VELLA John, Peter, Paul [Pseudonyme dans la clandestinité : LAVEL]

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 28 juin 1908 à Xewkija, sur l’île de Gozo (Malte, alors sous juridiction britannique), mort le 24 septembre 2004 à Martigues (Bouches-du-Rhône) ; docker et marin ; syndicaliste CGTU ; militant communiste de Port-de-Bouc (Bouches-du-Rhône) ; résistant ; un des responsables du PCF clandestin de Port-de-Bouc pendant l’Occupation.

Le père de John Vella, Giuseppe Vella, serait né à Nadur ou à Xewkija (sur l’île de Gozo, Malte). Il exerça différents métiers, dont ceux de cultivateur, de commerçant et de docker. À la naissance de John, il aurait déclaré être commerçant et ne pas savoir écrire. Il débarqua à Marseille (Bouches-du-Rhône) en juin 1915 pour chercher du travail. La mère de John Vella, Giuseppa Azzopardi, serait elle aussi née à Malte et aurait été également cultivatrice. John Vella avait un frère et une sœur.

En 1925, John Vella arriva en France pour rejoindre son père et travailler comme lui à Port-de-Bouc en tant que docker. Il avait dix-sept ans. Selon Pierre Blache, son petit-fils (qui effectua un travail de mémoire sur son grand-père), la commune lui aurait rappelé son village d’origine. Il rencontra une Maltaise, Maria Vella (sans lien de parenté avec lui), qui était serveuse. Le père de cette dernière s’opposant à ce qu’elle fréquentât un homme hors mariage, ils vécurent un temps à Marseille.
De 1930 à 1932, John Vella travailla comme docker sur le port de Caronte (Martigues). Il participa à la création du syndicat CGTU des dockers et à deux mouvements de grève importants en 1930 et 1932, le second ayant pour cause la volonté patronale de baisser les salaires. Membre du Parti communiste à partir de 1932, son statut d’étranger le rendait vulnérable à la répression. Les syndicalistes étant considérés comme une nuisance par le patron, selon Vella lui-même tous les membres du conseil syndical furent mis en prison. Quant à lui, il fut expulsé de France par le préfet des Bouches-du-Rhône.

Entre 1933 et 1936, il s’installa en Angleterre, dont Malte dépendait, travaillant comme manœuvre à la soute à charbon sur un bateau à vapeur, le SS Coryton. D’après son livret marin, il était "fireman and trimmer" (« marin en charge de la chaudière et régleur (pour la chaudière) » (Blache). Cette expérience le conduisit à Cardiff (Pays de Galles), en Écosse, à Amsterdam, en Afrique du Sud, à Newport (USA), en Argentine et, après être passé par le Cap Horn, à Valparaiso (Chili). Le navire fut coulé par la Luftwaffe le 16 février 1941, en Angleterre, au large des Îles Farne. Le capitaine, Josiah Raymond Evans, sauva l’équipage avant de disparaître avec son bateau.
En 1937, il revint à Port-de-Bouc, bien que toujours en sursis aux yeux de la loi française. En 1939, il était membre du conseil syndical du syndicat des ports et docks. Suite à la déclaration de guerre, il voulut organiser le Secours aux soldats avec un ami, Esprit Vial. De l’avis d’Antoine Santoru* (militant port-de-boucain qui a témoigné de cette époque dans plusieurs ouvrages), il s’agissait du Secours rouge devenu Secours populaire.
En juin de la même année, il épousa Maria Vella.

