AMAR Michel

Par Jean-Paul Salles

Né le 19 juin 1950 à Alger (Algérie) ; statisticien-économiste à l’INSEE ; militant de la CFDT ; militant au PSU puis à EELV, conseiller municipal de Créteil pendant trois mandatures (1983-89, 1995-2001, 2001-2008).

Michel Amar est né à Alger (Algérie), son père Charles Amar (1911-1992) y fut instituteur de 1933 à 1962, sauf pendant la période de l’État français (1940-1945). Les lois antisémites du régime de Vichy (Premier statut des Juifs adopté le 3 octobre 1940) s’appliquant à l’Afrique du Nord, le recteur de l’Académie d’Alger ordonna à son père de cesser ses fonctions à partir du 18 décembre 1940 (lettre dactylographiée conservée par Michel Amar). « En octobre 1941, nous disent les historiens, 2169 fonctionnaires juifs sur 2671 avaient déjà été évincés en Algérie » (Marrus et Paxton, 1981, p.181). Sa mère, Yvette Moatti (1915-1978) fut institutrice en 1939-1940, puis de 1962 à 1978. Sa grand-mère paternelle Mathilde Amar (1887-1970), veuve de guerre – son mari Abraham avait été tué en novembre 1914 dans les Ardennes -, commise des PTT, fut elle aussi victime de ces lois antisémites. Son grand-père maternel Mickael Moatti (1870-1947), époux de Rica Moatti (1883-1916), commerçant, fut membre du Consistoire israélite d’Alger. Sa famille vécut la Guerre d’Algérie et l’exode qui suivit. Après l’indépendance de l’Algérie, ses parents s’installèrent à Créteil (Val-de-Marne). Cette histoire familiale tragique l’amena à s’intéresser précocement à l’histoire et à s’engager en politique. Son frère aîné Jean Amar, mathématicien et universitaire, milita à l’UNEF-Renouveau, au SNESUP et la FSU. Il est également militant du Parti communiste où il exerce des responsabilités importantes. Jean Amar fut secrétaire de la section du PCF à Créteil et élu municipal.
Élève au lycée Marcelin Berthelot de Saint-Maur-des-Fossés (Val-de-Marne), Michel Amar fut bachelier (série mathématiques élémentaires) en juin 1967. Il fit ses études supérieures à l’université Paris VI (Jussieu) où il obtint une Maîtrise de Mathématiques (juin 1971) puis un DEA de Statistique mathématique en juin 1972. Inscrit en parallèle à l’École nationale de la statistique et de l’administration économique (ENSAE) de 1970 à 1973, il fut diplômé statisticien-économiste en juin 1973, ce qui lui permit d’entrer dans le monde du travail comme Chargé d’études économiques (agent contractuel de l’État) au Ministère de l’Équipement, de 1973 à 1984. Il y fut chargé de l’Analyse conjoncturelle des marchés du BTP. Ayant passé avec succès le concours interne d’administrateur de l’INSEE en 1984, il travailla ensuite dans divers services statistiques de l’État : à la Direction générale de l’INSEE de 1984 à 1992 puis de nouveau de 2003 à 2014, au Service statistique du Ministère des Transports (1992-1997) et au Service statistique du Ministère du Travail (1997-2003). En dehors des travaux d’analyse routiniers, il travailla sur les coûts d’usages des infrastructures de transport et notamment sur les coûts environnementaux des transports (1992-1997), sur les conditions de travail des chauffeurs routiers, sur l’accès à l’emploi des travailleurs handicapés, sur l’évolution prospective des métiers (1997-2003), sur les hauts salaires et les inégalités salariales (2003-2010) ainsi que sur un projet de construction de catégories sociales au niveau européen.
Adhérent « passif » à l’UNEF en 1968, comme il le dit lui-même, il s’engagea véritablement dans l’action politique en adhérant au PSU à Créteil en décembre 1970. Pendant près de vingt ans, il milita activement, vendant l’hebdomadaire du parti Tribune socialiste, participant aux campagnes électorales et aux campagnes nationales du parti. Il prit des responsabilités : membre du bureau de la Fédération d’Île-de-France du PSU de 1972 à 1983, il fut en charge du Val-de-Marne. Il rencontra dans ce parti quelques militants de grande qualité humaine, venus souvent du catholicisme social. De même, c’est Michel Mousel, côtoyé dans la Fédération Île-de-France, auteur de L’utopie réaliste (Éditions Christian Bourgois, 1977), qui le sensibilisa aux dangers du nucléaire. La section du PSU de Créteil s’intéressait aux problèmes de transport et d’urbanisme dans cette ville passée de 30 000 habitants en 1962 à 90 000 dans les années 2000. C’est ce qui différenciait le PSU, estimait-il a posteriori, de la propagande désincarnée des groupes d’extrême gauche qu’il rencontrait sur la ville. Il fut élu conseiller municipal de Créteil en 1983, seul élu du PSU sur une liste d’Union de la gauche dirigée par le maire socialiste Laurent Cathala. Durant cette mandature (1983-1989), il fut responsable de la mise en œuvre sur la ville d’un puits géothermique au Mont-Mesly. Pour dépasser un PSU en voie de disparition, à partir de 1984 il participa à la création d’une coordination Arc-en-ciel regroupant des militants alternatifs au niveau du Val-de-Marne. C’est avec eux – Catherine Calmet, Vincent Rebérioux, militant pour les Droits de l’Homme, Claude Pennetier – qu’il constitua une liste alternative aux élections municipales de 1989. Elle obtint un résultat modeste de moins de 2 % des suffrages exprimés. Ayant rejoint le groupe des Verts de Créteil à la fin de l’année 1992, il fut de nouveau élu conseiller municipal sur une liste de la Gauche plurielle. Il accomplit deux mandats (1995-2001 et 2001-2008), toujours sous la direction du maire socialiste Laurent Cathala. De 2001 à 2008, il côtoya dans la majorité municipale son frère Jean Amar, élu du PC. Au cours de ces deux mandats, il œuvra surtout au développement des pistes cyclables, des circulations douces, une alternative au tout automobile. Lassé par la gouvernance de l’édile Laurent Cathala – il observa de près, dit-il, « le fonctionnement d’une baronnie socialiste » – il décida avec ses camarades du groupe Europe-Écologie Les Verts (EELV) de choisir l’autonomie. En 2008 comme en 2014, ils se présentèrent seuls aux élections municipales, ne parvenant pas à empêcher la réélection de Laurent Cathala. Ces revers électoraux n’empêchèrent pas les militants écologistes d’agir concrètement. Ainsi, avec Catherine de Luca, pilier du groupe local d’EELV, il participa, à partir de 2008, à l’animation des Paniers de Créteil, l’AMAP de la ville (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne). Cette association promeut d’autres modes de consommation en privilégiant les circuits courts et une agriculture bio. Il s’investit aussi dans une association d’éducation populaire, le Centre socio-culturel (CSC) Madeleine Rebérioux, à la MJC du Mont-Mesly. Également militant syndical à la CFDT sur la longue durée, de 1973 à 1994, il créa une section syndicale à la Direction du ministère de l’Équipement où il travaillait en 1974 et participa à l’animation du syndicat CFDT-Équipement à l’administration centrale du ministère. Il ne renonça pas pour autant à l’action politique. Il fut candidat titulaire EELV avec Marianne Boul’ch aux élections départementales des 22 et 29 mars 2015. La presse relevait qu’à Créteil « deux frères sont concurrents politiques » (Le Parisien), son frère Jean Amar (PC) étant en lice avec Ouarda Iratni-Gasmi (Front de Gauche).
Tout en étant un peu en retrait, il participa à la campagne électorale de 2020 pour le renouvellement de l’équipe municipale, une élection perturbée par l’épidémie de Covid. Face aux deux listes principales, « Créteil un futur juste », dirigée par Laurent Cathala (PS) qui l’emporta au deuxième tour, et « Créteil votre ville » dirigée par Thierry Hebbrecht (Les Républicains), les écologistes ne réussirent pas à s’unir. Michel Amar était en 11e position sur la liste « Pour l’écologie Créteil en commun » dirigée par David Cousy. Ils obtinrent 8,56 % des suffrages exprimés, la liste officielle EELV, « Osons la transition », dirigée par Linda Bouifrou devant se contenter de 3,48 % des suffrages. Notons qu’au premier tour comme au second, le nombre des votants fut très faible à Créteil, 30,14 % puis 22,6 % des inscrits.
Michel Amar a pris sa retraite en décembre 2014. Il est marié à Francine Benguigui, aujourd’hui retraitée du Ministère de l’Équipement. Dans le cadre du Plan Urbanisme Construction Architecture (PUCA), elle anima des programmes de recherche sur l’habitat et la politique du logement. Elle fut militante syndicale à la CFDT, puis à la CGT. Ils ont deux filles.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232460, notice AMAR Michel par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 27 septembre 2020, dernière modification le 29 septembre 2020.

