CHIONCHINI Joseph, Émile [Pseudonyme dans la clandestinité : Commandant GAY]

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 11 octobre 1909 à Nice (Alpes-Maritimes), mort le 12 janvier 1980 à Nice ; militant communiste de Nice ; résistant ; responsable FTP du sous-secteur des Bouches-du-Rhône, région Nord F ; président du Comité de soutien à Henri Martin des Alpes-Maritimes au début des années 1950.

Officier FTP sous le matricule 62096 pendant l’Occupation allemande, Joseph Chionchini eut la tâche de commander le sous-secteur des Bouches-du-Rhône, région Nord F. Peu avant la fin de la guerre, il donna l’ordre à ses troupes de converger vers le maquis de la Chaîne des Côtes après la diffusion du message « Méfiez-vous du toréador » par Radio Londres le 5 juin 1944, qui avertissait la Résistance de l’imminence du débarquement en Provence. Cependant, entre-temps l’opération fut repoussée au 15 août et l’armée allemande fut informée par une dénonciation que des maquisards étaient rassemblés dans le secteur. Pendant toute la journée du 12 juin des troupes d’occupation supérieures en nombre assiégèrent près de 400 résistants dans la colline de Sainte-Anne. Dans l’hécatombe qui en résulta, Arthur Favaro, chef de détachement soumis aux ordres directs de Chionchini, perdit la vie.

Après la guerre, un Joseph Chionchini eut des responsabilités lors de l’affaire Henri Martin qui cristallisa l’opposition du PCF à la guerre d’Indochine à partir de la fin de l’année 1950. Il était président du comité de défense des Alpes-Maritimes, bien inséré dans les réseaux communistes locaux, groupe qui aurait été un des premiers créées dans le pays avant le procès du jeune insoumis à Toulon. Le comité suivait les directives du PCF et du Secours Populaire Français. Ce dernier conserva dans ses archives un « rapport sur l’activité du Comité départemental de défense Henri Martin des Alpes-Maritimes ». C’est Chionchini qui rédigea ce rapport à la fin de l’année 1952, présenté ensuite au congrès fédéral du PCF. Les très nombreuses actions menées par son groupe étaient basées sur trois axes extrêmement ambitieux. Le premier était de faire parler de l’affaire et de la campagne : par des inscriptions sur les murs et les routes, des affiches, des rebaptisations de rues, de places, de boulodromes (entraînant parfois des affrontements avec la police), l’organisation de réunions, d’événements sportifs, de meetings nationaux, des distributions de tracts, des ventes de cartes postales de soutien, des lâchers de ballons « Henri Martin », des représentations d’une pièce de théâtre en lien avec l’affaire : « Drame à Toulon »). Selon le deuxième axe, il était question de se montrer solidaires de la famille Martin : par des collectes d’argent, de fleurs et d’autres choses tout en popularisant des figures de donateurs. Le dernier axe d’action passait par la pression exercée sur les élus et le gouvernement : l’envoi de pétitions au Tribunal militaire, au président Auriol et aux ministres, le collectage de rouleaux de signatures dans les fêtes locales avant de les remettre aux élus municipaux, le recueil de signatures de personnalités (comme le peintre Matisse, le maire de Cannes ou celles de curés de villages).
Chionchini déplora que si la campagne avait été bien suivie en 1951, elle s’était essoufflée en 1952.

On perd la trace de Joseph Chionchini après la campagne de soutien à Henri Martin.
D’après « Mémoire des Hommes », le Service historique de la Défense de Vincennes dispose d’informations le concernant à la cote GR 16 P 128732.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232605, notice CHIONCHINI Joseph, Émile [Pseudonyme dans la clandestinité : Commandant GAY] par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 4 octobre 2020, dernière modification le 2 février 2021.

Par Renaud Poulain-Argiolas

SOURCES : Thomas Roche, Le Militant et le Prisonnier : La campagne pour la libération d’Henri Martin (1950-1953), mémoire présenté à l’IEP de Paris en janvier 2001, sous la direction de Marc Lazar (P. 80-86). — Attestation sur l’honneur de l’intéressé datée du 2 octobre 1945 au sujet d’Arthur Favaro. — Données du site Filae. — Site Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 128732 (nc).

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