anticapitaliste des réformes de structure, le programme va largement inspirer l’action de l’aile gauche du mouvement socialiste, organisée autour de l’hebdomadaire La Gauche. Lancée fin décembre 1956, la publication, soutenue par André Renard, est imprimée sur les presses de La Wallonie. Comme « Organe de combat socialiste », La Gauche va jouer un rôle important dans la propagation du programme des réformes de structure.

Toutefois, ce programme ambitieux ne concorde pas vraiment avec la politique pragmatique menée par la direction du PSB et par le gouvernement socialiste-libéral d’Achille Van Acker lors des années 1954-1958. À travers sa politique scolaire, le gouvernement est largement marqué par la confrontation avec le monde catholique. Sur le plan liégeois, André Renard est également impliqué dans cette lutte scolaire, mais, pour lui, la question sociale reste primordiale. En mai 1955, il revendique la taxation des transactions boursières, mais Van Acker marque son désaccord. En juin 1957, une grève générale de la métallurgie pour l’obtention du double pécule pour les 12 jours de congé prend le caractère d’une épreuve de force avec le gouvernement Van Acker. Celui-ci désapprouve publiquement la grève comme une action antigouvernementale. Finalement, après deux semaines, un accord intervient : une augmentation de salaire est acquise, mais pas le double pécule. C’est la première fois depuis la Libération qu’André Renard ne réussit pas à faire accepter ses revendications. Au sein du Secrétariat de la FGTB, il est critiqué par les dirigeants flamands : Dore Smets* et Louis Major*.

Un des aspects moins connus dans le parcours d’André Renard est son rôle comme président de la Fédération liégeoise des mutualités socialistes et syndicales (FMSS). Son action mutualiste se développe en parallèle avec son action comme dirigeant syndical. Au cours des années 1950, partant du principe d’une médecine gratuite pour tous, il y défend, au sein de la FMMS, l’instauration d’un service national de santé. Dans cette optique, la FGTB de Liège-Huy-Waremme et la FMMS créent en 1958 les Fonds et Services sociaux, dont Renard sera le président. En tant que tel, il encourage la création de plusieurs polycliniques socialistes dans les régions de Liège et de Huy (pr. Liège, arr. Huy), formant un véritable réseau de soins de santé au service des travailleurs.

La défaite socialiste lors des élections législatives de juin 1958 et la cure d’opposition qui s’ensuit, ouvrent de nouvelles perspectives à l’action d’André Renard. Une certaine radicalisation se fait sentir dans son discours. Dans Vers le socialisme par l’action, brochure publiée en septembre 1958, il fait appel à un regroupement des forces socialistes et présente le programme des réformes de structure comme un moyen pour empêcher l’intégration du mouvement socialiste dans le système capitaliste. Au sein du PSB, les esprits commencent à bouger également : en décembre 1958, après des années de tergiversations, le congrès du parti adopte le programme des réformes de structure. Événement assez exceptionnel : comme membre du PSB, André Renard est présent dans la salle lors des débats.

Cette période est également marquée par une montée de la lutte ouvrière. En février 1959, les mineurs du Borinage (pr. Hainaut) s’insurgent contre les fermetures des charbonnages, imposées par la CECA. Contre toute attente, André Renard s’oppose à une généralisation du conflit et interdit même un numéro de La Gauche qui veut lancer un appel à la grève générale. Il se distancie des positions gauchistes : la voie de la concertation sociale n’est pas fermée. Fin mai 1960, il est un des signataires du premier accord de programmation sociale conclu en Belgique. En vertu de cet accord, les organisations syndicales acceptent de renoncer à toute revendication interprofessionnelle jusqu’à la fin de 1962. Soumis à des considérations critiques par Jacques Yerna* dans La Gauche, Renard rompt avec celui-ci. En vertu de l’accord, un Comité national d’expansion économique est constitué en novembre 1960. Bien qu’il n’y ait pas vraiment un organisme de planification, la constitution de ce comité est considérée par Renard comme une victoire pour le mouvement syndical.

