COULON Jean, François, Nicolas.

Par Jean Puissant

Liège (pr. et arr. Liège), 23 juin 1816 – Bruxelles (pr. Brabant, arr. Bruxelles ; aujourd’hui Région de Bruxelles-Capitale), 7 janvier 1890. Tailleur, fondateur de l’Affranchissement en 1856, de l’hebdomadaire Le Prolétaire (1854-1865), animateur du Cercle populaire (1865-1876), figure tutélaire du socialisme révolutionnaire à Bruxelles et en Belgique.

Nicolas Coulon est le fils du second mariage de Jean-François Coulon avec Marie-Ide Lhoest, tailleurs tous les deux, domiciliés rue de la Madeleine à Liège.
Nous suivons ici le récit de sa jeunesse livré par Louis Bertrand et César De Paepe*, qui l’ont bien connu.
Baptisé, Nicolas Coulon fréquente l’École des frères de la doctrine chrétienne. Bientôt, il suit les cours dans un établissement d’enseignement mutuel rue Hors Château, tenu par un voisin et probable client Lafouge, un professeur français, ce qui est géographiquement plausible. Ce dernier a été également le professeur de Waltère Frère-Orban, futur Premier ministre libéral, ce qui est croustillant. Dès l’âge de onze ans, Coulon travaille dans l’atelier de ses parents. La suite est peut-être trop belle mais fait partie de la légende du personnage. Sorti chercher du tabac à priser pour son père, il aurait suivi les volontaires liégeois partis bouter les Hollandais hors de Bruxelles en septembre 1830, et serait revenu, chose faite. Il a quatorze ans. Obligé de faire son service militaire, Nicolas Coulon se fixe ensuite à Bruxelles en 1836 et commence à y travailler rue Neuve. Il pratique ensuite son métier de tailleur, rue Saint-Lazare à Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles). Il a une belle clientèle, notamment « aristocratique », jusqu’à ce que la vieillesse lui interdise cette activité.

Nicolas Coulon participe à la création en 1837 de la Société de secours mutuels des tailleurs. Cette société, dont la devise est « Aidons-nous mutuellement », procure des secours en cas de maladie (soins médicaux et indemnité pour chômage forcé) et de décès. Mais elle soutient une grève de la Société fraternelle des tailleurs de Paris (France). Ce mouvement est sans doute à l’origine de la décision de Coulon de se rendre à Paris (objectif associatif et professionnel) en 1840. Il fréquente la Fraternelle, suit des conférences de Pierre Leroux et de Philippe Buchez, et fréquente des groupes animés par Auguste Blanqui, Etienne Cabet, François-Vincent Raspail qu’il rencontre, selon ses dires. Il assiste donc à la Révolution de février 1848 à Paris : il serait monté sur les barricades, aurait été arrêté un moment et libéré à la suite de la proclamation de la République le 24 février. Seule certitude, parmi de nombreux ouvriers de retour en Belgique (2020 personnes), Coulon est identifié à la douane de Quiévrain (pr. Hainaut, arr. Mons) le 25 mars.

Le retour de Nicolas Coulon sur le sol belge se fait après l’émeute du 17 mars 1848. Est-ce à l’origine de la décision du retour et/ou marasme des affaires ? Il fait partie de la société, l’Union Fraternelle, dirigée par Victor Faider. Son nom est cité pour la première fois dans une lettre, datée du 21 novembre 1848, de Jean-Charles de Houzeau de Lehaie à Victor Faider, pour présider un certain congrès. À cette date, il a donc une stature de figure ouvrière dans le milieu démocratique et républicain de la capitale. Il assume d’ailleurs ce rôle au banquet du Palais Royal avec Faider le 28 janvier 1849, à celui du Prado avec Houzeau de Lehaie le 25 mars, dont il est un des organisateurs, tandis que Désiré Brismée fait le coup de poing. À l’un, il porte un toast « à l’émancipation des travailleurs », à l’autre, il entonne Le Chant des ouvriers de Pierre Dupont. Le parquet général prend prétexte des bagarres qui émaillent cette action pour poursuivre et obtenir la condamnation, y compris à mort, d’un certain nombre de personnes. Coulon n’est pas inculpé mais est interrogé comme témoin. En mai 1849, 121 membres cotisent à la Réunion Fraternelle. Cette dernière survit jusqu’en 1853, mais le mouvement démocratique, décapité, est terminé. Nicolas Coulon se consacre dès lors au développement de l’action en milieu ouvrier, marginal dans ce mouvement tué dans l’œuf à Bruxelles, mais en retrait dans toute l’Europe. Bien avant le « printemps arabe », « le printemps des peuples » européens est clos.

