MAYENCE Raoul, Etienne [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 6 juillet 1871 à Bordeaux (Gironde) ; mort au Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) le 24 mars 1955 ; peintre ; anarchiste individualiste puis antisémite à Paris.

Il tira au sort à Paris avec la classe 1891, son numéro matricule était le 2651. Il demeurait alors dans le XXe arrondissement de Paris.
Il était ajourné du service militaire en 1892 et 1893 et affecté aux services auxiliaires en 1894, pour faiblesse.
Le 12 décembre 1896, Raoul Mayence et Otto participaient à un meeting de Guesde où les socialistes étaient expulsé et le bureau pris d’assaut par les anarchistes.
Fin 1896, Raoul Mayence avait participé avec Jean Otto au journal Le Rifflard (Paris, n°1, 16 décembre 1895) qui à partir du 10 octobre 1896 (n°39), tout en conservant la numérotation, changea son titre pour celui de L’Action (Paris) dont le responsable était toujours Henri Otto et qui publia 15 numéros (dernier numéro, 10 juillet 1897). Jean Grave qualifia le Rifflard, de journal de chantage, se finançant en menaçant les employeurs de publier des articles sur leur compte, s’ils ne versaient pas de l’argent à la rédaction.
Le 25 février 1897, une dizaine d’anarchistes individualistes se réunissaient au 1er étage, 19 faubourg du Temple, pour jouer aux dés. Ces compagnons étaient tous rejetés par les autres anarchistes qui n’admettaient pas leurs théories et les considéraient comme des agents provocateurs au service de la police. Ils devaient assister le soir à une conférence de Beaulieu à l’Hôtel des Sociétés savantes et y faire du bruit. Ce groupe était dirigé par Otto et Raoul Mayence. Plusieurs d’entre eux s’étaient armés de couteaux catalans. Leur intention était de provoquer une bagarre.
Un rapport de police du 8 novembre 1897 signalait que le journal l’Action publié irrégulièrement par Henri Otto, contenait dans son dernier numéro de juin, les indications suivantes :
1° les noms et adresses de tous les membres de la famille Rothschild.
2° L’adresse de M. Constans, ancien ministre, l’heure à laquelle il quittait le sénat et l’itinéraire suivi pour regagner son domicile. Le rapport du commissaire de police concluait : « Tout me permet donc de supposer que l’avis donné à la Sûreté générale, provient, soit du nommé Otto, soit de son camarade de lit Mayence, ou bien du nommé Hautrive.
Ces 3 individus intimement liés par des mœurs inavouables, dit-on, appartiennent aux individualistes, ils ne reculent devant rien pour se procurer de l’argent qu’ils se partagent. »
Le 22 janvier 1898, Otto et Mayence se rendaient au meeting de la salle Chayne pour savoir ce que les anarchistes comptaient prévoir comme actions futures et en rendre compte à la Libre parole, le journal de Drumont.
Le 23 janvier 1898, l’indicateur Cossé commentait : « Dès ce soir l’attitude de Otto et Mayence était très commentée. Ces deux anarchistes qui sont à la solde de Guérin, se tenaient dans l’escalier qui mène à la salle des Mille Colonnes (meeting des anti-sémites) et désignaient à la police tous les compagnons qui passaient et auxquels l’entrée était impitoyablement refusée. A la suite de cette affaire le « passage à tabac » d’Otto et Mayence était sérieusement envisagé par les anarchistes.
Le 29 janvier 1898, un article du Libertaire intitulé « Les deux » mettait Mayence et Otto à l’index : « Bon nombre de camarades parisiens connaissent les deux infectes crapules qui s’appellent Otto et Mayence. »
Le 27 novembre 1898, R. Dunois le fustigeait dans le Libertaire pour avoir dénoncé Mécislas Golberg, arrêté et condamné pour infraction à un arrêté d’expulsion. Selon Dunois, Mayence était alors rédacteur à l’Antijuif, le journal de Guérin, il le qualifia « de « mouchard, d’estampeur et de bas escroc ».
Le 1er janvier 1899, Raoul Mayence publia un article dans l’Antijuif intitulé : « Les parodistes de l’anarchie (2) »
En mars 1899, il était le rédacteur avec Henri et Georges Otto de la feuille individualiste Le Révolutionnaire, (n°1 du 4 mars 1899, dernier n°20, Juillet 1899) farouchement opposé à Sébastien Faure, Malato et Pouget entre autres et fortement teinté d’antisémitisme. Le journal publia plusieurs articles sur des faux se trouvant dans les musés. Ces articles étaient inspirés par Parmeggiani, ouvrier d’art et antiquaire, réfugié à Londres. Le Révolutionnaire cherchait à agréger le mécontentement que le ralliement de Sébastien Faure au dreyfusisme, avait soulevé chez de nombreux militants.
