SCHOTKOSKY Pierre

Par Daniel Grason

Né le 18 novembre 1924 à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), mort le 8 janvier 1945 au camp de concentration de Dora (Allemagne) ; communiste  ; apprenti boulanger ; résistant des Francs-tireurs et partisans Main-d’œuvre immigrée (FTP-MOI) ; déporté.

Pierre Schotkosky
Pierre Schotkosky

Originaire de Vitry-sur-Seine, Pierre Schotkosky vivait pendant la guerre dans l’illégalité au 12 rue Jeanne d’Arc à Issy-les-Moulineaux (Seine, Hauts-de-Seine). Combattant des FTP-MOI il participa notamment à une action le 25 septembre 1943, il lança une grenade à l’intérieur du Café de l’Autobus au 77, rue de la Voie Verte à Paris (XIVe arr.). Il y eut une dizaine de blessés et deux morts. Roger Rouxel assurait la protection.
Selon la patronne de l’établissement, il y avait au moment de l’attentat à 21 heures 35 une quinzaine de consommateurs au comptoir et quatre-vingt à quatre-vingt-dix personnes dans la salle. Sur l’estrade trois musiciens : une pianiste, une violoniste et une accordéoniste.
Un témoin déclara : « La porte d’entrée s’ouvrit brusquement, un homme entra, écarta la tête d’un client qui était assis et jeta un engin dans la salle. » L’action a été si rapide qu’aucune des personnes présentes ne donna un signalement même approximatif. L’engin éclata près de l’estrade de l’orchestre, les consommateurs indemnes ou légèrement blessés quittèrent les lieux.
Charlotte D… l’accordéoniste, trente-sept ans mourut au cours de son transport vers l’hôpital. Il y eut cinq blessés dont trois femmes. Cinq soldats allemands furent emmenés par une ambulance allemande, l’un était grièvement atteint. Les dégâts matériels ont été qualifiés de « peu importants » par la police.
La patronne de l’établissement et les deux serveuses furent entendues par un inspecteur. Le patron avait été l’objet de menaces le 21 septembre de la part d’un homme surnommé « Bibi ». Elles donnèrent son signalement, l’homme était de « type algérien […] il venait de sortir quand l’attentat s’est produit. » Il aurait déclaré à un voisin de comptoir « qu’il était sorti de Fresnes depuis deux ou trois jours. »
Deux femmes Madeleine R…, trente-trois ans, couturière et Marceline T…, trente-deux ans, femmes de chambre qui étaient attablées dans l’arrière salle, trouvèrent « bizarre » l’attitude de deux hommes. L’un « petit brun, costume beige, coiffé d’une casquette », l’autre « taille moyenne, brun, vêtu de gris clair, nu-tête étaient entrés dans le café avant l’attentat. » Ils étaient allés immédiatement dans le fond de la salle, à côté d’une porte donnant sur la cour, et se sauvèrent par « cette porte, au moment de la déflagration. »
Pierre Schotkosky à vélo lança une grenade le 8 octobre 1943 à 20 heures contre un hôtel occupé par des allemands au 20 bis avenue Mac-Mahon dans le XVIIe arrondissement de Paris. La grenade n’éclata pas.
Il fut arrêté à son domicile le 11 juin 1943 par deux inspecteurs de la BS2. Dans le rapport hebdomadaire d’activité des Renseignements généraux, il était écrit que les services de la Préfecture de police avaient « appréhendé l’un des responsables de la Main-d’œuvre immigrée. » Emmené dans les locaux des Brigades spéciales, Pierre Schotkosky fut frappé à de multiples reprises. Incarcéré le 16 juin 1944 à la prison de Fresnes. Il était le 15 août 1944 à la gare de Pantin (Seine, Seine-Saint-Denis) dans le convoi de 1654 hommes à destination de Buchenwald, et 546 femmes à Ravensbrück. Les hommes arriveront à destination le 20 août et les femmes le 21 août.
Cinq jours furent nécessaires pour aller à Buchenwald, un pont sur la Marne ayant été détruit par un bombardement. Des résistants attaquèrent en vain le convoi à Dormans dans la Marne. Le chef de gare de Revigny dans la Meuse, à la demande de la Croix-Rouge tenta de convaincre le SS qui dirigeait le convoi d’arrêter en vain. Le 18 août lors d’une halte à Nancy, des membres du gouvernement de Pierre Laval en fuite vers l’Allemagne demandèrent au préfet d’intervenir pour stopper le transport, nouvel échec.
Particularités de ce transport, certains résistants qui étaient investis de responsabilités, ainsi la présence de neuf résistants futurs Compagnons de la Libération : Louis Gentil, Guy Flavien, Marcelle Henry, Jacques Brunschwig arrêté sous le nom de Bordier, Edmond Debeaumarché, Pierre Dejussieu, Pierre Lefaucheux, chef des FFI de la Seine et de la Seine-et-Oise, ainsi que Gaston Vedel. Mentionnons également qu’il y avait le professeur Henri Maspero et sa femme Hélène, ainsi que 168 aviateurs alliés, soit 10,2 % des hommes du convoi.
