DUCLEUX Madeleine, Pierrette, Antoinette, épouse AOUSTIN

Par Éric Belouet

Née le 5 avril 1933 à Blain (Loire-Inférieure, Loire-Atlantique) ; institutrice, téléphoniste, employée de bureau ; militante jiciste puis jociste de Loire-Atlantique, permanente (1955-1959) et secrétaire générale (1957-1959) de la JOCF ; militante et présidente nationale (1984-1996) de la Confédération syndicale des familles (CSF) ; conseillère municipale de Nantes (1989-2001).

Née d’un ouvrier menuisier-ébéniste dans une petite entreprise, non croyant, et d’une mère qui restait au foyer après avoir été cardeuse dans une entreprise de matelas avant son mariage, catholique pratiquante, Madeleine Ducleux était la troisième de cinq enfants (deux frères aînés et deux sœurs cadettes). Ses parents se séparèrent quand elle avait douze ans et sa mère fit vivre la famille en faisant des lessives et des ménages à domicile.

Madeleine Ducleux, dont la mère lui avait transmis le rêve de devenir institutrice, fréquenta l’école primaire publique à Nantes jusqu’en 1943, puis, en raison des bombardements anglais sur la ville, dans un village où la seule école pour filles était une école privée avec des religieuses. De retour à Nantes, elle fut orientée par ces dernières vers un pensionnat nantais de leur congrégation où elle entra en classe de sixième en 1945, suivant un enseignement « classique » avec latin, anglais et espagnol. Elle y obtint le BEPC en 1948 et projetait d’aller jusqu’au baccalauréat. Sa mère ne partageait pas cette ambition et aurait alors voulu la voir arrêter ses études pour entrer au travail. Mais, n’ayant pu payer que le demi-tarif dans ce pensionnat religieux, elle s’était engagée à ce que sa fille remboursât sa dette en restant institutrice dans le primaire de ce même pensionnat pendant au moins trois ans (ce qui valait d’ailleurs à Madeleine Ducleux de faire chaque semaine le balayage des cours de l’école, le ménage de la salle de gymnastique, d’un des vestiaires, ainsi que d’être privée du cinéma offert aux autres élèves). Comme le BEPC n’était pas suffisant pour être institutrice, elle passa l’année suivante le brevet élémentaire pour l’enseignement primaire, indispensable pour enseigner dans l’élémentaire. En 1949, elle commença donc à enseigner (en maternelle puis en CM1) jusqu’en 1954, où une laryngite chronique lui fit abandonner cette activité. Après une période de chômage de trois mois, elle travailla successivement comme téléphoniste dans une maison de vins, employée de bureau dans un grand magasin, puis dans une entreprise de transport.

Madeleine Ducleux, surnommée Mado, milita un temps à la Jeunesse indépendante chrétienne féminine (JICF), mouvement vers lequel elle avait été orientée parce qu’elle était institutrice, mais ne se sentit pas à l’aise dans un milieu qu’elle ne reconnaissait pas comme sien. En 1952, elle rejoignit la JOCF après avoir été enthousiasmée par le meeting du XXVe anniversaire du mouvement. Elle s’y vit rapidement confier la responsabilité, dans son quartier, d’un groupe d’apprenties (14-17 ans) en école ou au travail. Elle intégra ensuite l’équipe fédérale avec la responsabilité de la même tranche d’âge. Sollicitée par le secrétariat national pour devenir permanente, elle prit ses nouvelles fonctions le 1er décembre 1955 et fut affectée à la province de l’Ouest. Elle ne resta pas longtemps en Bretagne puisqu’en mai 1956, on lui demanda de devenir responsable nationale de la branche « apprenties » et de son journal Vers l’Avenir. Deux mois plus tard, elle fut envoyée en Afrique occidentale française (AOF) pour y développer la JOCF. Elle y rencontra son futur mari, Joseph Aoustin, permanent jociste à Dakar (Sénégal), lui-même originaire de Loire-Inférieure. Au début de l’année 1957, la JOCF la rappela en région parisienne pour remplacer Yvonne Tap au poste de secrétaire générale, à quelques mois seulement du rassemblement international « Rome 57 » auquel elle prit une part active. Elle cumulait cette fonction avec la responsabilité des JOCF du Maghreb, ce qui l’amena à participer à plusieurs sessions en Algérie et en Tunisie.