L’Association fraternelle des ouvriers tailleurs, dont le nom renvoie directement à l’exemple parisien, est créée le 16 avril 1849 chez le notaire Léonidas Heetveld, lui-même républicain-démocrate, membre de l’Alliance libérale et à l’origine, avec Alexandre Gendebien, Ghislain Funck, Félix Delhasse*, du journal La Nation. Il s’agit d’une société en nom collectif, égalitaire, créée par Jean Bosmans, Émile Loiseau, François Leduc, Dominique Auvenne, François Vauzon, Georges Houbin, Jean-Joseph Smits et Coulon qui en devient le gérant. (« Tous travaux concernant l’habillement d’hommes ») L’association est assortie d’une Caisse d’assistance fraternelle, alimentée par la moitié de la cotisation par quinzaine, due par les associés en sus du montant de dix francs « en espèces et ou en travail », participation au capital de l’entreprise. La réussite n’est pas au rendez-vous. Nicolas Coulon démissionne le 1er février 1852, en raison de calomnies ou, selon Louis Bertrand, en raison d’une créance « amicale » non honorée. Il reprend la gérance en octobre, mais exige du travail gratuit pour relancer l’affaire qui s’effrite ensuite (mars 1853). Le notaire Heetveld reçoit à la même époque les statuts de semblables sociétés de production des cordonniers, des cigariers, des menuisiers, des typographes. Seule cette dernière, l’Alliance typographique, survit en évoluant vers le fonctionnement d’une société classique.
En 1850, Nicolas Coulon crée La Solidarité, association des travailleurs de Bruxelles pour l’achat en commun des approvisionnements. Après l’achat d’une carcasse débitée au profit des associés, il doit comparaître devant le tribunal pour non-respect de la réglementation en matière d’abattage et de commerce de la viande. Il est acquitté en raison de sa bonne foi. La société envisage de diversifier ses activités, de créer un local, une société de secours mutuels. Elle disparaît après juin 1851, malgré la participation des associations syndicales existantes. L’échec de ces sociétés, créées sur le modèle parisien, et dont Coulon est l’incontestable inspirateur, ainsi que l’effacement du mouvement démocratique expliquent, dans une large mesure, l’hostilité manifestée désormais par ce dernier à l’égard de ces sociétés de défense des intérêts ouvriers immédiats.

À l’époque, la première tentative de gouvernement homogène libéral (1847-1852) s’est effacée. L’Église, première et plus importante institution du pays, se réorganise pour résister aux changements en cours. La multiplication de funérailles civiles, notamment de proscrits français, se heurte à l’hostilité du clergé qui tente de maintenir ses prérogatives ancestrales en matière de fin de vie et de funérailles, à la mauvaise volonté d’autorités communales, voire de responsables du fonctionnement des cimetières. L’enjeu est moral, politique mais aussi physique, les affrontements ne sont pas rares.