Entre juin 1940 et mars 1943, John Vella fut l’un des responsables du Parti communiste dans la clandestinité. Selon Pierre Blache, l’engagement précoce de John Vella dans la Résistance aurait été influencé à la fois par l’appel du général de Gaulle le 18 juin 1940, celui de Jacques Duclos et Maurice Thorez le 10 juillet et les bombardements réguliers auxquels était soumise Malte de la part de l’Allemagne et de l’Italie. L’île représentait en effet une place stratégique importante ouvrant sur l’Afrique et le Moyen Orient.
D’après l’historien Jean Domenichino, mi-janvier 1941, une réunion se déroula dans le quartier Saint-Jean chez Jean Nunez, ancien secrétaire de la section du PCF de Port-de-Bouc, qui avait été démobilisé [selon Pierre Blache, sur la base de témoignages oraux, cette réunion aurait eu lieu en juin 1940]. Étaient présents : John Vella ; Sauveur Pastourel, militant connu des services de police qui fut arrêté le mois suivant ; Charles Scarpelli, à qui la direction régionale clandestine du Parti communiste confia la responsabilité de la section locale après l’arrestation de Pastourel ; Louis Vallauri, qui allait faire partie de l’équipe fondatrice du journal communiste La Marseillaise ; François Caparros, qui eut la responsabilité de remettre sur pied les Jeunesses communistes. Les hommes discutèrent notamment des moyens de mettre en place une nouvelle organisation.

Dans la Résistance, sans doute dans le cadre du Front national (Front national de lutte pour la libération et l’indépendance de la France), John Vella prit le pseudonyme de « Lavel ». À partir de 1941 il fut en contact avec « le mandataire » de Marseille, sans doute un responsable départemental du PCF clandestin. En plus des actions de recrutement et des tracts contre le régime de Vichy, il tenta en juin 1942 de faire sauter le portique de Caronte par où arrivaient les cargaisons allemandes. C’est « le mandataire » qui avait fourni la dynamite. John Vella faillit perdre la vie dans l’échec du sabotage. Faisant l’objet d’un arrêté d’expulsion sous le régime du sursis renouvelable, il fut arrêté par la police de Vichy et la Feldgendarmerie le 1er mars 1943, ainsi que Lucien Vella (frère de Marie Vella). John Vella fut interné au Frontstalag 122, le camp de Compiègne-Royallieu (Oise), « antichambre » de la déportation en Allemagne. Après lui avoir fait subir un interrogatoire, on le transféra au camp de la Grande-Caserne de Saint-Denis (Frontstalag 220). Sa femme et leurs cinq enfants furent arrêtés et assignés à résidence en septembre dans un camp français, au lieu-dit Château-de-la-Déserte, à Mâcon (Saône-et-Loire), un ancien camp militaire utilisé comme résidence surveillée (P. Blache).

John Vella, sa femme et leurs enfants furent de retour à Port-de-Bouc à leur libération en octobre 1944. Après la guerre, il était toujours militant communiste et fut même responsable de section. Il reprit son travail de docker à Caronte jusqu’à sa retraite.
Le couple vécut au quai de la Liberté et aurait eu huit enfants entre 1933 et 1952.
De source familiale, la nationalité française aurait été refusée à John Vella en raison de son militantisme. Il mourut donc avec la nationalité maltaise.

En août 2020, John Vella fut décoré à titre posthume de la Croix de combattant volontaire de la Résistance à Port-de-Bouc et reconnu comme membre du mouvement Front national. La commune de Port-de-Bouc lui rendit hommage le même mois en donnant son nom au rond-point du quartier Saint-Jean.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232332, notice VELLA John, Peter, Paul [Pseudonyme dans la clandestinité : LAVEL] par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 26 février 2021, dernière modification le 26 février 2021.

Par Renaud Poulain-Argiolas

SOURCES : Pierre Blache, « A la recherche de John Vella » (texte publié en plusieurs parties), Le Patriote Résistant n°955 à 960, de septembre 2020 à février 2021. — Jolan Zaparty, "John Vella : A la mémoire d’un grand-père résistant", La Marseillaise, 25 août 2020 (interview de Pierre Blache). — Jean Domenichino, Une ville en chantiers : La construction navale à Port-de-Bouc, 1900-1966, Edisud, 1989 (pp. 174, 184). — Roland Joly, Antoine ou La passion d’une vie : Une histoire de Port-de-Bouc, ville mosaïque, auto-édition, 2005 (avec une photographie p. 49). — Données des sites Filae et Généanet. — SHD, Vincennes, bureau Résistance, pas de dossier au nom de John Vella.

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