MAYENCE Henri, Ysaac [dit Elina] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 19 mars 1865 à Paris (XVIIIe arrondissement) ; mort le 15 octobre 1915 à Saint-Jean-du-Maroni (Guyane) ; escroc mythomane se disant publiciste, peintre et sculpteur. Anarchiste illégaliste parisien.

Portrait de Mayence Elina paru dans le Matin 25 mars 1903. Gallica.

Il était le frère de Mayence Gustave, David. Leur père, Abraham Mayence, était conducteur au chemin de fer du Nord.
En 1886, Henri Mayence était le directeur, sous le pseudonyme de H. R. Elina, du Sans-culotte, journal indépendant, puis Organe des travailleurs qui eut 15 numéros ; le rédacteur en chef : Charles Duval. L’imprimerie du journal se trouvait 47 rue Gabrielle.
En 1886, il était l’administrateur sous le pseudonyme de Rodolphe Elina d’une petite feuille littéraire et artistique, ayant pour titre Montmartre, Artistique, littéraire, illustré. L’adresse du journal était 47 rue Gabriel. Il paraissant le 1er et le 15 de chaque mois. Le rédacteur en chef était Adrien Boissy. Par la suite Mayence fut directeur-rédacteur en chef.
Dans le n°4 du 15 septembre 1886, sous le nom de Rodolphe Elina, Henry Mayence commença la publication d’une histoire de l’abbaye de Montmartre.
En 1888, Henri Mayence qui se disait publiciste, prit le surnom d’Elina. Il était dans la plus profonde misère : « Sa mise, à peine décente, ses souliers troués . » On pouvait le rencontrer chez Joffrin, l’ancien maire de Montmartre, où il venait, comme tant d’autres, quémander quelques secours. Il brocantait, un jour, il apportait des tableaux qu’il disait être de Corot, et qu’il voulait vendre, un autre jour, un dessin de Michel-Ange. A cette époque il faisait un peu tous les métiers, il fut même employé comme désinfecteur aux étuves de la Ville de Paris.
Le 2 juillet 1889, il eut un enfant qui ne vécut que 15 jours avec Marguerite Marie, fleuriste. Il réussit à déclarer l’enfant sous le même nom que lui : Henri, Rodolphe Mayence Elina.
Il figurait sur l’état récapitulatif des anarchistes au 31 décembre 1894, il demeurait 16 rue des Poissonniers.
Le 18 avril 1894, il se battit en duel avec Georges d’Esparbès. Ce duel fut l’occasion d’une histoire rocambolesque où le pseudonyme se substituait au personnage réel : M. Georges d’Esparbès s’étant jugé offensé par une lettre de M. Mayence, et celui-ci se trouvant dans l’impossibilité matérielle de lui accorder la réparation à laquelle il avait droit, M. Rodolphe Elina a proposé à M. d’Esparbès de se substituer à M. Mayence pour lui accorder une réparation par les armes. Au premier engagement, les deux adversaires étaient atteints simultanément, le premier d’une blessure à la face externe du bras droit ; le second d’une blessure pénétrante à la région huméro-cubitale du même bras. Dans l’impossibilité de continuer, les témoins arrêtèrent le combat.
Sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1896, son adresse était 16 rue Flocon.
Vers 1898, il se fit passer pour le neveu de Mallarmé auprès d’un libraire et éditeur de la rue Laferrière, lui avouant quelques jours plus tard qu’il n’avait aucune parenté avec le poète et qu’il avait voulu plaisanter.
Le 1er janvier 1899, l’indicateur Legrand, signalait que « Mayence (Ellina) fait la cour à Rolande (Fournival) et s’inscrit comme rédacteur (du Cri de la femme), il est aussi nul, aussi farceur, aussi paresseux que par le passé. »
Le 10 janvier 1899, Legrand notait que Rolande Fournival voulait se rendre à une réunions du groupe l’Harmonie « dire hautement qu’Elina Mayence – encore un petit amant ! - n’a rien de commun avec le mouchard Mayence qui a fait arrêter Mécislas Goldberg. A la Maison du Peuple, on avait demandé à Louise Réville, quel était le Mayence du Cri de la femme. »
Il était également sur l’état des anarchistes de 1901, son adresse était 4 cité Hermel.
En mars 1903, Elina défraya la chronique en avouant avoir réalisé un moule en plâtre ayant servi à fondre et ciseler une tiare d’or, dite « tiare de Saïtapharnès » qui fut ensuite vendue au musée du Louvre comme provenant de Haute Egypte. Il expliqua que cela s’était fait à son insu, ne sachant pas à quoi allait servir le moule. Il broda autour de cette histoire rocambolesque toute une théorie selon laquelle les musées étaient remplis de faux. Cette affaire entraîna une instruction, de nombreuse perquisitions. Finalement Elina avoua qu’il avait tout inventé. En fait cette fable montrait son talent de mythomane et n’était qu’un écran de fumée pour minimiser d’autres escroqueries, bien réelles, en prétendant que les faux étaient partout, y compris dans les musées.
Le 13 juillet 1903, Isaac Mayence dit Elina comparaissait devant la 11e chambre correctionnelle pour le délit d’escroquerie et vente de fausses œuvres d’art.
Elina avait vendu en 1901, pour 600 francs deux pastels et deux tableaux non signés qu’il garantissait être de Renoir, alors qu’en réalité ils étaient l’oeuvre d’un de ses élèves.