Nicolas Coulon change alors son fusil d’épaule. Le 21 août 1854, il crée, avec Arnold Battaille, coloriste-lithographe, Désiré Brismée typographe, Pierre Kevels*, tailleur, Jan Pellering*, bottier, Simon Staatge*, menuisier, tous artisans qualifiés, la société L’Affranchissement, première société laïque et antireligieuse militante du pays dont la pratique essentielle est l’organisation de funérailles civiles, mais sans renoncer à une ambition plus universelle. « Les discussions philosophiques et les découvertes de la science moderne ont dissipé les ténèbres qui trop longtemps obscurcirent l’esprit humain. Les religions sapées par le progrès… s’efforcent en vain, des idées perdent peu à peu leur influence dans le monde. Les castes privilégiées ébranlées… s’efforcent d’entraver le développement de la raison. Il ne leur reste… pour maintenir leur autorité chancelante, que la force brutale et l’ignorance… C’est à la fédération des peuples et à la vulgarisation des sciences positives à faire disparaître les derniers vestiges des superstitions et des tyrannies du passé. La société "l’Affranchissement" a pour mission d’accélérer autant que possible l’avènement de l’émancipation morale et matérielle de l’homme. Pour l’émancipation matérielle, elle admet que le travail seul a droit au bien-être ; par conséquent, les affranchis luttent pour la conquête des droits, jusqu’à présent méconnus, du travailleur afin de hâter l’avènement de la rénovation sociale. Enfin, voulant que les citoyens consacrent les principes de toute leur vie par une mort digne d’hommes libres, la société "l’Affranchissement" organise les enterrements civils de ses membres… montrant ainsi aux masses qu’en secouant le joug des préjugés, on peut être accompagné honorablement par ses frères, les libres penseurs, au champ du repos. »
Coulon est le principal animateur, le principal responsable de cette société. L’élargissement de la perspective reste, pour lui, un objectif. C’est la raison de la création du périodique, Le Prolétaire, qui a pour devise : « Plus de privilège - Tout pour le travail » (23 septembre 1855). « Ouvrier nous-même, (ce journal), à la portée de tous, rédigé dans un style clairet, simple… combattra les privilèges et les abus résultant d’une société mal organisée, où les intérêts du producteur sont méconnus au profit des parasites et des spéculateurs. » Organe « socialiste-républicain », Le Prolétaire « veut éclairer, instruire les travailleurs, estimer à leur juste valeur les panacées … qui doivent apporter les grandes améliorations dans les conditions du travailleur, et qui ne sont après tout que d’impuissants palliatifs (qui ne seraient) qu’une duperie pour le peuple qui ne verrait aucun changement dans son existence. » Tout est dit, la teneur idéologique, la volonté d’instruire et de dénoncer les « impuissants palliatifs ». Bimestriel de quatre pages, vendu dix centimes, aux adresses successives de Coulon, le périodique ne répond sans doute pas à ses objectifs de simplicité (thématiques et rédaction) et d’accessibilité (les quotidiens populaires se vendent deux centimes) mais il paraît plus ou moins régulièrement jusqu’au 1er décembre 1861 (année ne comptant que trois numéros), longévité exceptionnelle pour ce type de titre à l’époque (plus de six années). La tentative de son ami, Jan Pellering*, de le faire reparaître le 8 janvier 1865 fait long feu. Le journal sert de tribune à son fondateur, mais aussi de bulletin à l’Affranchissement, avec des annonces de réunion, des comptes rendus de funérailles civiles, des obituaires et, dans des rubriques plus courtes « faits-divers » éclairants, notamment les écarts de comportement de membres du clergé. La feuille est radicale, antimonarchiste, antimilitariste, antireligieuse, antiparlementaire, antipolitique, favorable à la révolution sociale.

