GONIN Marius [Frédéric, Marius]

Par Bernadette Angleraud

Né le 21 octobre 1873 à Lyon (6e arr.) (Rhône), mort le 21 août 1937 à Lyon (5e arr.) ; journaliste ; syndicaliste CFTC ; fondateur du Secrétariat social du Sud-Est, de La Chronique sociale de France et des Semaines sociales de France.

Marius Gonin lors de la Semaine sociale de Nice, 1934
Marius Gonin lors de la Semaine sociale de Nice, 1934
Cliché anonyme, Fonds de la Chronique sociale, Archives municipales de Lyon 14III/238

Marius Gonin est issu d’une famille modeste. Son père, Nicolas Gonin, appartenait à une famille nombreuse de la Loire. Venu à Lyon, il y fut successivement patron de restaurant, puis cocher de maître. Il épousa Joséphine Drevet, qui, pour aider l’économie domestique, faisait des travaux de couture. Les Gonin ont vécu dans différents quartiers : les Brotteaux (où est né Marius, baptisé à l’église Saint-Pothin), puis Saint-Clair où Marius fut scolarisé à l’école de la paroisse Saint-Eucher, enfin le quartier Saint-Jean, où la famille vécut le plus longtemps. Marius Gonin fit des études courtes, à quatorze ans, il devint employé dans la soierie puis dessinateur dans un cabinet de dessin pour les fabriques. Confronté à la déchristianisation du monde ouvrier, il s’est rapproché de groupes paroissiaux qui lisaient et diffusaient La Croix. C’est ainsi qu’il entra en contact avec Victor Berne (1862-1927), appartenant à une grande famille bourgeoise lyonnaise, fils d’un éminent chirurgien. Victor Berne a fait des études de droit, tout en étant très engagé sur le plan religieux, ainsi il fut président du comité lyonnais de l’Association catholique de la Jeunesse française.
Victor Berne et Marius Gonin décidèrent en 1891 de lancer ce qui deviendra La Croix de Lyon, journal qui ne tarda pas à s’émanciper du journal parisien pour se faire le porte-parole du catholicisme social, impulsé par l’encyclique Rerum Novarum. Mais, cette tonalité n’était pas appréciée par la bourgeoisie catholique lyonnaise, de sorte que Victor Berne et Marius Gonin créèrent leur propre organisme, en 1892, la Chronique des Comités du sud-est qui joua le rôle de feuille de liaison entre les diffuseurs de La Croix dans le sud-est. Y étaient publiés des articles sur différents domaines : syndicats paysans et ouvriers, jardins ouvriers... Peu à peu, cette publication acquit sa propre identité et s’imposa comme le fédérateur de la mouvance catholique sociale lyonnaise. Des groupes de jeunes gens, juristes, médecins, se retrouvèrent autour de La Chronique pour débattre sur le dialogue possible entre foi et modernité sociale. En 1900, Victor Berne se retira et laissa Marius Gonin en première ligne. Quatre ans plus tard, en 1904, ce dernier décida de lancer les Semaines sociales, conçues comme une université itinérante où chaque année, dans une ville différente, seraient organisés des conférences, des débats sur les questions qui interrogeaient la pensée sociale chrétienne. Les premières eurent lieu à Lyon mais Marius Gonin n’est pas parvenu à obtenir l’aval du milieu catholique lyonnais qui était alors davantage préoccupé par les débats sur la séparation de l’Église et de l’État. C’est avec un lillois, Adéodat Boissard, que le lyonnais Gonin fonda ce qui allait devenir une véritable institution du catholicisme social français. Il n’accepta aucun professeur laïque des Facultés catholiques de Lyon, leur enseignement étant jugé contraire au catholicisme social ; en revanche parmi les invités figurait l’abbé Gayraud, représentant des « abbés démocrates », élu du Finistère depuis 1896. Marius Gonin se situait dans une démarche de ralliement, de dialogue, hostile à une droite catholique qui refusait toute compromission avec la République. Mais, les catholiques sociaux entendaient prendre leurs distances par rapport au politique, déroutés par la condamnation du Sillon, en 1910 par Pie X d’autant qu’un des leurs, Victor Carlhian a été le fondateur du Sillon lyonnais. L’action sociale a été privilégiée comme mode d’engagement dans le monde contemporain.
Réformé en 1914, Marius Gonin créa un centre de liaison pour mettre en relation les blessés et leurs familles. Journaliste, il devint rédacteur en chef, en 1918, du journal l’Express, puis du Salut public, charge qu’il occupa jusqu’en 1930. En 1925, L’Express fusionna avec Sud-Est sous le nom de Le Nouveau Journal, quotidien républicain de Lyon, du Sud-Est et du Centre, 46, rue de la Charité. Marius Gonin en devint administrateur, avec cette devise « Ni à droite, ni à gauche, ni au Centre, En Avant ». Mais, son engagement principal était à la Chronique sociale. Les bouleversements de l’après-guerre constituèrent un terreau favorable au catholicisme social qui se proposait de réfléchir sur les questions sociales à la lumière de l’Évangile. Une nouvelle génération se regroupa autour de Marius Gonin avec des philosophes comme Jean Lacroix, Pierre Lachièze-Rey, Joseph Vialatoux ; des historiens : Joseph Hours, André Latreille ; des curés de paroisse avec les abbés Monchanin ou Remillieux, ou encore des industriels tel Victor Carlhian. La Chronique s’imposa comme un lieu de réflexion et d’échange sous la houlette de Marius Gonin. Elle se structurait autour de trois noyaux : une revue, les Semaines sociales et le Secrétariat social qui coordonnait l’activité des différents groupes de réflexion. Autour de ces penseurs et des groupes de réflexion qu’ils animaient, certains catholiques sociaux se retrouvèrent pour s’engager dans des voies pionnières. On peut citer le Groupe lyonnais d’études médicales, philosophiques et biologiques qui s’est créé, en tant que section du Secrétariat social de Lyon, en 1924, à l’initiative de Joseph Vialatoux et de Marius Gonin. Il réunissait des médecins autour de philosophes et de théologiens dont l’abbé Jules Monchanin. Mais, ces cercles d’études abordaient des domaines très divers, comme a pu en témoigner Joseph Folliet : « Œuvres d’éducation, les cercles s’efforçaient de mériter leur titre de groupes d’études et d’action sociale. Les groupes urbains propageaient les jardins ouvriers, les logements populaires, la mutualité ; fondaient ou appuyaient des institutions d’enseignement professionnel et d’apprentissage, des cours sociaux agricoles et ouvriers ; suscitaient des syndicats. Parmi eux, le syndicalisme chrétien recruta ses premiers militants, les plus efficaces parce que les mieux éclairés. Les groupes ruraux aboutissaient aux syndicats agricoles, aux mutuelles et aux mutuelles-bétail ». Rien d’étonnant à ce que Marius Gonin ait encouragé la création de la JAC.
Mais Marius Gonin ne s’est pas contenté d’un rôle de maître à penser, il s’est aussi engagé sur le terrain : journaliste syndiqué à la CFTC, il coopéra à la création des syndicats chrétiens (notamment le Syndicat des employés de la région lyonnaise avec Clément Court) et des Ecoles normales ouvrières. En 1922, avec le père Paul Bailly et Maurice Guérin, syndicaliste CFTC, il fonda La Voix sociale. organe d’action syndicale chrétienne et journal de la CFTC du Sud-est. Dans de nombreux articles, Marius Gonin s’intéressa à la question du travail qu’il s’agisse de la législation ou des organisations professionnelles. Cette perspective fut relayée par les thématiques abordées par les Semaines Sociales, ainsi en 1929, à Besançon, « les nouvelles conditions de la vie industrielle » ou encore en 1935à Angers où le sujet traité était « la vie coopérative ». Marius Gonin s’intéressait aussi à l’enseignement qu’il souhaitait plus ouvert au monde ouvrier et à la question sociale, ainsi participa-t-il à la création des premières Ecoles normales ouvrières, conçues comme des lieux de formation pour les syndicalistes ouvriers. La première a été créée à Lille en 1925, suivie d’une autre à Lyon en 1928. Elles proposaient des cours théoriques et des mises en pratique pour parfaire la culture militante. Toujours dans le domaine social, Marius Gonin participa à la création de l’Ecole de Service social du sud-est, pionnière dans la formation de professionnels du social.
Qualifié de « saint » par ses contemporains pour son dévouement et sa modestie, Marius Gonin fit le choix d’entrer dans le Tiers-ordre franciscain, puis dans la Fraternité laïque Jésus-ouvrier, se situant entre vie laïque et vie consacrée. Il resta la pierre d’angle de la Chronique sociale jusqu’à sa mort, des suites d’une longue maladie, en 1937. Joseph Folliet lui succéda.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232607, notice GONIN Marius [Frédéric, Marius] par Bernadette Angleraud, version mise en ligne le 5 octobre 2020, dernière modification le 1er mai 2021.

