JACOLIN Elisabeth, Marie, Georgette

Par André Vessot

Née le 16 juillet 1878 à Saint-Etienne (Loire), morte le 19 septembre 1924 à Caluire-et-Cuire (Rhône) ; infirmière ; secrétaire générale des Syndicats professionnels féminins, membre du Secrétariat social catholique du Sud-Est et de la Commission générale des Semaines sociales de France ; membre du Comité lyonnais des pupilles de la nation ; vice-présidente de l’Association féminine pour l’action sociale.

Elisabeth Jacolin à l’hôpital des Chartreux, pendant la guerre 1914-1918
Elisabeth Jacolin à l’hôpital des Chartreux, pendant la guerre 1914-1918

Fille de François Amédée Alexandre, Jacolin inspecteur des contributions indirectes et de Marie Françoise Elisabeth Jacolin, née Duclaux de Marville, sans profession, elle n’avait que 5 ans quand son père décéda le 9 août 1883 à Tournon (Ardèche) où il venait d’être nommé sous-directeur des Contributions indirectes deux ans auparavant. La famille Jacolin s’installa alors à Valence (Drôme) afin de se rapprocher des grands-parents maternels. Elisabeth Jacolin y grandit et fit ses études primaires, puis de brillantes études secondaires chez les sœurs trinitaires. En 1894 elle réussit son Brevet élémentaire et en 1895 son Brevet d’études supérieures avec la mention Très bien.
Elisabeth Jacolin fit des travaux de couture et de broderie avec sa mère pour compléter leurs maigres ressources et aussi pour financer la formation de son frère Henri à Marseille (Bouches-du-Rhône). En 1904, celui-ci s’installa à Lyon (Rhône) pour relancer une petite entreprise de broderies mécaniques dans le quartier de Vaise, dont il racheta les métiers et le stock en 1905. Au cours de séjours prolongés dans cette ville, elle s’initia au monde des affaires en secondant son frère.
En juin 1907, elle quitta Valence avec sa mère et s’installa à Vaise. Sa formation sociale commença réellement en 1908 lors de sa participation au premier Congrès international de l’enseignement ménager à Fribourg en Allemagne qui insistait sur la mission éducatrice de la femme. En 1909 elle participa aussi à Genève (Suisse) au premier Congrès international des ligues sociales d’acheteurs, occasion pour elle d’écrire un article dans La Semeuse. Ces deux congrès lui permirent de capter des idées nouvelles, de les faire connaître et de les mettre en œuvre.
Le 18 octobre 1909, avec le père Martin, (père chartreux), Elisabeth Jacolin fonda une Maison d’éducation ménagère dont elle prit la direction. Mais en 1911, suite à l’échec de cette initiative, elle vint habiter avec sa mère à Caluire, en face de son frère Henri, qui avait construit une nouvelle usine.
Dès 1910 l’Express de Lyon, lui confia la rédaction d’articles sur les problèmes féminins. Le premier du 4 avril 1910, dans la rubrique « L’activité Féminine », opposait deux conceptions du « féminisme » : le féminisme arrogant et revendicateur des « suffragettes » et le féminisme patient dont « la voix » sait déceler « la détresse de ceux qui souffrent et qui travaillent […] ».
En s’appuyant sur un constat de désorganisation sociale et sur les orientations données en 1891 par l’encyclique Rerum Novarum du pape Léon XIII elle incita les employées à s’organiser en syndicats pour faire pression et obtenir de meilleures conditions de travail, de santé et de rémunération. En étroite collaboration avec Maurice Guérin et sur le chemin tracé par Marie-Louise Rochebillard, Elisabeth Jacolin s’impliqua dans la création des syndicats professionnels féminins catholiques de la région lyonnaise dont elle devint secrétaire générale en 1912. Ceux-ci regroupaient le syndicat des ouvrières de l’aiguille lyonnaise, le syndicat des ouvrières de la soie et le syndicat des dames employées du commerce et de l’industrie.
Elle refusa toute ingérence de l’Eglise dans l’action pratique des syndicats chrétiens tout en collaborant avec le diocèse, présentant au Congrès diocésain de 1919, à la demande du Cardinal Maurin archevêque de Lyon, un rapport sur le mouvement syndical féminin. Elle conseilla la coopération avec la CGT, notamment à propos des salaires et du congé dominical. Féministe d’inspiration chrétienne elle milita pour une plus forte représentation féminine dans les conseils de prud’hommes et elle exprima le souhait (encouragée par sa mère) que les femmes soient électrices et éligibles dans les conseils municipaux.
Le 4 août 1914, dès la déclaration de guerre, le chômage est généralisé et les files d’attente se forment aux bureaux de placement du syndicat. Le 9 août, Elisabeth, qui habitait alors à Lyon VIIe arr., dans le foyer nouvellement créé par des postières catholiques, apprit que la Croix Rouge Française l’avait désignée, comme « infirmière aux écritures », à l’hôpital dses Chartreux, Saint Louis, à la Croix Rousse – elle avait obtenu un diplôme d’infirmière en 1910 après avoir été formé auprès de l’Association de secours aux blessés militaires (ASBM), dépendant de la Croix Rouge. Elle poursuivit néanmoins son action avec les syndicats féminins catholiques où elle se préoccupa de trouver du travail pour les femmes de mobilisés. Lorsque la loi du 10 juillet 1915 vint réglementer le travail à domicile, Elisabeth Jacolin s’engagea au niveau institutionnel pour que cette loi fût appliquée. Son action fut saluée par le journal Le Salut public qui écrivit en 1924 :« Membre du comité de protection pour le salaire des femmes travaillant à domicile, Mlle Jacolin s’y fit remarquer par sa compétence et son activité. Dans le même temps qu’elle défendait la population ouvrière, on la voyait revenir tous les soirs à son poste d’infirmière où elle passait les nuits à soigner nos blessés ».
La mort subite, en avril 1916, de Madeleine Carsignol qui était venue la seconder dans ses responsabilités syndicales dès 1912, déstabilisa l’organisation de son travail et nécessita une nouvelle répartition des tâches. Ne pouvant tout assumer – alors les réunions syndicales pouvaient rassembler 200 à 220 participantes - elle demanda à être déchargée d’une partie de son travail à l’hôpital.
Elisabeth Jacolin organisa également des réunions par profession notamment pour les ouvrières cravatières dont les tarifs n’avaient pas été relevés depuis le début de la guerre (quelques-uns avaient même baissé).ou pour les dévideuses de la maison Michallon qui demandaient un relèvement des tarifs. Elle organisa des permanences dans les quartiers ainsi que des cercles d’étude pour les sections syndicales naissantes. Certaines revendications aboutirent, telles celles des dévideuses et deux patrons du Rhône adhérèrent à la semaine anglaise (congé du samedi après-midi et du dimanche).
Son dévouement pendant la guerre fut reconnu : le 1er février 1918, elle reçut du Ministère de la Guerre l’insigne spécial en or décerné aux infirmières qui se sont particulièrement distinguées par leur mérite pendant la guerre.
Le 22 octobre 1917, la Préfecture du Rhône la nomma membre du Comité départemental des salaires en remplacement de Madeleine Carsignol. Elle s’efforça d’obtenir des salaires convenables pour les femmes. A la fin de la guerre, il fallut aussi trouver des emplois pour les ouvrières dans leur profession, voire les former. Ce fut également le retour à l’action sociale locale et régionale, par la formation des responsables syndicaux. Elisabeth Jacolin s’adonna alors à la réorganisation des œuvres sociales féminines dans le cadre local et régional. Elle réussit à regrouper divers organismes et fonda en 1919 l’Association féminine pour l’action sociale dont elle devint vice-présidente.
Pour aider les mères de famille et jeunes filles fatiguées, elle fonda, en 1919, la Colonie de vacances de Chenavel, située dans un hameau de Jujurieux dans l’Ain. Les moyens étaient limités, les logements rudimentaires, mais elle sut donner la dignité, la confiance, l’affection et l’aide morale.
Son important engagement syndical la conduisit à participer, les 22, 23 et 24 mai 1920, au premier Congrès confédéral de la CFTC à Paris.
Elisabeth Jacolin collabora avec la Chronique sociale de France, elle participa aux côtés de Marius Gonin aux travaux du Secrétariat social catholique du Sud-Est et fut membre de la Commission générale des Semaines sociales de France, dont le siège était à Lyon. Elle prit part à la Semaine sociale de Caen en 1920 où elle fit une intervention remarquée puis participa à celle de Strasbourg en 1922 sur le rôle économique de l’Etat.
Le 10 avril 1921, l’Office départemental des pupilles de la Nation, la nomma membre du Conseil d’administration, en qualité de représentante des établissements de bienfaisance privés. Elle reçut la Médaille commémorative de la Grande Guerre, le 19 février 1923, au titre d’ex-infirmière bénévole de l’Association de secours aux blessés militaires.
L’état de santé d’Elisabeth, qui s’était dégradé dès 1922, la paralysa progressivement. Elle termina sa vie dans la propriété que son frère Henri Jacolin venait d’acheter aux « Petites brosses » à Caluire. Marius Gonin lui rendit hommage lors de ses obsèques en louant la « femme de haute culture, remarquable organisatrice, ouverte à tous sans aucun préjugé de classe et d’une grande élévation spirituelle ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232610, notice JACOLIN Elisabeth, Marie, Georgette par André Vessot, version mise en ligne le 5 octobre 2020, dernière modification le 3 octobre 2020.

