GIGAND Michel

Par Jean-Paul Salles

Né le 17 octobre 1945 à Chanu (Orne) ; après des études de théologie, prêtre-ouvrier ; militant syndicaliste CFDT puis, à partir de 1999 de SUD-Solidaires, dans la région de Basse-Normandie.

Michel Gigand est à gauche. Photo Ouest France.

Michel Gigand est né à Chanu (canton de Tinchebray dans l’Orne). Son père était scieur de bois et sa mère femme de ménage. Dans cette région dédiée traditionnellement au travail du fer, ses grands-parents fabriquaient à domicile des clous et des serrures pour une entreprise locale. Ce travail allait de pair avec l’entretien d’un petit coin de terre. Ce « domestic system », pour reprendre l’expression des historiens de l’économie qui l’opposent au « factory system » qui prit sa suite, avait assuré la prospérité de villages comme Saint-Cornier-des-Landes ou Chanu. En 1841, Chanu comptait 2 800 habitants, une population qui n’a cessé de diminuer jusqu’à 1 200 habitants dans les années 2000. Pourtant, lui-même, pendant ses vacances scolaires, travaillait dans une ferronnerie d’art dans son village natal. Le décès de son père alors qu’il n’avait que sept ans a été un drame pour lui et pour sa famille. Sa mère éleva seule ses sept enfants, lui et ses six sœurs, devenues ouvrières en confection ou employées de commerce. Il a été scolarisé à l’école primaire publique de Chanu puis en collège et lycée privé à Flers-de-l’Orne, avant d’intégrer les grands séminaires de Séez (Orne), Laval (Mayenne) et Caen (Calvados) où il fera des études de théologie de 1966 à 1971. Ayant travaillé pendant ses études, il a choisi d’être prêtre-ouvrier tout en restant par la suite dans le collectif des prêtres-ouvriers. Pour lui, le christianisme doit être « une foi engagée au cœur de la vie et qui respecte la laïcité ».
Durant les années 1970, il fut ouvrier chez un négociant de commerce de gros à Argentan (sous-préfecture de l’Orne), assurant surtout une fonction de caviste. De 1972 à 1979, il fut délégué du personnel CFDT dans cette entreprise et secrétaire du syndicat du Commerce. Membre du Comité régional interprofessionnel CFDT de Basse-Normandie à partir de 1974 jusqu’en 1999 et de la commission exécutive de ce syndicat, il fut permanent syndical de 1980 à 1985. Il fut également membre du Comité national de la CFDT. Dès 1980 Michel Gigand, avec son union régionale qui avait organisé des assises des hors-statuts pour combattre la précarité du travail, s’opposa à la confédération qui voulait signer une convention de l’intérim. En 1988, il fut un des 379 militants qui signèrent une lettre ouverte au nouveau secrétaire général de la CFDT Jean Kaspar. Ils lui demandaient d’empêcher les sanctions et les exclusions des militants, nombreux dans les PTT ou dans la Santé, qui s’efforçaient d’organiser les luttes en faisant confiance aux Assemblées générales et aux Comités de grève. Sur le plan professionnel, à partir de 1986 et jusqu’à sa retraite en 2005, il fut employé du Comité d’entreprise de l’usine Renault-Véhicules-Industriels (RVI) à Blainville-sur-Orne, dans l’agglomération de Caen. Dans cette période de grèves et de manifestations pour défendre l’emploi, Michel Gigand participa aux actions que ce soit pour RVI, la Société métallurgique de Normandie (SMN), Moulinex et dans d’autres entreprises petites et moyennes. Dans les années 1992 et 1993, il participa à l’action « Vivre et Travailler au pays » à l’initiative de l’union régionale, allant afficher sur le château de Caen et ensuite sur le Trocadéro à Paris de nombreuses banderoles signées par des habitants bas-normands.
Membre de la Commission confédérale Énergie, il prit conscience précocement des risques liés à l’énergie nucléaire. Il contribua à la prise de position de l’Union régionale Interprofessionnelle CFDT de Basse-Normandie hostile à l’extraction du plutonium et donc au retraitement des déchets nucléaires à La Hague, au nord-ouest du Cotentin. Le syndicat CFDT de l’énergie atomique avait pris position contre le programme nucléaire français dès avril 1975, en publiant un gros livre aux éditions du Seuil, intitulé sobrement L’électronucléaire en France.
Après les grandes grèves de décembre 1995 contre la réforme des retraites, deux orientations vont continuer à s’opposer à l’intérieur de la CFDT. Les uns, derrière la secrétaire générale Nicole Notat, voulaient privilégier le dialogue avec le gouvernement, une démarche que leurs adversaires qualifiaient de stratégie d’accompagnement des contre-réformes. Les opposants à la direction confédérale, partisans de la grève et de l’unité d’action, nombreux en Basse-Normandie, parmi lesquels Michel Gigand, reprochaient à la direction non seulement de ne pas prendre en compte leur point de vue, mais aussi des pratiques déloyales. Lui et ses camarades finirent par quitter la CFDT en 1999 et par adhérer à l’Union interprofessionnelle Solidaires Basse-Normandie tout en créant SUD Industrie de Basse-Normandie dont il fut le premier secrétaire. Les premières années dans cette nouvelle organisation syndicale furent difficiles tant le patronat contesta devant la justice leurs implantations. Michel Gigand avec ses camarades s’est battu pour la reconnaissance des SUD et de Solidaires.
À la retraite en 2005, il resta membre de SUD Solidaires retraités et retraitées de Basse-Normandie puis de Calvados-Manche-Orne. Persuadé de l’importance du rapport de forces pour qu’une lutte soit victorieuse, il œuvra constamment en faveur de l’action interprofessionnelle et de l’unité d’action. Il est aujourd’hui marié, sa femme Marie-Thérèse, aujourd’hui à la retraite, était travailleuse familiale, militante de la CFDT puis de SUD après l’an 2000, délégué syndicale et déléguée du personnel.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232153, notice GIGAND Michel par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 18 septembre 2020, dernière modification le 18 septembre 2020.