En 1902, Elina vendit deux dessins comme étant de Toulouse Lautrec et qui après expertise, avaient été reconnus comme n’étant pas de cet artiste. A l’audience il déclara que les dessins lui avaient été remis par Toulouse-Lautrec et que l’artiste avait écrit au bas de l’un d’eux : « A l’ami Elina . » Il semblait être bien connu dans les milieux artistiques, Steinlen l’avait ainsi décrit : « Elina est un parasite ou plus exactement peut-être un véritable bohème », quant à Willette, il déclara à l’instruction : « Je connais bien Mayence, dit Elina. Ce n’est certes pas lui qui avait fait les faux dessins, car il en est incapable. »
Au cours de l’instruction Elina se défendit en reprenant, pour son compte, les révélations de Parmeggiani dans le Révolutionnaire de 1899,et en profitant de son homonymie avec Raoul Mayence, collaborateur de ce journal.
Le tribunal le condamna à 3 mois de prison et 100 francs d’amende. En appel la peine fut réduite à un mois.
Le 22 janvier 1904, des agents de la Sûreté l’arrêtèrent et le conduisirent à la prison de la Santé pour qu’il purge sa peine.
Le 26 janvier 1904, Elina Mayence, fut condamné par défaut à quatre nouveaux mois de prison et à 50 francs d’amende pour abus de confiance. Il s’était occupé de la vente d’un coffret ancien, appartenant à Mme Lecerf, dont celle-ci ne voulait pas se dessaisir à moins de 100 francs. Elina offrit de le vendre et s’appropria une partie de la somme.
En février 1905, Elina fit la connaissance d’un rentier M, Mohl qui possédait une grande quantité de tableaux, pastels, dessins de maîtres, ainsi, que de nombreux bibelots, tels que statuettes, bijoux, éventails et dentelles anciennes.
Elina, proposa de vendre tous ces objets dans d’excellentes conditions, expliquant qu’il avait les plus hautes relations dans le monde des collectionneurs. Il ajoutait qu’il était à la tête d’une grande maison de curiosités et qu’un riche italien le commanditait.
Quelques jours après, Elina adressait au rentier un de ses commis chargé de le prévenir que les œuvres d’art qui lui avaient été confiées ayant été vendues un gros prix et qu’il était urgent qu’il lui en remit d’autres. Chaque jour, Elina venait chercher de nouveaux objets, qu’il disait toujours avoir vendu à très gros prix. Cependant, il ne remettait jamais un centime à M. Mohl.
Prétextant la vente d’une collection à Londres où il était expert, Elina s’en alla avec le reste de la collection. Il ne reparut plus. M. Mohl lui écrivit. Il ne reçut point de réponse. Il attendit jusqu’au 27 mars, et envoya a Elina une sommation de lui rendre les objets qu’il lui avait confiés, ou leur valeur. L’exploit de l’huissier ne toucha point le destinataire, qui avait jugé prudent de disparaître.
Le 29 juillet 1905, il était condamné, pour cette affaire, par le tribunal correctionnel à 4 mois de prison et 25 francs d’amende.
Le 23 avril 1906, il était de nouveau poursuivi, devant la neuvième chambre correctionnelle. Il avait à répondre d’un abus de confiance commis à l’égard de deux personnes qui lui auraient confié des tableaux pour les vendre, puis n’auraient plus entendu parler de lui. Il ne se présenta pas au procès, et il fut condamné, par défaut, à huit mois de prison.
Le 12 mai 1906, Elina était arrêté. Il fit appel de ses deux précédentes condamnations. Le 10 novembre 1906, la Cour réduisait chacune des peines à quatre mois, avec confusion.
Le 6 juillet 1912, il fut condamné par la cour d’appel de Paris à un an de prison et à la relégation pour abus de confiance à la suite d’une plainte en escroquerie de M. Flavion, marchand de couleurs et de tableaux, 20, rue Caulaincourt, à l’encontre d’Ellina et l’ex-capitaine Marix. Les deux complices à la suite d’un habile stratagème, probablement inventé par Elina, réussirent à emporter 49 tableaux en ne payant qu’un acompte, le solde ne venant jamais.
Le 2 août 1912, il partit sur le navire pénitentiaire « La Loire » depuis l’île de Ré pour la Guyane avec 462 forçats. Au bagne, il portait le matricule 11.252.
En mars 1914, Elina, relégué à Saint-Laurent-du-Maroni, était en piteux état, secoué par des accès de fièvre.
Son dossier à la Préfecture de police portait le n°291.109.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232606, notice MAYENCE Henri, Ysaac [dit Elina] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 3 octobre 2020, dernière modification le 3 octobre 2020.

Par Dominique Petit

Portrait de Mayence Elina paru dans le Matin 25 mars 1903. Gallica.

SOURCES :
ANOM. Registre matricule : H3696/n°11252. — Archives de Paris. Etat-civil. — Archives de la Préfecture de police Ba 1498, 1500. — Les anarchistes contre la république de Vivien Bouhey. Annexe 56 : les anarchistes de la Seine. — Le Radical 14 mars 1887, 24 avril 1906. — L’Indépendant rémois 30 juillet 1912. — L’Express 22 juillet 1912 — Le Matin 19, 24, 26 mars, 14 juillet 1903, 22, 27 janvier 1904, 11 juin 1905, 13 mai, 11 novembre 1906, 11 janvier 1911, 9 mars 1914 — Le Temps 27 janvier 1904 — La Libre parole 11 novembre 1906 — La République française 30 juillet 1905 — Le Vieux Montmartre. Société d’histoire et d’archéologie des IXe et XVIIIe arrondissements.Bulletin mensuel, juillet 1905. Gallica — Le Journal 19 avril 1894, 22 janvier 1904.

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