Par André Vessot

Elisabeth Jacolin à l'hôpital des Chartreux, pendant la guerre 1914-1918
Elisabeth Jacolin à l’hôpital des Chartreux, pendant la guerre 1914-1918
Elisabeth Jacolin, 1916
Elisabeth Jacolin, 1916
Photos communiquées par Edith Metzger, sa petite nièce

SOURCES :
Arch. départementales de la Loire, état-civil. — Arch. départementales du Rhône , fonds UD CFDT, amicale colonie de Chenavel (68 J 002). — Arch. Départementales du Rhône , fonds Elisabeth Jacolin. — Quinze ans d’apostolat social, compilation d’articles d’Elisabeth Jacolin rassemblés par sa mère Marie Jacolin, Imprimerie Express, 46 rue de la Charité Lyon, 1931.— Edith Jacolin-Metzger, Biographie d’Elisabeth Jacolin, février 2008. — BNF Gallica : L’Employé CFTC, janvier 1921, décembre 1924 ; Circulaires CFTC : 31/5/1920, 15/11/1920, 31/12/1920, 25/2/1922 ; Semaine religieuse du diocèse de Lyon : 29/11/1912, 5/12/1918, 24/1/1919, 22/10/1920, 4/2/1921, 4/3/1921, 20/1/1922, 10/3/1922, 15/9/1922, 08/12/1922 — Lectura plus Auvergne Rhône-Alpes : Le Salut Public, 20 et 21/09/1924, 29/10/1924 ; La Croix 22/05/1931 ; Mémorial de la Loire et de la Haute-Loire, 25/05/1931.

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