OTTO Joseph, Auguste [dit Georges ou Le Requin] [Dictionnaire des anarchistes]

Par Dominique Petit

Né le 21 mai 1874 à Paris (XIIe arr.) ; tourneur sur bois, publiciste, fabricant de meubles et antiquaire ; anarchiste parisien.

Otto Joseph Auguste dit Georges. Le Matin 7 février 1914

Né de parents allemands, qui étaient venus s’établir dans le faubourg Saint-Antoine, Joseph, Auguste Otto, en âge de travailler, fit son apprentissage de tourneur sur bois. Fils d’étranger, il acquit la nationalité française par la loi du 26 juin 1889.
Il était le frère de Jean, Jules [dit Henri], né le 14 mai 1878 à Paris (XIIe arr.) lui aussi anarchiste.
De la classe 1894, il tira au sort dans le XIIe arrondissement.
Le 27 avril 1894, Otto père, ouvrier ébéniste, âgé de soixante-quatre ans, demeurant rue de Cotte, refusa de donner 20 francs à Jean, ce dernier entra dans une rage furieuse et s’élança sur son père qu’il renversa à terre, lui labourant le visage a coups de talon.
Mme Otto voulut alors s’interposer mais Auguste, s’élança sur elle et lui porta un coup de tête dans le ventre, qui la fit rouler à terre. En tombant, elle se fit une profonde blessure à la tempe, contre l’angle d’un meuble. Aux cris des blessés, on accourut, mais les deux agresseurs avaient pris la fuite.
M. Demarquay, commissaire de police, les arrêta et les envoya au Dépôt.
Au cours de l’interrogatoire qu’on leur fit subir, ils s’écrièrent à plusieurs reprises : « Vive l’anarchie ! » Ils furent relâchés au bout de quelques jours. Ils rendirent visite, le 3 mais 1894 au Journal qui avait parlé de leur affaire, et déclarèrent que leur arrestation avait été motivée par leurs opinions anarchistes et non par des actes de violence auxquels ils se seraient livrés contre leurs parents, comme le bruit en avait couru. Mais on ne les retrouvait sur aucune liste d’anarchistes arrêtés, dans le cadre de l’application des « lois scélérates ». Leur arrestation relevait plus certainement des violences à l’égard des parents. Selon le Journal : « Les idées nouvelles qu’ils puisent dans ces milieux les ont amenés, outre à ne plus travailler, à frapper leurs parents quand ils refusent de leur fournir de l’argent. »
Auguste Otto figurait sur l’état des anarchistes au 31 décembre 1894 et demeurait 7 rue Rondelet
En décembre 1895, il anima avec son frère Otto Jean dit Henri, le journal Le Rifflard (Paris, 38 numéros, du 16 décembre 1895 au 3 octobre 1896) auquel participait Raoul Mayence. Selon le rapport de l’indicateur Cossé du 1er février 1896 : « Le journal le Riflard, fondé par Otto est devenu un organe de chantage. Otto qui vient de fonder un groupe 58 rue de Charonne, fait appel à tous les compagnons qui peuvent connaître quelques faits compromettants de la vie privée d’un patron et commence aussitôt une campagne qui ne cesse que lorsque le patron est arrivé à contribution.
Ce journal n’avait jusqu’ici attaqué que les patrons de l’ébénisterie mais à l’avenir, Otto mettra son procédé en œuvre contre tout ce qui s’y prêtera. »
Le 4 novembre 1896, il était condamné par le tribunal correctionnel de la Seine à un mois de prison (par défaut) pour diffamation publique.
Il était incorporé le 16 novembre 1896 au 155e régiment d’infanterie.
Le 20 janvier 1897, il était condamné par défaut par la 9e chambre du tribunal correctionnel de la Seine, à un mois de prison et 500 f. d’amende, pour diffamation publique (peine non subie).
Le 1er juillet 1897, manquant à l’appel, il était déclaré déserteur, son service militaire s’interrompait du 17 juillet 1897 au 25 mars 1901.
En mars 1899, il aurait été le rédacteur avec son frère Henri, de la feuille individualiste Le Révolutionnaire, (n°1 du 4 mars 1899, dernier n°20, Juillet 1899) farouchement opposé à Sébastien Faure, Malato et Pouget entre autres et fortement teinté d’antisémitisme. Déserteur en cavale, il n’est pas certain qu’il ait pu beaucoup s’y investir.
Il était passé dans la réserve le 26 mars 1901.
Le 11 août 1906, il était réformé n°2 (endocardite mitrale rhumatismale).
Le juin 1912, Cottereau, dessinateur, 6, rue de la Roquette, était arrêté pour vol d’une applique en forme de palmette, commis au Grand Trianon. Quelques jours après, la palmette était remise en place par une main mystérieuse. Cependant Cottereau avoua qu’il avait emporté la palmette chez son patron, Otto, fabricant de meubles, afin d’en prendre un moulage. Otto se défendit comme un beau diable, prétendit qu’on faisait beaucoup de bruit autour d’une affaire de peu d’importance, alors que nos musées, affirmait-il, regorgeaient de copies adroitement substituées aux originaux.
