SCARPELLI Charles, Vincent

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 27 décembre 1908 à Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône), mort le 26 septembre 1978 à Marseille ; militant communiste de Port-de-Bouc ; syndicaliste de la CGT ; poinçonneur ; résistant ; responsable de la section clandestine du Parti communiste de Port-de-Bouc pendant la période de l’Occupation ; membre du Comité de Libération de la ville.

Charles Scarpelli
Charles Scarpelli

Poinçonneur aux Chantiers et Ateliers de Provence (CAP), membre du Parti communiste depuis 1935 et adhérent à la CGT, il prit part à toutes les actions menées dans son entreprise à partir du moment où il rejoignit ces organisations.
Après la dissolution de son parti en septembre 1939, il fut des premiers communistes de Port-de-Bouc qui continuèrent à le faire vivre, sans pour autant faire les frais de la chasse à ses militants menée par le gouvernement de Vichy.

Mi-janvier 1941, une réunion secrète se tint chez l’ancien secrétaire de la section de Port-de-Bouc, Jean Nunez, au quartier Saint-Jean. Charles Scarpelli était présent, ainsi que Louis Vallauri (un des futurs fondateurs du journal communiste La Marseillaise) Sauveur Pastourel, François Caparros et John Vella. Ils y discutèrent notamment des moyens de mettre sur pied une nouvelle organisation.
Suite à plusieurs vagues de perquisitions dans les rangs communistes et à l’arrestation de Sauveur Pastourel, le rôle de Scarpelli devint central. La direction régionale clandestine du Parti communiste lui demanda d’assurer la responsabilité de la section de Port-de-Bouc, fonction qu’il assuma jusqu’à la Libération.
Hors de la sphère politique et syndicale, Scarpelli était connu pour être un boute-en-train, faiseur de « galéjades », particulièrement sur les terrains de boules, où il était apprécié autant pour son tempérament que pour son jeu. Il était célibataire et vivait avec sa mère et sa sœur. Discret dans les milieux militants, s’exprimant rarement dans les réunions, sa personnalité tranchait avec l’image qu’on se faisait habituellement d’un communiste. Bénéfice probable de ce trait de caractère, son nom ne fut jamais cité dans les rapports de police. À partir de 1942, la police se révéla d’ailleurs incapable de causer des pertes importantes dans les rangs des militants locaux.

La plus grande efficacité des réseaux militants à passer entre les mailles des filets posés par la police n’aurait pas été due qu’à la chance, mais aussi à une plus grande expérience de la stratégie de la troïka (du triangle) et de son cloisonnement par les militants ainsi qu’à l’extrême prudence de Scarpelli lors des recrutements qu’il effectuait. Paradoxalement, selon les archives policières, le Parti communiste local ne distribua aucun tract et n’effectua aucun affichage durant l’année 1942. Pourtant, à défaut de pouvoir participer à une vraie résistance de masse, les organisations liées au Parti communiste avaient été intégralement remises sur pied dès avril et des responsables nommés à leur tête. Ainsi, parmi les proches de Scarpelli, on peut citer : Louis Vallauri à la direction du Front national, Armand Peynichou* à celle de la CGT, François Caparros, reconstituant les Jeunesses communistes, René Rieubon, chargé de créer le syndical autorisé par le pouvoir pétainiste pour en faire un moyen de lutte officieux.
En novembre, la Kriegsmarine, désirant utiliser les infrastructures déjà en place et augmenter son potentiel militaire, prit le contrôle des CAP. Une garnison allemande y fut postée et la main d’œuvre employée accrue. Si bien qu’à partir de 1943 l’entreprise était redevenue la première de Port-de-Bouc. De part sa fonction de poinçonneur, Scarpelli était en contact étroit avec les ouvriers, ce qui dût l’aider à repérer de nouvelles recrues potentielles.
Les effectifs des militants communistes augmentèrent avec ceux des ouvriers des chantiers, ce foyer devenant le premier pôle de résistance local.