Par Jean-Paul Salles

Michel Gigand est à gauche. Photo Ouest France.

ŒUVRE : Michel Gigand, Claude Simon, Jean-Marie Peynard, Michel Lefort, José Reis, La sortie de religion est-ce une chance ?, L’Harmattan, 2010. — Michel Gigand, Michel Lefort, Claude Simon, Jean-Marie Peynard, José Reis, Remettre à l’endroit ce monde à l’envers : l’espérance d’un monde nouveau, Éditions Golias, 2013. — Intervention à l’université de Caen sur "Syndicalisme et Démocratie", avec Sophie Béroud, 17 avril 2014.

SOURCES : -Document envoyé par Michel Gigand et échange de mails. —Franck Georgi, L’invention de la CFDT, 1957-1970, Éditions de l’Atelier/Éditions ouvrières, 1995. — Nicolas Defaud, La CFDT (1968-1995). De l’autogestion au syndicalisme de proposition, Presses de Sciences-po, 2009. — Denis Pelletier, Jean-Louis Schlegel, dir., À la gauche du Christ. Les Chrétiens de gauche en France de 1945 à nos jours, Seuil, 2012. —Interview des auteurs du livre La sortie de religion est une chance ? dans la revue Citoyens, le journal de LVN-Personnalistes et Citoyens, consultable sur Internet. — Pascal Simon, « Prêtres-ouvriers et penseurs à rebrousse-poil », Ouest-France, 21 juin 2013. — Signataire d’un communiqué contre la loi travail El Khomry (2016) et les ordonnances d’Emmanuel Macron (2017), Collectif national des prêtres-ouvriers, Caen, le 18 septembre 2017.

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