La radicalité de Nicolas Coulon lui joue des tours. Profondément hostile à Napoléon III qui a trahi l’idéal républicain de février 1848, il s’en prend à lui avec une violence affirmée à la suite de la tentative d’assassinat par Félix Orsini en janvier 1858. Il est condamné à dix-huit mois de prison et cent francs d’amende pour offenses à un chef d’état étranger (lois de 1852), malgré la défense en droit et politique de Lucien Jottrand*, qu’il écarte pour réaffirmer son crédo : « … Nous sommes les ennemis radicaux de votre ordre social privilégié, mais nous laissons aux despotes, qui, du reste, s’en acquittent à merveille, le soin de préparer les voies à la révolution future ». Arrêté sur le champ, il purge sa peine à la prison des Petits Carmes, où il reçoit de nombreuses visites, des ouvriers, des artisans, des petits commerçants, caractéristiques du milieu qui le soutient. Louis De Potter paye le montant de l’amende. Mais cette longue incarcération fragilise la situation de son journal comme la sienne. Mais, c’est politiquement surtout que sa position est affaiblie, l’année précédente, en 1857, par une scission révélatrice suscitée par Désiré Brismée, à savoir la création des Solidaires (qui ont le même objet ; les enterrements civils), sur la question de la création d’une société de secours mutuels pour les membres. La situation se complique encore lors de la création de Le Peuple, association pour la démocratie militante en 1860 et de son organe, La Tribune du Peuple, en 1861, qui forme en 1865 la section bruxelloise de l’Association internationale des travailleurs (AIT). Les deux groupes sont désormais irrémédiablement opposés, d’autant plus que circule, au sein de l’Affranchissement, l’accusation portée à l’égard de Brismée d’avoir été « payé » pour son année de prison (1856) effectués à la suite d’une charge critique à l’égard de la duchesse de Brabant, épouse du futur Léopold II.
À son tour, Nicolas Coulon fonde un groupe de propagande, le Cercle populaire, en 1864, qui se réunit régulièrement (parfois tous les mois) entre sa création et 1876 (voir COULON N., Propagande révolutionnaire. Considérations et résolutions votées dans les meetings du Cercle Populaire, Bruxelles, 1869). « Le Cercle populaire est l’ennemi de tout gouvernement, de toute autorité, de tout comité ayant la prétention de diriger, de morigéner les autres ; il n’entend pas plus obéir à la consigne qu’il n’a l’intention de la donner. C’est, croyons-nous, la bonne voie révolutionnaire … », écrit Coulon à Pierre Vésinier le 7 décembre 1868 (voir Documents relatifs aux militants belges de l’Association internationale des travailleurs. Correspondance 1865-1872. Textes réunis, établis et annotés par Daisy-Eveline Devreese, Louvain-Paris, 1986, p. 100-101 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 79)).

Hormis l’hostilité personnelle entre Coulon et Brismée, qualifié de « républicain bourgeois » à l’issue des funérailles d’Arnold Battaille, c’est la question des associations d’entraide ouvrière (mutualités, coopératives et même syndicats) qui sépare les deux camps. Coulon considère que ces palliatifs sont contre-productifs et retardent la révolution nécessaire. Une importante polémique éclate à ce propos entre Coulon et César De Paepe* : elle a pour cadre, leurs organes respectifs (janvier-mars 1864).

En 1868 et en 1874, Nicolas Coulon participe aux congrès internationaux de l’AIT à Bruxelles. En 1869, il se joint à la tentative de déstabilisation de la famille Brismée (Eugène Hins*, César De Paepe*, tous deux gendres de Désiré Brismée) à la tête de l’AIT, fragilisée par la répression : il soutient La Nouvelle tribune du peuple de Prosper Esselens*, condamné de 1848, J.- B. Delesalle… Il crée une section des Affranchis à Jumet (aujourd’hui commune de Charleroi, pr. Hainaut, arr. Charleroi). Cette tentative avorte en raison de l’hétérogénéité absolue des tendances associées dont le seul ciment est l’opposition au groupe dominant de Bruxelles.

