MOREAU Odette, Marie, Alexandrine

Par Daniel Grason

Née le 9 mai 1903 à Paris (Xe arr.), morte le 1er juillet 1986 à Athis-Mons (Essonne) ; avocate ; sympathisante communiste, gaulliste ; résistante ; internée.

Fille de Paul, Jean, Honoré, trente-deux ans, pharmacien et de Juliette Marie Héloïse Bidault, vingt-six ans, sans profession, elle naquit 7 rue d’Hauteville dans le Xe arrondissement. Odette Moreau suivit des études de droit, avocate elle fut proche du parti communiste et écrivit dans une rubrique de l’Humanité. Licencié en droit depuis 1933, elle était inscrite au Barreau de Paris. Elle habita et exerça au 29 avenue de la Motte-Picquet (VIIe arr.), puis au 10 avenue Daniel-Lesueur (VIIe arr.).
Elle défendit devant les tribunaux des militants communistes, continua lorsque le parti communiste a été interdit. Elle prit part notamment à la défense de Gabriel Péri(c’est à elle que fut adressé la fameuse dernière lettre de Péri . Voir Sofia Jancu et de François Pommez. Elle était en relation privé et professionnelle avec sa consœur Renée Mirande Thomas.
Sur Commission rogatoire délivrée par le Juge d’Instruction au Tribunal de 1ère Instance du Département de la Seine contre X… sous l’inculpation d’infraction au décret du 26 septembre 1939, les Renseignements généraux, avec l’assistance du Bâtonnier ou de son délégué fut chargé de procéder à des perquisitions aux domiciles et aux cabinets professionnels de Maîtres Odette Moreau et de Renée Mirande Thomas.
Les policiers se présentèrent donc au domicile et au cabinet professionnel d’Odette Moreau, en sa présence au 10 avenue Daniel-Lesueur le 6 mars 1943. Toutes les pièces furent perquisitionnées : antichambre, entrée, salon, salle à manger, deux chambres, salle de bain, chambre de bonne, cave et dépendances. Rien ne fut découvert qui pouvait intéresser l’enquête.
Lors de l’arrestation de Pierre Brossard, responsable national des cadres du parti communiste clandestin, les policiers saisissaient de très nombreux documents. Figurait un manuscrit de plusieurs pages signées « Fred » sur un projet d’évasion de Marcel Paul dit « Jacques ». Le nom et le prénom de Moreau Odette étaient chiffrés, elle aurait des propositions à faire en vue de la réalisation de l’évasion de Marcel Paul de la Santé.
Ordre avait donc été donné par « Fred » à « Philibert » (Pierre Brossard) de prendre contact avec Odette Moreau en vue de la réalisation de cette évasion. Dans cette même missive il était demandé à Marcel Paul d’arrêter « d’envoyer par l’intermédiaire d’Odette Moreau des directives aux détenus politiques de la Petite Roquette. »
Maître Odette Moreau rendait d’autres services à des détenus, elle servait probablement d’intermédiaire entre certains détenus et l’extérieur. Le quatorzième et dernier scellé était un « passe » au nom de « Housinger 22 rue Edmond-Darbois à Gennevilliers » qui avait été découvert au domicile de Pierre Brossard alias « Philibert ». Il lui servait à entrer en contact avec la fille des époux Housinger, Marguerite Legot, née Letoré, secrétaire dactylographe de Maître Renée Mirande.
Interrogée Odette Moreau affirma n’avoir jamais été inscrite à un parti politique et n’avoir jamais participé à une activité politique. Elle précisa « qu’avant-guerre j’ai eu des relations avec diverses personnes militantes du Parti communiste. Ceci parce que mon premier mari Maître Mirande était membre du Parti communiste. J’ai notamment connu l’avocat communiste Pitard et son confrère Rolnikas. Telles sont autant que je puisse m’en souvenir les seules personnes dans la catégorie dont vous me parlez. Il me revient que j’ai eu comme condisciple à Jules Ferry Marie-Louise Cachin, fille du Sénateur communiste de la Seine. »
Elle affirma n’avoir « jamais coopéré d’une manière quelconque à la propagande ou à l’activité communiste. » Elle rappela et assuma le fait d’avoir écrit dans l’Humanité édition de province de façon hebdomadaire de 1935 jusqu’à son interdiction en septembre 1939 d’un article dans la page paysanne de « questions intéressants les cultivateurs et fermiers. »