Par Bernadette Angleraud

Marius Gonin lors de la Semaine sociale de Nice, 1934
Marius Gonin lors de la Semaine sociale de Nice, 1934
Cliché anonyme, Fonds de la Chronique sociale, Archives municipales de Lyon 14III/238

ŒUVRE :
Sous le nom de Rémy : Un secrétariat d’action sociale dans le Sud-Est, Reims, L’Action populaire, 1905. — Lettres à mon cousin, orientations morales et sociales, Paris, J. Gabalda,1911. — Les floraisons nouvelles, récits pour les jeunes ruraux, Paris, Bloud et Gay, 1924. — Un collège temporaire de jeunes paysans au diocèse de Lyon. Les semaines rurales, Lyon, Chronique sociale de France, 1930.
Sous le nom de Marius Gonin : Testament spirituel, Lyon, Chronique sociale de France, 1942. — Vie spirituelle et vie sociale, Lyon, Chronique sociale de France, 1943. — Nombreux articles dans les publications citées, notamment dans La démocratie du Sud-Est (Le syndicalisme en France, avril 1909 ; L’émancipation du travail, février 1907) et dans Le Social (Un Institut social agricole, 30 Juillet 1911 ; Le socialisme veut conquérir la jeunesse, 1er Février 1914 ; Le Nouvelliste de Lyon et le syndicalisme chrétien, 8 Mars 1914).

SOURCES : Arch. municipales, Lyon, état-civil. — Syndicalisme chrétien, n° 20 septembre 1937 (M. Guérin) et n° 34 novembre 1938 (J. Morienval). — Le Salut Public, 21 et 23 août 1937. — Le Bulletin religieux du diocèse de Rouen, 4 septembre 1937. — Crétinon Augustin, Un apôtre du catholicisme social : Marius Gonin, Lyon, Chronique Sociale de France, 1938. — Folliet Joseph, Notre ami Marius Gonin. Un génie de l’action, Lyon, Chronique Sociale de France, 1967. — Ponson Christian, Les catholiques lyonnais et la Chronique sociale, PUL, 1979. — Dictionnaire de Lyon, Stéphane Bachès, 2009. — Notes de Jean-Louis Panné. — Notes d’Alice Palluaut. — Notes d’André Vessot.

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