Nicolas Coulon est un des défenseurs les plus intransigeants de la Commune de Paris, pendant et après, avec espoir et désillusion. En 1875-1876, les rapports de police citent moins de dix personnes aux réunions du « Cercle populaire », avec les précités restés fidèles ainsi que Hubert Delsaute*. Parfois, la réunion est annulée par manque de participants. Après une dernière annonce du meeting annuel pour commémorer la Commune de Paris en 1876, la police se désintéresse manifestement de ces réunions, si elles se poursuivent, et n’en font plus mention. Il faut signaler qu’une nouvelle scission est intervenue l’année précédente avec la création des Cosmopolitains.

Nicolas Coulon se rapproche alors des autres courants socialistes à Bruxelles. Le 20 janvier 1878, il préside un meeting en faveur du suffrage universel (SU) : « Le SU est un droit naturel, que le peuple belge doit conquérir ». Il fréquente des réunions de l’AIT finissante et est désigné correspondant pour la France et l’Espagne le 25 août 1878. Le 28 octobre de la même année, Désiré Brismée lui cède la présidence d’un meeting suivi par 300 personnes. Il ne parvient pas à préserver le calme alors que s’affrontent les fractions ennemies. Il préside d’autres assemblées houleuses. Dépassé sur sa gauche par les « Blanquistes », animés par Emmanuel Chauvière, et sur sa droite par le « Parti socialiste », Coulon, s’il n’abandonne pas son intransigeance idéologique, accepte de s’inscrire dans le mouvement nouveau qui défend l’idée de participer aux débats et à la lutte politique. Il figure ainsi parmi les candidats présentés par le Comité central pour le SU aux élections législatives de juin 1880, avec des internationalistes, eux aussi ralliés à cette lutte politique, le typographe Désiré Brismée, le mécanicien Guillaume Brasseur et le menuisier F. Goetschalk, socialiste. C’est à la fois un hommage à la figure de Coulon et une tentative de l’insérer dans le courant nouveau. Il obtient 621 voix, avant dernier de ces candidatures ouvrières, loin derrière les élus de ce scrutin censitaire. C’est sa dernière et seule apparition politique.

En revanche, Coulon participe régulièrement aux Congrès rationalistes et de Libre pensée, à Lodelinsart (aujourd’hui commune de Charleroi) en août 1875, à Jolimont (aujourd’hui commune et arr. de La Louvière, pr. Hainaut) en août 1876. Il fait partie du comité organisateur (trésorier) de celui de Bruxelles en mars 1880. Il présente un rapport circonstancié sur l’Affranchissement au Congrès international de la Libre pensée en août 1880 à Bruxelles. Il ne participe pas à la création du Parti ouvrier belge (POB) en 1885. Peu après, dans l’incapacité de poursuivre ses activités professionnelles, il ouvre un point de vente de journaux, français en particulier, au n° 20, rue Montagne de l’Oratoire, dans le centre de Bruxelles.

Marié tardivement en 1877 avec Marie Oppalfens, Nicolas Coulon perd son épouse en décembre 1889. Il meurt peu après dans la misère.

Du côté flamand, J. Kuypers, Els Witte, C. Claessens, on considère Nicolas Coulon comme un anarchiste. César De Paepe, son biographe, qui l’a bien connu, confirme : « Ce prolétaire d’élite » aux « idées…(qui) s’accentueront de plus en plus dans le sens d’un communisme libertaire, anti-autoritaire, anti-centralisateur, prenant pour base non l’État, mais la commune, et fondant la commune elle-même sur l’autonomie de l’individu ». En 1859, Le Prolétaire fait la publicité du Libertaire, « journal du mouvement social » de Joseph Déjacque, tapissier à New York à cette époque. Déjacque, inventeur de ce néologisme, est considéré comme un des initiateurs de l’anarchisme en France. « Ni dieu, ni maître » semble parfaitement lui correspondre. Inversement, il est possible d’avancer d’autres arguments. Républicain, socialiste, révolutionnaire certainement. Révolution est un mantra répété inlassablement. Mais anarchiste ? Jan Moulaert, auteur d’une forte thèse sur l’anarchisme en Belgique, ne cite même pas Nicolas Coulon et Freddy Schaner, auteur d’un mémoire sur le mouvement anarchiste à Bruxelles en 1965, non plus. À la suite de la rupture entre Karl Marx et Michel Bakounine au sein de l’AIT en 1872, on considère que les délégués belges se seraient ralliés à Bakounine. Ils le soutiennent effectivement contre « l’autoritarisme » de Marx, défendant l’autonomie des organisations locales, ne laissant au Conseil général qu’un rôle de boîte aux lettres. Cependant, excepté à Verviers (pr. Liège, arr. Verviers), l’anarchisme n’existe pas vraiment. Coulon n’intervient pas dans ce débat. Ce n’est qu’en automne 1879 qu’apparaît le premier groupe strictement anarchiste à Bruxelles : la Ligue collectiviste anarchiste. Si certains disciples de Coulon en font partie, ce n’est pas le cas de ce dernier qui, au contraire, fait un pas vers les évolutionnistes au même moment.