Le programme du Révolutionnaire était sans ambiguïté : « Il est important de faire savoir que tous les révolutionnaires ne sont pas dreyfusards, défenseurs des financiers et des panamistes. La plupart de leurs journaux le sont ; c’est vrai, mais ils avaient besoin d’argent. Les travailleurs n’ont pas suivi leur volte-face et ce journal le démontrera. Le Révolutionnaire combattra les financiers, même juifs. Le Révolutionnaire ne sera pas le moniteur de l’Elysée. C’est un programme d’une netteté et d’une précision indiscutable. Tous les dreyfusards, les Gerault-Richard, Millerand, Jaurès, Sébastien Faure, Pouget et sous-ordres sont nos ennemis »
Le journal faisait cause commune avec les mouvements anti-sémites et nationalistes de Guérin et Drumont : « Le peuple a toujours considéré l’épithète de juif comme une injure et a toujours reconnu les capacités rapaces du juif. Pourquoi alors ne pas chasser des individus dangereux ? »
Le Révolutionnaire ne cessa d’accentuer son caractère anti-sémite en dénonçant « l’abjection juive » ou en s’écriant « A bas la charogne sémite ». Abandonnant tout lien avec l’anarchisme, il défendit l’armée, l’église ou la patrie.
Le 19 mars 1899, selon l’indicateur Finot « Otto et Mayence ont fait paraître un troisième numéro de leur journal, dans lequel ils racontent à leur façon leur expulsion du groupe le Cri de la Révolte, mardi dernier. »
Le 6 avril 1899, Mayence et Otto participaient à une conférence organisée par le Révolutionnaire, groupe d’action sociale, avec pour ordre du jour : « Les socialistes et les anarchistes vendus aux capitalistes juifs. L’antisémitisme et la question sociale. »
Le 5 mai 1899, devant la 11e chambre correctionnelle, comparaissaient Mayence et Otto : le 20 mars, ils s’étaient rendus à la salle Chaynes, au meeting organisé par Jaurès. Pris à partie par les organisateurs de la réunion qui, voyaient en eux des anarchistes dissidents et voulurent les expulser brutalement. Otto et Mayence se virent bientôt entourés par une quinzaine d’adversaires, ils se mirent alors en posture de défense, prenant leurs revolvers à la main. Le tribunal considéra qu’il s’agissait d’une sorte de légitime défense, Mayence fut acquitté et Otto condamné à 16 fr. d’amende.
En juin 1899, Mayence avec notamment Otto, Nestor Ferrière, Raubineau et Létrillard, devaient participer comme orateurs à une réunion organisée par le groupe nationaliste et antisémite d’Henri Rochefort dans le 18ème arrondissement. Cette réunion provoqua la mobilisation de la Jeunesse internationaliste, de socialistes et d’anarchistes qui se réunissaient à 4 ou 500 à la Maison du peuple, impasse Pers. A la suite du refus du propriétaire de la salle de la Ligue fraternelle de leur louer son établissement, par crainte d’affrontements, les antisémites s’étaient repliée au café "A la Cinquantaine" au coin de la rue du Poteau, ils furent envahis par les contre manifestants de la Maison du peuple. Les antisémites essayèrent de s’enfuir par une porte donnant sur la rue Poteau mais ils étaient rejoins par les contre manifestants qui les rossèrent et les jetèrent dehors.
En août 1899, on retrouvait Mayence avec Otto, rue de Chabrol, pour soutenir l’équipée de Jules Gérin, président de la Ligue antisémitique et directeur du journal hebdomadaire L’Antijuif. Dans une lettre, ils lui écrivirent pour expliquer leur soutien :
« Nous avons accepté de nous faire fusiller avec vous, sachant que le but n’était pas absolument celui avoué. Nous sommes antijuifs, mais républicains. »
Le 23 octobre 1899, l’indicateur Legrand signalait que Sébastien Faure avait été l’objet d’une agression d’Otto et Mayence et portait depuis un revolver.
Raoul Mayence fut condamné par défaut le 6 décembre 1899, à 15 jours de prison pour complicité de diffamation et d’injures publiques et par la 10e chambre correctionnelle à 25 francs d’amende pour port d’arme prohibée.
Le 25 août 1900, l’indicateur Finot (Georges Renard) signalait que Raoul Mayence et Henri Otto, avec le concours de plusieurs autres anarchistes rejetés des groupes, notamment Raubineau, Prost et Lucas, avaient constitué un groupe se réunissant dans un café à l’enseigne « Au Petit bleu » rue de Belleville. Leur but était de se venger sur quelques compagnons de la suspicion et du mépris où les tenaient les anarchistes. Malato fut le premier agressé par Otto et par un autre individu resté inconnu. Ils avaient annoncé que les prochaines victimes seraient Sébastien Faure et Georges Renard.
