DOMUREAU Henri, Lucien

Par Gérard Larue

Né le 10 août 1922, mort le 5 mai 1989 à Stains (Seine, Seine-Saint-Denis) ; manœuvre, puis rectifieur ; réfractaire au STO ; engagé dans l’armée d’armistice ; résistant de Ceux de la Résistance (CDLR).

Fils d’Ernest, chauffeur et d’Angélique Boudier, couturière, domiciliés à Stains chemin des Fourches. À la suite de la défaite des troupes françaises en juin 1940 et de la signature de l’armistice, le gouvernement du Maréchal Pétain créa, avec l’autorisation des troupes allemandes d’occupation, une armée d’environ 100.000 hommes, dite « d’armistice » (artillerie et aviation limitées, pas de chars autorisés), ayant compétence « en métropole et dans les colonies. »
Le 19 février 1942, avec le consentement de ses parents, (la majorité était alors à 21 ans, Henri Domureau signa un engagement dans l’armée de l’air à Toulouse (Haute-Garonne) où il fut affecté à la compagnie de Phares de l’Air N° 72.
Le 27 novembre 1942, à la suite du débarquement allié en Afrique du Nord le 8 du mois, les troupes d’occupation allemandes faisant sauter la ligne de démarcation, envahirent entièrement la France le 11 novembre 1942. L’armée d’armistice cessa d’exister. Les unités restées en métropole ayant été dissoutes sur ordre d’Hitler, Henri Domureau fut démobilisé à Agen (Lot-et-Garonne) où il fut affecté au détachement de sécurité qu’il quitta sans autorisation le 3 avril 1943.
Le 27 juillet 1944, le mouvement de résistance CDLR (Ceux de la Résistance) d’Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis), avait projeté de s’emparer des titres de rationnement de la commune de Stains. À 15 heures, deux « onze-légères » portant une Croix Rouge stoppaient devant la mairie ; des hommes armés de pistolets et de mitraillettes en descendirent avec des valises, désarmèrent les trois gardiens de service, G…, Sch… et Séb…
Leur collègue Nicolas n’étant pas de service, était venu retirer ses titres de rationnement au centre de distribution. Il prévint le commissariat de Saint-Denis (Seine, Seine-Saint-Denis), en téléphonant depuis chez monsieur Victor Barrère, épicier, 53 rue Carnot, proche de l’attaque. Informés par d’autres sources que « des faits anormaux dont la mairie de Stains était le théâtre », le Commissaire C…, l’inspecteur F…, le brigadier G…, les gardiens de la paix L…, A… et le chauffeur D…, arrivèrent sur les lieux une vingtaine de minutes plus tard, au moment où les résistants s’enfuyaient. Lucien Domureau qui s’était attardé et tentait de prendre place dans une des deux Citroën fut appréhendé. L’inspecteur F... accompagné de deux de ses hommes se lançant à la poursuite des agresseurs… déclarera plus tard  : « Le gardien Alexandre et moi tirèrent sur le véhicule [le résistant Lesaint affirmera qu’il retrouva huit trous dans la voiture en fuite qu’il conduisait] … À Bobigny, vers l’hôpital Franco-Musulman (Avicenne), à la suite d’une forte embardée, nous avons cessé la poursuite. La voiture ne contenait que deux occupants… »
Après avoir été conduit au poste de police de Stains, fouillé, trouvé porteur d’un pistolet automatique, transporté au commissariat de Saint-Denis, Henri Domureau dont la planque était à Drancy, 22 rue Daisy, ne tarda pas dans la soirée, à retrouver son camarade Georges Xerri arrêté par les inspecteurs B... et C... de la BS2 (brigade spéciale anti-terroristes). Selon l’inspecteur Denicour (responsable de la Résistance), le commissaire C... reçut un coup de téléphone l’informant « qu’il s’agissait non pas d’une affaire de gangsters, mais d’une action de la Résistance et qu’il veuille bien minimiser cette affaire et même relaxer Domureau, sous peine de représailles ».
Pourtant, transférés sur ordre du commissaire C… dans la nuit du 27 au 28 juillet au commissariat des Grandes Carrières (Paris XVIIIe arr.), Henri Domureau et Georges Xerri étaient dirigés le 28 au matin sur la Préfecture de police de Paris où ils furent pris en charge directement par la BS2. Interrogés, écroués à la prison de la Santé, puis, ultérieurement, heureusement libérés le 17 août 1944 par les organisations de la Résistance, lors de l’insurrection parisienne, échappant ainsi à la fusillade ou aux dernières déportations.
Henri Domureau se maria le 4 août 1945 à Feurs arrondissement de Montbrisson (Loire) avec Marguerite Anaïs Perraud. Le couple eut trois enfants.
Après-guerre, la famille demeura 10 rue Pasteur à Stains, venant du 158 rue de Paris à Garges-lès-Gonesse (Seine-et-Oise, Val-d’Oise) et, précédemment, du 83 boulevard Edouard Vaillant à Aubervilliers (Seine, Seine-Saint-Denis).
Poursuivi, comme déserteur en novembre 1947, il put cependant justifier devant le Tribunal militaire de Paris, « qu’il avait travaillé dans la Résistance au groupe ‘’Libération du Bourget’’ et qu’il était possesseur de la carte de réfractaire qui mentionnait une durée d’opposition de 425 jours ». Il fut relaxé.
Henri Domureau mourut à Stains le 5 mai 1989 à l’âge de 67 ans.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article231921, notice DOMUREAU Henri, Lucien par Gérard Larue , version mise en ligne le 9 septembre 2020, dernière modification le 9 septembre 2020.

Par Gérard Larue

SOURCES : Arch. PPo. KB 1 Alexandre, KB 22 C…, KB42 F…, KB 50 G…, KB 104 V… – SHD : pas de demande de dossier militaire Domureau retrouvé en GR 16 P. – Archives municipales du Bourget. – Archives famille Domureau. – Dictionnaire historique de la Résistance, Sous la direction de François Marcot avec la collaboration de Bruno Leroux et Christine Levisse-Touzé, Ceux de la Résistance, p. 116-117, Guillaume Piketty. – État civil site décès.match ID.
Tous nos remerciements vont aux familles Domureau/Bénéteau/ Martin qui nous ont communiqués les documents militaires et souvenirs de leur époux et père, ainsi qu’à Monsieur Claude Dewaele, qui entreprit le premier des recherches historiques pour disait-il « réhabiliter la mémoire d’Henri Domureau, oublié dans l’histoire de la Libération de Stains », ainsi d’ailleurs, que celle de la plupart des Résistants du groupe CDLR, notamment de Jacques Bouillant et de Marcelle Fourmond, responsables CDLR de Stains ainsi que de bien d’autres encore.

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