Otto n’en fut pas moins inculpé pour complicité de vol et laissé en liberté provisoire. Dans la suite, il bénéficia d’un non lieu.
Quant à Cottereau, condamné en juillet à treize mois de prison, il fit appel et, en novembre, fut condamné à six mois de prison avec sursis.
Les, vols n’en continuèrent pas moins et, devinrent même, plus fréquents. On en signalait à Compiègne, à Versailles et à Bagatelle.
Le service de la Sûreté générale redoubla de surveillance et fut amené à s’occuper de Cottereau et d’Otto. Convaincus de vols, ceux-ci furent arrêtés, ainsi que deux autres complices, Marcel Grain, vingt-six ans, sculpteur sur bois, demeurant 17, rue de Prague, et Louis Jérôme, trente-cinq ans, domicilié 29, rue de Cotte.
Joseph Otto, dit Georges dit Le Requin, fabricant de meubles et antiquaire, 63, rue de la Roquette, paraissait être le chef de la bande. Il protesta, toutefois, contre les accusations dont il est l’objet.
Il était marié et père d’un bébé. Très connu dans le monde du meuble, fils d’ébéniste, il avait toujours travaillé dans le faubourg Saint-Antoine, il y jouissait de la réputation d’un artiste. On le rencontrait toujours impeccablement vêtu, fréquentant les établissements de nuit, dépensant largement, collaborant à la rubrique théâtrale d’un petit organe, la Phalange où il écrivait d’amusantes réflexions sur diverses pièces de théâtre.
Mais, pour le Matin, Otto était « dur avec ses ouvriers, hautain avec tout le monde, délaissant sa femme, l’antiquaire n’inspirait confiance à personne. »
Ce portrait peu flatteur était confirmé par Malato : « Après l’affaire Dreyfus, étant devenu, grâce à ses rapines, patron dans le vieux faubourg qui avait vu ses glorieux débuts, ce transfuge de l’anarchisme se faisait un jeu d’exploiter ses ouvriers bien plus cyniquement que n’importe quel bourgeois, les congédiant sans les payer et les assommant s’ils réclamaient. »
Selon le Petit Journal : Otto aurait inculqué à Cottereau « des moeurs inavouables, en même temps, d’ailleurs, qu’il en faisait l’ami intime de sa femme. »
Une perquisition opérée aux domiciles des quatre inculpés avait fait découvrir cent cinquante motifs divers en bronze appliques, culots, rinceaux, palmes, griffons, couronnes et médaillons de tous styles, dont quarante-sept étaient des originaux.
Le procédé de la bande consistait à reproduire les motifs dérobés dans les musées et à vendre les reproductions ainsi obtenues, aux antiquaires de l’étranger.
Au cours des investigations opérées par les inspecteurs de la Sûreté générale, il apparut que les quatre inculpés avaient provoqué, le 18 décembre 1913, un incendie dans l’atelier d’Otto, 10, passage Rauch, dans le but de toucher une prime d’assurance de 90.000 francs.
Pendant douze ans, ses ateliers étaient installés 3, passage Rauch. Il occupait, alors, de nombreux ouvriers. Au mois de mai, puis en décembre 1913, deux incendies éclataient chez lui, détruisant, dans ses établissements, une grande quantité de bois précieux. Otto était assuré. On jasa fort dans le quartier. C’est alors qu’il déménagera et alla s’installer 63, rue de la Roquette.
Le 9 décembre 1914, il était condamné par la cour d’assises de la Seine à 10 ans de travaux forcés et 10 ans d’interdiction de séjour, pour incendie volontaire, escroquerie, vol. Cette peine était commuée en 10 ans de réclusion et 10 ans d’interdiction de séjour par décret du 7 août 1915.
Il purgea sa peine à la maison centrale de Melun et fut mis en liberté conditionnelle le 19 mai 1919. Il s’installa rue de la Chartreuse à Lardy (Essonne)

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232660, notice OTTO Joseph, Auguste [dit Georges ou Le Requin] [Dictionnaire des anarchistes] par Dominique Petit, version mise en ligne le 5 octobre 2020, dernière modification le 5 octobre 2020.

Par Dominique Petit

Otto Joseph Auguste dit Georges. Le Matin 7 février 1914

SOURCES :
Archives de Paris. Registre matricule 2797, classe 1894 — Archives de la Préfecture de police Ba 1500, 1504 — Le Journal 28 avril et 4 mai 1894 — Le Matin 7 février, 20, 21 avril 1914 — Le Petit parisien 7 février 1914 — Les Bandeaux d’or : anthologie de poèmes et prose 1912-12. Gallica — Le Petit Journal 24 novembre 1914 — Mémoires d’un libertaire par Charles Malato. Le Peuple 16 et 17 mars 1938. Gallica — Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983 par René Bianco, Aix-Marseille, 1987.

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