Cependant, au cours de l’année 1960, différents facteurs vont amener à une confrontation sociale sans précédent. Fin septembre, afin de faire face aux répercussions économiques et financières de l’indépendance du Congo, le gouvernement Eyskens (coalition sociale-chrétienne – libérale) présente un projet de loi dit d’expansion économique, de progrès social et de redressement financier, appelé également « loi unique » : c’est un ensemble de mesures d’austérité et de régression sociale. Le mouvement socialiste s’y oppose. L’Action commune lance une campagne d’information. En Wallonie, où le spectre du déclin de l’industrie lourde et du chômage s’annonce, l’appel est à l’action. Mais au sein de la FGTB nationale, les avis sont partagés sur la stratégie à suivre. Devant cette carence, André Renard décide de coordonner l’action sur le plan de la Wallonie. Le 17 novembre 1960, la création du Comité de coordination wallonne et l’édition d’un organe de combat wallon sont annoncées à Charleroi. Le 16 décembre 1960, au Comité national de la FGTB, la motion d’André Renard proposant une grève de 24 heures lors de la deuxième semaine de janvier 1961, est rejetée. Dès lors, il n’y a pas un mot d’ordre d’action de la part de la FGTB nationale. Le 20 décembre 1960, alors que la Centrale générale des services publics (CGSP) se met en grève au niveau national et qu’une action spontanée se déclenche au port d’Anvers (Antwerpen, pr. et arr. Anvers) et dans les bassins industriels de la Wallonie, Renard est dépassé par le mouvement. Très vite, il reprend en main la situation. Il se révèle comme la figure charismatique d’un mouvement de grève qui va mobiliser le monde ouvrier et les services publics pendant cinq semaines. Lors des meetings innombrables, ses discours fermes et résolus électrisent la foule des grévistes. La grève contre la « loi unique » est défensive, mais Renard va en faire une grève offensive en y ajoutant la revendication des réformes de structure. En Wallonie, où la grève est quasiment générale, le Comité de coordination des régionales wallonnes de la FGTB (CCRW), présidé par Renard, se présente comme l’instance dirigeante du mouvement. Néanmoins, devant le refus du syndicat chrétien de soutenir la grève et la détermination du gouvernement Eyskens de tenir ferme, le mouvement devient une guerre d’usure. Les forces de l’ordre sont mobilisées massivement et les confrontations avec les grévistes sont dures. Au total, il y aura quatre morts parmi les grévistes. En Wallonie, l’esprit de la résistance ressurgit : d’innombrables actes de sabotages sont commis. Cependant, le mouvement de grève risque de s’épuiser. Renard est à la recherche d’un second souffle. Le 3 janvier 1961, lors d’un meeting à Ivoz-Ramet (aujourd’hui commune de Flémalle, pr. et arr. Liège), il ouvre un nouveau champ de bataille en exigeant le fédéralisme afin de réaliser les réformes de structure. En même temps – comme en 1950 –, il lance une menace ultime : l’abandon total de l’outil. Le 5 janvier 1961, c’est le lancement de Combat, l’hebdomadaire wallon d’action socialiste. Renard se replie sur la Wallonie et ordonne la grève au finish, tandis qu’en Flandre, c’est la démobilisation. Une ultime tentative d’ouvrir un front politique par la démission des parlementaires socialistes échoue. Le mouvement de grève est en train de s’essouffler. Après le vote de la « loi unique » au Parlement, le 13 janvier 1961, les derniers carrés grévistes dans la métallurgie de Liège, du Centre (pr. Hainaut) et de Charleroi reprennent le travail le 23 janvier 1961.