Par Jean-Paul Salles

SOURCES : -Documents envoyés par Michel Amar que nous remercions (parmi eux : la lettre de révocation envoyée par le Recteur de l’Académie d’Alger à son père, datée du 18 décembre 1940). — Michaël R. Marrus, Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Calmann-Lévy, 1981, notamment la page 181 et les pages 271-279 : « Un cas particulier : l’Algérie ». — André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Seuil, 1991, notamment le chapitre 5 : « les Juifs d’Afrique du Nord », p.175-210. — Benjamin Stora, Les Trois exils. Juifs d’Algérie, Stock, 2006, notamment les développements « La sortie d’Algérie », p. 165-170 et « Dans l’exil », p.171-183. En annexe, sont reproduits Lois, Décrets et Statuts des Juifs d’Algérie décidés par le gouvernement du Maréchal Pétain, p. 190-197. — Marc Heurgon, Histoire du PSU. La fondation et la guerre d’Algérie, La Découverte, 1984. — Noëlline Castagnez et alii, Le PSU, histoire et postérité, PUR, 2013. — Bernard Ravenel, Quand la gauche se réinventait. Le PSU, histoire d’un parti visionnaire 1960-1989, La Découverte, 2016. — Agnès Vives, « À Créteil, deux frères sont concurrents politiques », Le Parisien, 8 mars 2015.

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