BOBICHON Jean-Pierre, Francis

Par Claude Roccati

Né le 25 septembre 1947 à Paris (Xe arr.) ; typographe, chauffeur-livreur ; jociste ; syndicaliste CFDT, secrétaire de l’Union locale CFDT des XIe et XIIe arr. de Paris, membre du Conseil de l’Union départementale CFDT de Paris (1972-1976) puis secrétaire général (1976-1978), secrétaire général de l’Union régionale parisienne CFDT (1978-1984), membre du Bureau national de la CFDT (1978-1984) ; administrateur principal auprès de la Commission européenne (1986-2003).

Issu d’un milieu modeste, Jean-Pierre Bobichon était le fils unique de Jeanne Lourtet (1913-1999), d’origine bordelaise et de Joannès Bobichon (1910-1964) qui venait de l’Ardèche. Ses parents s’étaient rencontrés à Paris et ils y sont demeurés, installés rue Sedaine (XIe arr.) Jeanne Lourtet avait été manutentionnaire chez Renault à Billancourt avant de devenir plumassière à Paris dans une fabrique manuelle de plumeaux où elle était payée à la pièce.Son père, qui disposait d’une santé fragile depuis la guerre, avait été manutentionnaire puis chauffeur livreur dans diverses entreprises avant de travailler pour la compagnie des Wagons-lits (SNCF). Ses parents étaient de sensibilité de gauche, catholiques non pratiquants.

Après avoir été à l’école rue Froment (XIe arr.) et obtenu son certificat d’étude, Jean-Pierre Bobichon entama un apprentissage de typographe à l’école Corvisart (XIIIe arr.) Mais des problèmes aux yeux l’empêchèrent de poursuivre cette voie. Il prit alors un emploi chez un grossiste en matière de jardinage dans un magasin de son quartier dans le XIe arrondissement.

Fréquentant dans sa jeunesse le patronage de la paroisse de son quartier, Jean Pierre Bobichon avait été chez les Cœurs Vaillants (mouvement qui deviendra l’Action catholique de l’enfance). Il devint membre actif de la Jeunesse ouvrière chrétienne (JOC) en 1962 dont il fût le secrétaire fédéral pour Paris-Est. Il adhéra à la CFDT en 1967 en prenant sa carte auprès du syndicat parisien du commerce, trouvant rapidement sa place au sein de l’Union locale CFDT (UL) des 11/12e arr., puis de l’Union départementale (UD) de Paris tout juste mises en place – suite à la réorganisation administrative de la région parisienne par les pouvoirs publics, l’UD a été créée en 1968 comme une subdivision autonome de l’Union régionale parisienne (URP). Jean-Pierre Bobichon intégra ainsi le conseil de l’UD en 1972 en tant que représentant de son UL.

Autodidacte, il fréquentait assidument les écoles de formation de ces organisations et en particulier l’École normale ouvrières (ENO). Il visitait aussi régulièrement la libraire confédérale, square Montholon, tenue à l’époque par André Bugat qui fut en quelque sorte son « parrain » en syndicalisme.

En 1974, son deuxième « parrain », Jean Boussemart, responsable de l’UD de Paris depuis sa création, débordé par l’ampleur de la tâche, le sollicita pour devenir permanent. Recruté le 1er mai comme permanent, il devint deux ans plus tard secrétaire général. Il intensifia l’action revendicative de l’UD avec notamment la mise en place de diverses commissions de travail. Il s’intéressa en particulier à la situation des « AGR », c’est-à-dire des Antillais, Guyanais et Réunionnais, nombreux à travailler à Paris dans les services publics. Ce fut notamment dans le cadre de l’UD qu’un certain nombre de délégués, venant de divers secteurs purent se réunir et préparer leur intervention au 37e congrès confédéral en 1976.

Avec Marie-Noëlle Thibault, son adjointe, Jean-Pierre Bobichon participa aussi à faire émerger la problématique des conditions de travail dans les « tours-bureaux ». L’UD et l’UL des 11/12e arr. soutinrent les employés de la tour « Paris-Lyon », rue de Bercy, au début de l’été 1976, qui demandaient leur mise en congé technique avec maintien du salaire lorsqu’une absence de climatisation, en pleine canicule, rendait insupportables, et même dangereuses, la poursuite du travail. Sur la base de ce mouvement l’UD entreprit d’enquêter sur les conditions de travail dans ces nouveaux quartiers de bureaux. L’enquête, renouvelant l’approche de la santé au travail, fit l’objet d’une publication sous forme de brochure en février 1979 éditée par la CFDT. L’UD a aussi cherché à partir de cette expérience, à développer des unions interprofessionnelles de base (UIB), particulièrement adaptées pour des travailleurs aux métiers similaires réunis dans un périmètre restreint. L’UIB du quartier Bercy-La Rapée dura ainsi quelques temps, sans atteindre cependant la dimension espérée comme les autres tentatives menées à Montparnasse et à la Défense.