Selon des évaluations faites par Jean Domenichino, en février 1944, les membres des organisations clandestines des chantiers (Parti communiste, CGT, Front national) représentaient plus du tiers de la main d’œuvre. Leur influence était plus grande encore en tenant compte de leurs nombreux sympathisants.
Dotés d’un journal clandestin propre à leur entreprise à partir du mois de mai, ils élargirent les thématiques abordées, enrichissant les questions de politique générale (sur l’unité de la Résistance, la libération du pays ou l’avenir de la nation) par d’autres relevant des conditions de vie qui inspirèrent majoritairement l’action clandestine.
Même si les appels à participer à une action étaient signés du nom d’une organisation, il était difficile de déterminer avec précision qui du Parti communiste, du Front national ou de la CGT la menait sur le terrain. Car les tracts de chacune de ces structures étaient reçus par les responsables des autres, qui les faisaient relayer par leurs propres membres. Dans tout cela il y avait une constante : Charles Scarpelli était toujours en début de chaîne.
C’est un ouvrier d’une entreprise sous-traitante qui lui apportait de Marseille les tracts de différents mouvements. Scarpelli raconta en 1976 à Domenichino leur mode de contact : « Je me rendais tous les matins à l’arrivée du train de Marseille qu’empruntait mon contact, Vincent Condorelli. Avec lui, on avait établi un code. S’il portait sa « biasse » (son sac) qui contenait son repas, à la main gauche, c’est qu’il avait du matériel à me donner. S’il la portait de la main droite, c’est qu’il n’avait rien. Dans le premier cas, je me rendais chez « Yoke » (nom d’un café de l’actuel quai de la Liberté) pour récupérer les tracts. » Cet exemple illustre le fonctionnement des organisations alliées au Parti communiste, dans lesquelles chaque résistant avait un contact appartenant à sa structure, elle-même dirigée par un membre du Parti.

Conscients de leur force, les dirigeants clandestins organisèrent plusieurs actions aux CAP. Le 12 mars 1944, une grève de protestation éclata contre la qualité de la soupe servie par les Allemands. Une autre, le 22 mars, réclamant une hausse des salaires, se solda par une augmentation de 15 %.
Le 18 avril, trois moteurs de chalands-porteurs furent sabotés à l’explosif par Charles Scarpelli et Cyrille Blaya. Il semble que les résultats des enquêtes menées par les représentants des autorités allemandes auraient été biaisés par leur volonté d’échapper à une affectation punitive sur le front de l’Est par leur hiérarchie. Ils préférèrent attribuer la responsabilité des désordres à Jules Crétinon, maire vichyste de Port-de-Bouc. Ce dernier, quoique foncièrement anti-communiste et nationaliste, mentit au commandant de la Kommandantur en affirmant qu’il n’y avait aucun communiste parmi les récents grévistes des chantiers. Il connaissait pourtant les convictions politiques des ouvriers. Les valeurs patriotiques du maire sauvèrent peut-être les organisations clandestines du démantèlement, évitant à Scarpelli et aux autres responsables une triste fin.
Le 26 mai enfin, une grève eut lieu avec pour mot d’ordre l’amélioration de la qualité du ravitaillement. Cette dernière fut massivement suivie parmi les ouvriers, dans un contexte où la sanction pour fait de grève était la déportation. Ces événements donnèrent du prestige aux responsables de la Résistance locale des chantiers, aussi bien aux yeux de leurs collègues qu’à ceux de la population.
C’est par conséquent sans grande surprise que le Comité de Libération qui dirigea la ville à partir du 20 août compta parmi ses 7 membres 5 ouvriers des CAP, tous ses membres étant communistes ou sympathisants. La direction régionale du Parti communiste demanda à Scarpelli de présider le Comité. Refusant, ce dernier proposa que la responsabilité fut confiée à René Rieubon, qui fut donc retenu pour la fonction. Scarpelli fit tout de même partie du Comité. La passation de pouvoir entre le maire vichyste et le Comité de Libération s’effectua dans un calme et une courtoisie assez exceptionnels au vu du contexte.

Faisant honneur à la passion pour la pétanque de Scarpelli, la ville de Port-de-Bouc construisit en 1987 un boulodrome auquel elle donna son nom. De plus, il existait encore en 1989 un concours de boules nommé « Souvenir Charles Scarpelli », organisé chaque année par la plus ancienne société de boules locale.
Il est enterré au cimetière de la commune.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232116, notice SCARPELLI Charles, Vincent par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 17 septembre 2020, dernière modification le 24 octobre 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Charles Scarpelli
Charles Scarpelli

SOURCES : Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (p. 174 à 186). — Données du site Généanet.

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