Dès la fin de la grève, des règlements de comptes au sein de la FGTB nationale se font jour : Louis Major* et Dore Smets* demandent des explications à André Renard sur un entretien qu’il a eu avec le président national de la CSC (Confédération des syndicats chrétiens), August Cool*, le 27 décembre 1960. On lui reproche une faute tactique et même une forme de collaboration politique. Mais au-delà d’une querelle personnelle, André Renard veut entamer le débat sur le problème des structures au sein de la FGTB. Il ne croit plus dans les structures unitaires de la FGTB et afin de réaliser l’équilibre entre les divers groupes linguistiques, il se déclare partisan d’un système confédéral sur le plan interprofessionnel. Le 23 février 1961, il démissionne comme secrétaire général adjoint de la FGTB. Son exemple est suivi par André Genot, Robert Moreau, Raymond Latin, Robert Lambion et Willy Schugens. Renard garde toutefois ses mandats de président de la FGTB Liège-Huy-Waremme et de la FMMS de la région liégeoise.

En quittant la direction nationale de la FGTB, André Renard veut entamer la lutte pour le fédéralisme et les réformes de structure sur une nouvelle base. C’est dans ce but que le Mouvement populaire wallon (MPW) est créé en mars 1961. Combat devient l’organe du mouvement. Fort de son prestige comme leader de la grève de 1960-1961, Renard a l’ambition de rassembler tous les fédéralistes wallons à travers ce groupe de pression. Largement soutenu par les militants wallons de la FGTB, surtout de Liège et de Namur, le succès initial du MPW est impressionnant : en novembre 1961, on annonce 180.000 affiliés, individuels et collectifs. Jouant sur les sentiments populaires, et se positionnant dès lors sur le terrain communautaire, André Renard éprouve parfois des difficultés à maintenir le MPW en dehors d’un régionalisme exacerbé.
Son élan est brisé d’un seul coup : frappé par une hémorragie cérébrale, il meurt le 20 juillet 1962 à l’âge de cinquante-et-un ans. Les funérailles d’André Renard à Seraing sont une démonstration émouvante de l’attachement du monde ouvrier wallon à son leader syndical.

Sur le plan privé, André Renard est, depuis le début de septembre 1942, marié à Renée Lurquin. Née au Havre en France en 1918, cette dernière était en relation avec Renard depuis plusieurs années. Pendant l’Occupation, elle travaille comme vendeuse dans la quincaillerie familiale Lurquin à Seraing et s’engage dans la résistance. Après la guerre, elle s’occupe de son foyer. Le couple a un fils, Daniel, né en 1956.

Comme syndicaliste, André Renard occupe une place tout à fait particulière au sein du mouvement syndical belge. D’un côté, il personnalise le syndicalisme de combat et de lutte ouvrière, mais, de l’autre, il est également intégré dans les réseaux de la concertation sociale, aussi bien au niveau belge qu’européen. À travers une critique de l’archaïsme des structures économiques de la Belgique, notamment du capitalisme financier et des holdings, il développe le programme des réformes de structure de la FGTB. Avec ce programme économique, André Renard veut dépasser le réformisme traditionnel. La grève de 1960-1961 est le moment clé de son action. D’abord il fait de ce mouvement une grève offensive en y posant la revendication des réformes de structure. Puis il y ajoute la revendication du fédéralisme afin de réaliser les réformes de structure sur le plan de la Wallonie. Le bilan de l’action d’André Renard est double. D’une part, le mouvement socialiste se divise profondément sur la revendication du fédéralisme, au point que la FGTB se disloque presque entre une aile flamande et wallonne. Mais d’autre part, il réussit à mettre cette revendication sur l’échiquier politique. Ses idées sur les réformes de structures et d’un syndicalisme de combat vont inspirer plusieurs générations de syndicalistes. Afin de pérenniser son héritage syndical, la Fondation André Renard (FAR) est créée à Liège en 1963.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231245, notice RENARD André, Gilles, Guillaume. par Rik Hemmerijckx, version mise en ligne le 20 août 2020, dernière modification le 30 août 2020.

Par Rik Hemmerijckx

Discours André Renard (2e personne à l'avant-plan) devant 40.000 personnes lors de la grève contre la "loi unique", 9 janvier 1961, place Mansart, La Louvière (AMSAB-IHS, Gand).
Discours André Renard (2e personne à l’avant-plan) devant 40.000 personnes lors de la grève contre la "loi unique", 9 janvier 1961, place Mansart, La Louvière (AMSAB-IHS, Gand).

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