« Je précise que ces questions n’avaient aucun rapport avec la politique proprement dite et qu’elles auraient pu paraître dans n’importe quel autre journal. C’est dire qu’il n’aurait pu en aucune occasion être question dans ces articles de la moindre controverse politique. »
Un inspecteur lui demanda de s’expliquer « sur la nature exacte » de ses « rapports avec madame Legot ». Elle fit sa connaissance à l’occasion d’une procédure de divorce, puis pour des travaux de dactylographie à son cabinet, puis au cours de l’année 1942.
Elle assuma le fait d’être liée à Renée Mirande. « Nous avons prêté serment le même jour et j’ai eu l’occasion d’aller passer quelques week-ends chez elle dans la propriété de son père à Triel. » Elle ne dissimula pas ses engagements, déclara : « j’ai défendu avec beaucoup d’ardeur de nombreux militants communistes, surtout depuis la mort de Gabriel Péri. »
Son interrogatoire fut suspendu, les policiers interrogèrent Pierre Brossard à propos d’Odette Moreau dont ils voulaient connaître « assez exactement la tâche […] au sein de l’organisation. Il répondit posément : « Mon impression est qu’Odette Moreau n’est pas membre du Parti. Elle n’est probablement que sympathisante et a accepté d’apporter son aide aux militants emprisonnés ainsi qu’à leur famille. Pour cela elle a été amenée à transmettre de l’argent ainsi que des renseignements dans le but de faire plaisir à ses clients. Son activité est d’ailleurs établie par la plupart des documents que vous avez saisis chez moi. Ils en disent plus sur elle que je ne saurais en dire. »
Après quelques questions sur d’autres détenus, les policiers posèrent à Pierre Brossard de nouveau des questions sur Odette Moreau. Il répondit : « Elle n’est probablement que sympathisante et a accepté d’apporter son aide aux militants emprisonnés ainsi qu’à leur famille. […] Son activité est d’ailleurs établie par la plupart des documents que vous avez saisis chez moi. Ils en disent plus sur elle que je ne saurais en dire. »
Dans un rapport en date du 15 mars 1943, le cabinet du préfet de la Préfecture de police indiquait que jusqu’à ce jour 140 arrestations avaient été opérées « dans l’affaire communo-gaulliste Brossard Pierre dit Philibert » parmi laquelle celle de Renée Thomas. Sur des documents saisis chez Pierre Brossard elle était impliquée dans un projet d’évasion de Marcel Paul de la prison de la Santé.
Inculpée d’infraction au décret-loi du 26 septembre 1939 qui avait mis hors la loi le parti communiste, elle fut incarcérée à la prison de la Roquette, puis transférée dans le quartier allemand de la prison de Fresnes.
Elle a été homologuée au titre des Forces françaises combattantes (FFC) d’obédience gaulliste, et Internée résistante.
Elle fut candidate aux élections législatives du 17 juin 1951, dans la 2ème circonscription de Paris, sur la liste divers droite de l’Union nationale des indépendants républicains (U.N.I.R.).
Odette Moreau a été homologué au titre des Forces Françaises combattantes (FFC) d’obédience gaulliste, candidate en 1962 à la croix d’officier de la Légion d’Honneur. Sollicité le Préfet de Police de Paris ne donna « aucune remarque défavorable du point de vue de [sa] conduite et de [sa] moralité. »
Odette Moreau a été Chevalier de la Légion d’Honneur, décorée de la Croix de Guerre et de la Médaille de la Résistance. Elle fut membre du Conseil de l’Ordre de 1962 à 1965. Elle épousa le 16 août 1967 Jean-Joseph Destruel en mairie de Mers-les-Bains dans la Somme.
Elle mourut le 1er juillet 1986 à Athis-Mons dans l’Essonne à l’âge de quatre-vingt-trois ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231533, notice MOREAU Odette, Marie, Alexandrine par Daniel Grason, version mise en ligne le 27 août 2020, dernière modification le 28 septembre 2021.

Par Daniel Grason

SOURCES : Arch. PPo. GB 75, 1 W 52-26073. – Bureau Résistance GR 16 P 429748. – État civil numérisé Paris (Xe arr.) 10N 338 acte n° 2129.

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