Pierre Schotkosky ne resta pas à Buchenwald, il a été envoyé au camp de Dora, puis à Ellrich et de nouveau au camp de Dora où il mourut le 8 janvier 1945.
Sa sœur Jacqueline, vingt-trois ans, sténo dactylographe témoigna le 22 novembre 1944. Elle déclara notamment : « Il a été arrêté à son domicile pour propagande communiste. Par la suite il a été déporté en Allemagne et je n’ai reçu aucune nouvelle de lui depuis son arrestation. »
« Une perquisition a été faite à son domicile au cours de laquelle ses meubles et divers objets lui appartenant ont été enlevés, soit : un divan-lit, une table de cuisine, deux chaises, un buffet, un radiateur et un réchaud électrique, un costume et un pardessus gris, un imperméable bleu, une paire de chaussures montantes de couleur noire, une montre bracelet en métal chromé, une bicyclette et une remorque. » […]
« Au moment de son arrestation j’ai su que mon frère avait été frappé dans la rue par les inspecteurs qui ont procédé à cette opération. » Trois femmes ont été témoins des coups portés à Pierre Schotkosky. Elles « pourront témoigner », affirma Jacqueline Schotkosky.
Elle-même porta plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent son frère et contre ceux « qui ont volé les meubles. » Un inspecteur chargé de l’enquête sur les actes des inspecteurs de la brigade spéciale informa que deux perquisitions furent effectuées au domicile de Pierre Schotkosky, la première par Robert Daime et V… et la seconde par B… et S…
L’un des tortionnaires de Pierre Schotkosky, Robert Daime affecté à sa demande aux Brigades spéciales, fut arrêté le 14 octobre 1944, il était qualifié par les membres de la commission d’épuration de la police de « Pro-nazi notoire, admirateur d’Hitler... il recherchait le raffinement dans la cruauté sur les patriotes arrêtés […] a même frappé des femmes. »
Les policiers résistants soulignaient que Daime « un des éléments les plus dangereux de la BS… trouvant un grand relâchement dans notre service, a voulu s’engager dans la Milice ». Arrêté le 14 octobre 1944, emmené dans les locaux où il tabassait, il se tira une balle « dans la région du cœur » avec son arme de service, après s’être enlevé lui-même les menottes, vers 18 heures 50, tout en discutant avec les inspecteurs qui l’avaient laissé faire sans réagir. »
La sœur de Pierre Schotkosky, Jacqueline, vingt-trois ans, sténo dactylographe témoigna le 22 novembre 1944. Elle déclara notamment : « Il a été arrêté à son domicile pour propagande communiste. Par la suite il a été déporté en Allemagne et je n’ai reçu aucune nouvelle de lui depuis son arrestation. »
« Une perquisition a été faite à son domicile au cours de laquelle ses meubles et divers objets lui appartenant ont été enlevés, soit : un divan-lit, une table de cuisine, deux chaises, un buffet, un radiateur et un réchaud électrique, un costume et un pardessus gris, un imperméable bleu, une paire de chaussures montantes de couleur noire, une montre bracelet en métal chromé, une bicyclette et une remorque.  » […]
« Au moment de son arrestation j’ai su que mon frère avait été frappé dans la rue par les inspecteurs qui ont procédé à cette opération. » Trois femmes ont été témoins des coups portés à Pierre Schotkosky. Elles « pourront témoigner », affirma Jacqueline Schotkosky, elle-même porta plainte contre les inspecteurs qui arrêtèrent son frère et contre ceux « qui ont volé les meubles. » Un inspecteur chargé de l’enquête sur les actes des inspecteurs de la brigade spéciale informa que deux perquisitions furent effectuées au domicile de Pierre Schotkosky, la première par Robert Daime et V… et la seconde par B… et S… T…
Pierre Schotkosky a été homologué combattant des Forces françaises de l’intérieur (FFI), au titre de la Résistance intérieure française (RIF), et Déporté interné résistant (DIR).
Son nom a été gravé sur la tombe familiale dans le cimetière ancien de Vitry-sur-Seine.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232014, notice SCHOTKOSKY Pierre par Daniel Grason, version mise en ligne le 13 septembre 2020, dernière modification le 13 septembre 2020.

Par Daniel Grason

Pierre Schotkosky
Pierre Schotkosky

SOURCES : Arch. PPo. BA 1749, BA 1752, PCF carton 16, KB 6, PCF carton 16 rapport hebdomadaire du 19 juin 1944, 77 W 3117-292134. – Bureau Résistance GR 16 P 541095. – Les policiers sous l’Occupation, Jean-Marc Berlière avec Laurent Chabrun, p. 166, 270, 334, Éd. Perrin, 2001. – Livre-Mémorial, FMD, Éd. Tirésias, 2004. – Site internet GenWeb.

Photographie : Arch. PPo. GB 188

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