Sous son mandat, l’UD soutint également les nettoyeurs du métro en grève pendant trois semaines en juin 1977, secondant le travail mené par le syndicat CFDT de la RATP et sa secrétaire générale, Marthe Gravier, aux côtés de qui Jean-Pierre Bobichon avait milité au sein de l’UL des 11/12e arr. avec Marie-Noëlle Thibault. L’UD aida, au nom de la solidarité avec les travailleurs immigrés, à l’organisation de rassemblements et à populariser le mouvement, en publiant des communiqués, distribuant des milliers de tracts et assurant quotidiennement pendant ce long conflit l’animation des assemblées générales des grévistes et multiples actions rassemblant entre 500 et 800 travailleurs en grève. Jean-Pierre Bobichon suivit à nouveau le mouvement de grève en 1980, cette fois-ci au nom de l’Union régionale parisienne dont il était, entre-temps, devenu le secrétaire général. En effet, il ne demeura que deux ans à la tête de l’UD de Paris. Guy Gouyet arrivant au bout de son mandat à la région, il accepta de lui succéder. Bobichon devint alors membre élu du Bureau national de la CFDT.

Au début des années 1980, il engagea l’URP aux côtés de Solidarnosc. Claude Sardais, qui avait été à Gdansk le premier à manifester à la fin du mois d’août 1980 l’appui de la CFDT, était alors le secrétaire général de l’Union parisienne des syndicats de la métallurgie (UPSM). La région s’impliqua fortement, jusqu’à signer un accord de coopération régionale avec l’organisation Solidarnosc de Varsovie en novembre 1981, à l’occasion du congrès de l’URP pour lequel Jean-Pierre Bobichon était parvenu à faire venir une délégation polonaise. Le mois suivant, il se rendit à son tour en délégation en Pologne pour finaliser l’accord qui mettait en œuvre une forme de « jumelage syndical ». Le voyage fut passablement mouvementé. Partis sans visas, puisque ceux-ci avaient été refusés par les autorités polonaises, il fallut faire pression et notamment faire venir des centaines de militants polonais à l’aéroport de Varsovie, après une vigoureuse intervention de Lech Walesa pour obtenir à la délégation CFDT de franchir la douane à l’aéroport d’Orly. Revenu en France, quelques heures seulement avant que, dans la nuit du 12 au 13 décembre, l’État de guerre ne soit décrété en Pologne, il dût avertir au milieu de la nuit Jacques Chérèque, alors responsable des questions internationales au sein de la confédération. Le matin aux aurores, il participa à la première réunion organisée à la confédération pour orchestrer la réaction de la CFDT. Il mobilisa les militants parisiens qui participèrent en nombre, à 15 000, lors de la grande manifestation nationale et intersyndicale le 14 décembre. Dans les mois qui suivirent, sur la base de l’accord de coopération, il mit en place le soutien parisien à l’organisation de Varsovie désormais réduite à la clandestinité, faisant parvenir à l’équipe de Zbiegniew Bujak, son homologue polonais à Varsovie, du matériel d’impression et des machines Offset. Pour les actions menées alors, il fut déclaré en 1982 "Personnalité de l’année" par la rédaction de France 3 d’Ile de France pour ses engagements syndicaux et sociaux. Trente ans plus tard,le 30 mars 2012, il fut décoré de la médaille du Mérite de la République de Pologne, par l’Ambassadeur de la République de Pologne en France.

Mais sa tâche à la tête de l’URP était difficile du fait des fortes oppositions idéologiques qui s’exprimaient au sein de l’organisation régionale. Jean-Pierre Bobichon devait batailler face à des courants hostiles qui contestaient la stratégie syndicale de recentrage de la confédération adoptée par l’URP et étaient très présents dans certains secteurs (Santé, PTT…) et dans des UD de banlieue. Au congrès de Bobigny, en 1981, le rapport d’activité ne fut voté qu’avec 52% des voix. Fatigué de ces luttes incessantes, devant aussi lutter contre les syndicats régionaux de la Métallurgie et de la Chimie, Jean-Pierre Bobichon préféra démissionner au bureau régional de mai 1984 avec trois autres secrétaires de l’URP (Marie-Noëlle Thibault, Dominique Boucher et Jean-François Noël).