Madeleine Ducleux quitta la JOCF fin juillet 1959 et se maria à Nantes le 18 septembre 1959 avec Joseph Aoustin ; trois filles devaient naître de cette union (1961, 1964, 1968). Le couple s’installa à Nantes, dans une grande pièce sans eau ni gaz. En 1960, Madeleine Aoustin prit une classe de cours élémentaire dans une école privée et mit entre parenthèses sa ve professionnelle à la naissance de son premier enfant, en 1961. La même année, elle prit contact avec deux associations familiales du quartier, l’APF et l’ASF, et choisit de s’investir dans la seconde en raison « de sa dimension politique dans l’action et pour ses choix fondamentaux de société socialiste » [témoignage de M. Aoustin, 2008].

En 1963, après quatre ans d’attente, un logement HLM fut attribué à la famille dans le quartier des Dervallières, au sein d’une cité qui compta jusqu’à 2 500 logements et 10 000 habitants et où beaucoup d’équipements, hormis les écoles, faisaient défaut. Pour Madeleine Ducleux, ce fut le commencement d’un intense militantisme familial au sein de la Confédération syndicale des familles (CSF), dont la première réunion dans le quartier eut lieu en janvier 1964. Les réalisations et revendications s’enchaînèrent : « Nous créons les loisirs du jeudi pour les enfants, nous osons affronter la direction des HLM pour l’aménagement du quartier, nous démarrons l’accompagnement scolaire, nous manifestons pour un local associatif, nous interpellons le magasin Carrefour sur les litiges des consommateurs. » [id.]

Pendant une vingtaine d’années, ce militantisme de quartier fut exclusivement l’œuvre des femmes qui, pour la plupart, n’avaient pas d’activité salariée. Pour permettre à celles qui le souhaitaient de reprendre un emploi, plusieurs militantes de la CSF créèrent, avec l’aide d’un éducateur de prévention, une association de formation et de requalification pour le retour à l’emploi, « Espaces Formation », qui existe toujours en 2008. Madeleine Ducleux devint salariée de cette association en 1978, animant les cours d’alphabétisation puis de remise à niveau, et adhéra alors à la CFDT. En collaboration avec d’autres associations, plusieurs réalisations virent encore le jour, dont un atelier bricolage, pour que les locataires améliorent leur logement à moindre frais, et une bibliothèque de quartier. Des locaux associatifs et un équipement informatique furent obtenus.

Parallèlement à son militantisme de quartier, Madeleine Ducleux fut sollicitée par l’Union départementale de la CSF pour animer sa commission « éducation », ce qui la mena par la suite à intégrer cette commission à l’échelon national, puis à en devenir la présidente. Cette commission nationale, outil de réflexion, d’action et de documentation sur plusieurs préoccupations des familles (difficultés scolaires, idéologie des dons, école et lutte de classes, laïcité, dossier scolaire, gratuité...), obtint satisfaction sur plusieurs de ses revendications, comme la gratuité des livres jusqu’en classe de troisième et la suppression du dossier scolaire. Dans le cadre de cette responsabilité, Madeleine Ducleux eut l’occasion d’intervenir aux congrès des professeurs de mathématiques et de français du SNES et de participer, avec un groupe d’enseignants, à un voyage en Chine en 1974.

Lors du congrès national de la CSF qui se tint à Nantes en 1984, Madeleine Ducleux fut élue à la présidence nationale, une responsabilité qu’elle conserva pendant douze ans. Au cours de cette période, elle représenta l’organisation au conseil d’administration et au bureau de l’Union nationale des associations familiales (UNAF) et fut reçue à l’Élysée, à Matignon et dans plusieurs ministères.

En 1989, Jean-Marc Ayrault, pour sa première candidature à la mairie de Nantes, sollicita Madelaine Ducleux pour figurer sur sa liste aux municipales. Élue conseillère municipale, chargée du développement social des quartiers, elle le resta durant deux mandats, jusqu’en 2001. « Je n’étais adhérente à aucun parti mais résolument de gauche, les choix fondamentaux de la CSF étant sans ambiguïté. » [id.]

En 2008, et depuis la fin de son second mandat, Madeleine Ducleux participe à la vie de la CSF de son quartier et préside l’association « Espaces Formation ». Elle est également membre du bureau de l’association d’Aide familiale populaire de la CSF.

Madeleine Ducleux est chevalier de la Légion d’honneur (1997). Deux de ses filles militent au SGEN.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article23157, notice DUCLEUX Madeleine, Pierrette, Antoinette, épouse AOUSTIN par Éric Belouet, version mise en ligne le 25 octobre 2008, dernière modification le 8 novembre 2021.

Par Éric Belouet

SOURCES : Arch. JOCF (SG), fichier des anciennes permanentes. — Témoignage de Madeleine Ducleux, 17 avril 2008.

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