RAFANEAU Marie-Claude, Danièle [Dictionnaire des Anarchistes]

Par Hélène Hernandez

Née le 22 octobre 1950 à Villeneuve-sur-Lot (Lot), morte le 30 août 2019 à Paris (XVe arr.) ; cadre administratif des universités ; militante anarchiste.

Fille cadette de Simone Feyte, coiffeuse, et de Paul Rafaneau, agent EDF, Marie-Claude Rafaneau était née quatre ans après son frère Jean-Pierre. Elle vécut son enfance et son adolescence dans le Sud-Ouest de la France : elle y baigna dès son plus jeune âge, dans la culture hispanique, libertaire et athée. Elle resta attachée à l’histoire de la révolution espagnole 1936-1939. À dix-sept ans, elle « monta » à Paris pour suivre des études en histoire contemporaine, ce qui l’amena à un DEA (Diplôme d’études approfondies). Elle se maria avec Robert Boj. Elle entra en 1971 dans l’administration de l’Université Pierre-et-Marie-Curie où elle mena sa carrière jusqu’à sa retraite, en 2013.

De sa position stratégique à la direction des ressources humaines de l’Université Paris VI-Pierre-et-Marie-Curie, elle s’efforça de dépanner des camarades en recherche d’emploi et grâce à elle, nombreux purent y travailler : de recrue en recrue, elle constitua un groupe irrigant l’Université où certain·es firent carrière. Par exemple, fin 1983, d’après Daniel Pinos, « trois insoumis et deux compagnons kanaks en bisbille avec la justice y travaillaient, tous embauchés par Marie-Claude, ce qui lui a valu certaines critiques ».

José Maria Olaizola, responsable syndical de la CGT espagnol, avait fui l’Espagne, pour des raisons politiques, en janvier 1985. C’est à la fin de cette même année qu’elle l’accueillit, faisant entrer dans sa vie ses enfants, d’abord la petite Jara, jeune enfant, puis deux ans plus tard Ruth, adolescente qui vint faire ses études à Paris. Elle leur ouvrit son cœur et donna naissance à Elsa Olaizola fin 1989. Ils habitaient, alors, au 3 rue Louise Weiss à Paris. Tout en travaillant à plein temps, elle s’occupa de l’éducation des enfants pendant que José Maria poursuivait son activité syndicale et politique. À leur séparation, ils surent rester amis et camarades.

Dans les années 1980, Marie-Claude Rafaneau milita dans le mouvement libertaire de la diaspora espagnole et d’Amérique latine. Elle fréquenta les campings de l’OCL (Organisation communiste libertaire) à partir de 1981 ainsi que le groupe de Paris. Surtout, dès 1982 elle fut active au sein du COJRA (Comité d’organisation des journées de réflexion antiautoritaire). Ce comité visait à unifier le mouvement libertaire en s’ouvrant à ses différentes tendances libertaires et aux marxistes anti-autoritaires. Elle coorganisa les journées de 1983 et 1984 et lors de l’ouverture du local de la rue Bichat (Paris, Xe arr.) en 1986, elle participa aux réunions qui s’y tenait avec Ariane Gransac*, Véronique Cveigenbaumas, Daniel Guerrier, Octavio Alberola, Fernando Aguirre, Gilbert Roth, Fernando Mocky, Michel Ravelli et bien d’autres. Le local servait alors à diverses réunions dont des commissions du Journal Courant alternatif et ce conjointement avec le groupe de la revue Noir et Rouge (seconde formule) dont une partie des membres entrèrent à l’OCL. Jean-Pierre Duteuil écrivait en 2020 : « Marie-Claude était une militante trans-courant qui tissait des liens affectifs et pratiques avec des personnes plus qu’avec des organisations. »

De toujours, dans son engagement anarchiste, Marie-Claude Rafaneau fut du côté des réfugiés, des sans-papiers, des immigrés, plus largement du côté de tous les opprimés. Elle était de toutes les manifestations, considérant, selon ses propres termes « qu’il fallait être là, c’est tout, et honte à ceux qui ne partageaient pas cette évidence ! ». En 1993, Denoël publia son ouvrage Odyssée pour la liberté, Les camps de prisonniers espagnols 1939-1945, qui fut considéré comme la première étude complète sur le drame des Républicains espagnols. En 2014, à la création de l’Association du 24 août 1944, elle s’y retrouva et fut active jusqu’à ce que sa maladie l’emporte. Ainsi sur le site de l’Association, apparaissent seize articles de sa plume.

Tous ses ami·es témoignèrent que Marie-Claude Rafaneau était une personne aimée pour sa générosité, ses engagements politiques et humanitaires. Elle aimait la vie et aimait la partager autour d’une bonne table, les portes de chez elle étaient toujours ouvertes.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231840, notice RAFANEAU Marie-Claude, Danièle [Dictionnaire des Anarchistes] par Hélène Hernandez, version mise en ligne le 7 septembre 2020, dernière modification le 7 septembre 2020.

Par Hélène Hernandez

ŒUVRE : Odyssée pour la liberté, Les camps de prisonniers espagnols 1939-1945, Denoël, 1993. Réédité aux Éditions Le Coquelicot en 2018. Edité en espagnol : Los campos de concentración de los refugiados españoles en Francia, Ediciones Omega, Barcelona, 1995 et 2014. — Bulletin du comité d’organisation des journées de réflexions anti-autoritaires. Paris. n° 1, 1984 et n°4, 1985, en ligne.

SOURCES : Témoignages de José Maria Olaizola, de Michèle Gardette, sa collègue durant 30 ans, de Daniel Pinos, de Jean-Pierre Duteuil, d’Octavio Alberola, militants du mouvement libertaire — Site de l’Association du 24 août 1944.

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