DI DOMENICO Jean, Honoré, Antoine, Jules

Par Renaud Poulain-Argiolas

Né le 27 juillet 1920 à Sospel (Alpes-Maritimes), mort le 21 juin 1998 à La Seyne-sur-Mer (Var) ; électricien ; sympathisant communiste ; résistant ; déporté.

Le père de Jean Di Domenico, Julien Di Domenico, né à Civitella del Tronto (province de Teramo), dans les Abruzzes (Italie), était tailleur de pierres. Sa mère, Marie, Dominique Raibaut, née à Sospel, était cultivatrice. Lors de leur mariage en juillet 1918 à Sospel, seule la mariée et les témoins signèrent le registre d’état civil, le marié et les parents de l’épouse déclarant qu’ils ne savaient pas signer. Jean Di Domenico eut trois frères et sœurs plus jeunes que lui, prénommés Marius, Jeannine et Antoine.

Il est possible qu’il travailla à la raffinerie de Lavéra, à Martigues, avant la Seconde guerre mondiale, car il figure sur une photo d’ouvriers de cette entreprise, réunis autour de Paul-Baptistin Lombard en 1938, l’année où ce dernier fut licencié par la direction.

Électricien réfractaire au STO pendant l’Occupation, il se procura de faux papiers par un membre des FTP, Sauveur Mudadu, qui, en liaison avec Lombard, les obtenait grâce à l’inspecteur de police Vincent Sorrentino, membre des MUR (Mouvements Unis de la Résistance). Par la suite, Di Domenico fournit à son tour des faux papiers aux réfractaires pour le compte du PCF.
André B., un jeune Français qui voulait se soustraire au STO, obtint des papiers par son intermédiaire. Les choses se gâtèrent lorsqu’ André demanda en également pour Hanek, un déserteur allemand qui vivait une histoire d’amour avec sa sœur Blandine. L’inconséquence de Blandine fit qu’ Hanek fut pris par l’armée allemande, puis ce fut le tour d’André.
Selon Jacky Rabatel, Jean Di Domenico fut arrêté le 27 septembre. Hanek fut fusillé, les parents d’André et Blandine condamnés à 6 ans de prison, leurs enfants à 5 et tous déportés en Allemagne.
Di Domenico fut retenu huit jours au siège de la Gestapo à Marseille, frappé à coups de nerf de bœuf. Il fit partie du convoi I.171, parti de Compiègne le 17 janvier 1944 à destination de Buchenwald. On peut en déduire qu’il avait été interné au camp de Compiègne-Royallieu.
L’administration nazie enregistra son arrivée à Buchenwald le 19 janvier 1944. Sur sa fiche figure "BDS Paris" (Befehlshaber der Sicherheitspolizei und des Sicherheitsdienstes), signifiant que c’est le Commandant de la Police de sécurité de l’État et du service de sécurité de la SS de Paris qui avait ordonné cette déportation.
Il devint le détenu politique matricule KL 41129. Les Allemands ont noté le nom de son père, son métier d’électricien et son adresse à Martigues : 17, rue des cordonniers. Les documents d’entrée au camp n’ayant pas été complètement remplis, on peut supposer que son enregistrement fut bâclé, peut-être en raison d’une affectation rapide au camp de Dora (dont le nom barre sa fiche en lettres manuscrites). Un inventaire sommaire de ses possessions liste un bonnet, un veston, un pantalon de ville, une chemise, un slip, un maillot de corps et une paire de chaussures à lacets.
Sur un autre document administratif, on peut lire qu’il était officiellement emprisonné depuis le 26 septembre 1943. D’autres inventaires répertorient le contenu de sa valise : un pull-over, une chemise, un slip, une paire de chaussettes, nécessaire de rasage, des papiers, 3 mouchoirs, 4 sacs, 2 plats, un stylo plume, des babioles, ainsi qu’une bague en argent.

Le 10 février 1944, il était transféré à Dora. Les SS avaient décidé d’y implanter une usine dans un tunnel. Sur le chantier du Tunnel, il retrouva une connaissance de Martigues : Jean Parédes, déporté pour avoir fait grève. Les déportés travaillaient là en deux équipes de douze heures, logés dans des galeries du Tunnel dans des conditions effroyables. Ils sortaient rarement à l’air libre et la mortalité était extrêmement élevée.
De nouvelles dates tamponnées figurent sur ses documents administratifs, notamment celles des 28 et 29 octobre 1944 assorties de « KL Mittelbau », correspondant à l’accession de Dora au statut de camp de concentration à part entière.
La dernière date tamponnée est celle du 5 décembre 1944. Comme Rabatel soutient que Di Domenico fut finalement déporté à Ravensbrück, cette date pourrait être celle de ce dernier convoi.
On sait que Jean Di Domenico revint de déportation en 1945, mais on perd sa trace après cela.

Le site "Mémoire des Hommes" le mentionne comme "déporté et interné de la résistance", membre de la "résistance intérieure française" et du mouvement Front national. Dans les archives du Service historique de la Défense de Vincennes une cote contient des informations sur lui (GR 16 P 184845). C’est également le cas dans celles du Service historique de Caen (AC 21 P 626309).

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232700, notice DI DOMENICO Jean, Honoré, Antoine, Jules par Renaud Poulain-Argiolas, version mise en ligne le 5 novembre 2020, dernière modification le 20 novembre 2020.

Par Renaud Poulain-Argiolas

Di Domenico avec des ouvriers de Lavéra en 1938
Di Domenico avec des ouvriers de Lavéra en 1938
Les ouvriers de la raffinerie ont offert une statuette à Paul-Baptistin Lombard (au centre, derrière les fleurs). Jean Di Domenico est le premier à droite derrière lui.
Fiche d'entrée au camp de Buchenwald
Fiche d’entrée au camp de Buchenwald

SOURCES : Jacky Rabatel, Une ville du Midi sous l’Occupation : Martigues, 1939-1945, Centre de Développement Artistique et Culturel, 1986 (p. 189, 220). — Année 1918, État civil, Actes de mariage, Mairie de Sospel, Arrondissement de Nice, Département des Alpes-Maritimes, Acte N°15 : Di Domenico Julien et Raibaut Marie, Dominique. — Service international de recherches à Arolsen. — Livre-Mémorial de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation. — Mémoire des Hommes, SHD Vincennes, GR 16 P 184845 (nc) ; SHD Caen, AC 21 P 626309 (nc).

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