En janvier 1986, il rejoignit la Commission européenne, via le cabinet de Jacques Delors, auprès de la Direction générale de l’information, puis de la Direction générale de l’éducation, de l’audiovisuel et de la culture, chargé de l’information syndicale et sociale, puis de la société civile. Il avait rencontré Jacques Delors quelques années plus tôt, en 1979, au cours de stages de formation à Gouvieux (Oise). Alors les questions européennes devenaient un sujet important à l’URP. Un secrétaire de la CES avait notamment été invité à assister à Paris au 1er mai, en 1979. Son arrivée à la Commission européenne ne fut pas simple. Le départ en retraite de Pierre Servoz, ancien de la CFTC, ouvrait une place dans les instances bruxelloises pour un militant CFDT. Cependant l’intégration d’un autodidacte sans diplôme dans cette institution suscitait des réticences. Il fallut donc une bonne dose de ténacité de la part des dirigeants de la CFDT (Edmond Maire , Albert Mercier, Nicole Notat) et de Jacques Delors pour les surmonter. L’intégration s’est faite ensuite par la reconnaissance de sa grande expérience et le passage avec succès d’une procédure de sélection interne pour laquelle les compétences acquises au cours de son parcours militant et de ses fonctions syndicales comblaient largement l’absence de références universitaires.

De juin à septembre 1992, il fut appelé à rejoindre le bureau de représentation de la Commission européenne en France pour participer activement au développement de l’information dans le cadre de la campagne du référendum à propos de la ratification du traité de Maastricht. Il demeura ensuite administrateur principal auprès de la Commission européenne.

De 1992 à 2003, il assura les liaisons entre les services de la Commission européenne, à tous les niveaux, et les responsables syndicaux des divers pays, facilitant la circulation de l’information dans les deux sens, et permettant aux interlocuteurs de se repérer dans les organismes, et institutions et dans les nombreux programmes, à une époque où le dialogue social européen initié en 1985 par Jacques Delors prenait de la consistance et conduisait à de premiers résultats. Il participa à de nombreuses réunions, colloques et congrès tant au plan national qu’au plan européen. En contact avec la CES, notamment avec Emilio Gabaglio (secrétaire général) et Jean Lapeyre (secrétaire général adjoint), il fit partie de ces militants CFDT qui à la fin des années quatre-vingt et dans les années quatre-vingt-dix furent profondément engagés à Bruxelles dans les divers domaines de la construction européenne.

Arrivé à « l’âge de la pension », il quitta la Commission européenne le 30 juin 2003. Mais il ne mit pas fin à son activisme européen. Sollicité par Jacques Delors, il rejoignit six mois plus tard l’Institut Notre Europe (devenu Institut Jacques Delors fondé par celui-ci en 1996) avec qui il continuait à collaborer activement.
Il intervint sur les questions européennes à l’occasion de conférences et publia de nombreux articles dans la presse spécialisée syndicale et sociale. Par ailleurs, il rejoignit, dans le Val de Marne, l’organisation confédérale des retraités CFDT, devenant en 2003 membre du comité de rédaction du magazine Fil Bleu.
En 1989, il fut membre fondateur du Bureau et du Conseil d’administration de l’Institut de la protection sociale européenne (IPSE). Il siégea au Conseil d’administration de l’Association FIAP-Jean Monnet, et à partir de 2006, à la demande de René Salanne, au Conseil d’administration de l’Association pour le logement des jeunes travailleurs (ALJT). Il participa aussi en 2005 à la création de l’Association Sauvons l’Europe et en devint l’un de ses animateurs régionaux.

Il avait épousé Mireille Basseville le 24 juin 1972 et le couple eût trois enfants : Sandrine (1973), Nathalie (1975) et Patrick (1979).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231611, notice BOBICHON Jean-Pierre, Francis par Claude Roccati, version mise en ligne le 30 août 2020, dernière modification le 6 août 2021.

Par Claude Roccati

ŒUVRE : (avec Marie-Noëlle Thibault), Bureaux modernes : paradis factices. Enquête sur des tours au-dessus de la santé des travailleurs, Montholon Services, 1979.

SOURCES : Arch. UD CFDT de Paris. — Entretien avec Jean-Pierre Bobichon le 8 mars 2019 à Paris. — Renseignements fournis par Jean-Pierre Bobichon, mars 2020. — Renseignements fournis par Jean Lapeyre, juillet 2020. — Jo Bibard, Faire l’Histoire ensemble, la CFDT en région Ile-de-France 1987-1990, La Toison d’or, 2007. — CHWALBA Andrzej, GEORGI Frank, « France. Exceptional Solidarity ? », in GODDEERIS Idesbald, (ed), Solidarity with solidarity. Western European Trade Unions and the Polish Crisis (1980-1982), Plymouth, Lexington Books, 2010, 303 p., p. 191-217.

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