Début septembre 1900, dans certains groupes libertaires de province, on faisait circuler un manifeste tiré sur papier de couleur contenant des attaques virulentes contra un militant, attaques signées par Otto, Mayence, Lucas,Janvion. Selon Charles Malato dans l’Aurore « ce qui est odieux, c’est d’avoir impudemment accolé à leur signature celle de Janvion, qui n’est pour rien dans la rédaction du manifeste et qui, révolutionnaire aussi loyal que passionné n’attaque jamais qu’en face ennemis ou adversaires. »
Un droit de réponse était publié le 8 septembre par la Libre Parole, l’Aurore ayant refusé l’insertion : « Paris, le 7 septembre. Monsieur le directeur de l’Aurore, Un ami vient de nous annoncer l’entrefilet de M. Charles Malato, qui tient à se venger des quelques coups de poing qu’Otto lui a infligés. Il a procédé par insinuation. Nous ignorons le manifeste en question, nous n’avons jamais vu M. Janvion ; nous ne voulons rien avoir de commun avec Lucas. Nous sommes las des inexactitudes déshonorantes de l’Aurore et sommes décidés, si vous ne consentez à l’insertion de cette lettre dont la loi nous confère le droit, à en saisir les tribunaux compétents. Recevez, etc. H. Otto, R. Mayence. »
En 1901, il publia une brochure intitulée « Les antijuifs à Barberousse » relatant ses 68 jours de prison à Alger, où il dénonça les conditions lamentables d’incarcération en matière d’hygiène.
En juillet 1903, Raoul Mayence publia avec Otto, un communiqué de protestation dans l’Action, à propos de l’arrestation de Parmeggiani, se portant garant de son honorabilité : « Nous nous en porterons moralement garants devant le tribunal qui assumera la charge de condamner Permeggiani ; et, à cette occasion, nous clamerons la vérité (déjà publiée par nous dans le Révolutionnaire) sur les antiquaires truqueurs, assez favorisés par leurs millions et leurs puissantes relations pour être décorés plutôt qu’appréhendés. » Le communiqué précisait également que Raoul Mayence, signataire de cette protestation n’avait rien de commun avec Ellina Mayence. Ellina Mayence, étant juif, avait été dénoncé comme tel par La Libre parole.
Le 22 avril 1914, il habitait 21 rue Bonaparte à Nice (Alpes-Maritimes).
Le 29 décembre 1914, Raoul Mayence était réformé à Nice pour tuberculose.
Evoquant le cas d’Otto et Mayence dans une lettre à Jean Grave, Malato les décrivit comme « ceux qui ont fait de l’anarchisme un cloaque. »
Dans ses Mémoires d’un libertaire, Malato enfonça le clou à leur sujet : "Je collaborai au Journal du Peuple pendant un mois, le temps d’y donner quelques articles, un roman d’anticipation, La Prochaine, et d’y exécuter deux misérables : Georges* Otto et Raoul Mayence, échantillons les plus typiques de la pègre antisémite. Ces individus avaient été anarchistes, interprétant l’anarchisme comme la plus parfaite expression du sans-scrupulisme."
*Malato confondait probablement avec Henri.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232563, notice MAYENCE Raoul, Etienne [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 2 octobre 2020, dernière modification le 5 octobre 2020.

Par Dominique Petit

SOURCES :
Archives de la Préfecture de police Ba 80, 1497, 1498 — Archives de Paris. Registres matricules — L’Intransigeant 6 avril 1899 — L’Aurore 15 août, 7 septembre 1899 — Le Journal 5 novembre 1899 — Le Radical 4 juillet 1903 — L’Action 3 juillet 1903 — La Libre parole 6 mai, 8 septembre 1899 — Les Temps nouveaux 15 octobre 1920 — Fonds Grave IFHS. Lettre de Malato du 13 juillet 1918 — Etude sur le mouvement anarchiste en France (1848-1914). Volume I L’individualisme anarchiste en France (1880-1914) Tome II par Gaetano Manfredonia IEP de Paris 1990, p. 193 à 195 — Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983 par René Bianco, Aix-Marseille, 1987 — Archives départementales de la Gironde. Etat civil de Bordeaux — Les antijuifs à Barberousse : à Edouard Drumont, député d’Alger par Raoul Mayence. Imprimerie ouvrière, 9 rue du 4 septembre, Mustapha. 1901. Gallica — Le Peuple 16 mars 1938.

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