Critique de Pierre-Joseph Proudhon, partisan de la Commune, mais de la « Commune révolutionnaire », à l’instar de ce qu’aurait raté Paris en 1871, Nicolas Coulon ne m’apparaît pas comme relevant de l’idéologie, ni de la pratique anarchiste, même s’il défend l’autonomie absolue de son « Cercle ». La lecture des nombreuses citations du mémoire de Nicole Pirotte m’en convainc.
En revanche, Nicolas Coulon aura été, pendant quarante ans, une des figures marquantes du socialisme révolutionnaire, d’un point de vue rhétorique, dans la capitale. C’est plus la continuité de ses activités, la persistance de ses convictions, que leur importance intrinsèque, que l’on retiendra. C’est à ce titre que César De Paepe*, soucieux de réunir toutes les forces ouvrières et socialistes au sein du POB en 1890, rend ainsi un vibrant hommage à « ce prolétaire d’élite ».

Nicolas Coulon figure dans L’hydre du socialisme, publié dans La Bombe du 21 juin 1879. Ce dessin, croqué par le parisien Alfred Lepetit, est le seul portrait que nous connaissons de lui.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231918, notice COULON Jean, François, Nicolas. par Jean Puissant, version mise en ligne le 9 septembre 2020, dernière modification le 16 novembre 2020.

Par Jean Puissant

SOURCES : BERTRAND L., Histoire de la coopération en Belgique. Les hommes – Les idées – Les faits, t. 1, Bruxelles, 1902 – DE PAEPE C., Vie d’un prolétaire socialiste à travers le XIXe siècle, Gand, 1911 – CLAESSENS C., Nicolas Coulon, Revolutionair en anarchist (1816-1890), niet gepubliceerde licentiaatsverhandeling UGent, Gent, 1966 – WITTE E., « De Belgische vrijdenkersorganisaties (1854-1914) ; ontstaan, ontwikkeling en rol » dans Tijdschrift voor de studie van de verlichting, 1977-2, p. 127-286 – Documents relatifs aux militants belges de l’Association internationale des travailleurs. Correspondance 1865-1872. Textes réunis, établis et annotés par Daisy-Eveline Devreese, Louvain-Paris, 1986 (Cahiers du Centre interuniversitaire d’histoire contemporaine, 79) – PIROTTE N., Monographie d’un journal socialiste au XIXe siècle : "Le Prolétaire" de Nicolas Coulon, mémoire de licence en journalisme et communication ULB, Bruxelles, 1991 – CORDILLOT M., « Utopie et action révolutionnaire dans le Nouveau Monde. "Le Libertaire", (journal du mouvement social) du rationalisme militant à New York (1858-1866) », dans BOUCHET T., BOURDEAU V., CASTLETON E., FROBERT L., JARRIGE F., Quand les socialistes inventaient l’avenir. Presse, théories et expériences, 1825-1860, Paris, La Découverte, 2015.

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