BRANCHEREAU Jean-Claude

Par Jean-Paul Salles

Né le 7 juin 1955 à Paris (XXe arr.) ; militant de l’ORA puis de la LCR (1978-89) et du PS (2000-2017) ; employé de banque ; syndicaliste à la CFDT (1974-2004), secrétaire général de la Fédération des Banques, membre du Conseil national ; à partir de 2005, militant de la Fédération Banque-Assurance de la CGT, membre du secrétariat jusqu’en 2013.

Aîné de trois enfants, Jean-Claude Branchereau est né au cœur du Paris populaire, dans le XXe arrondissement. Son père était électricien dans le bâtiment au travail dès l’âge de quatorze ans, sa mère était mécanographe. Il fut scolarisé à l’école primaire rue de Tlemcen, puis au collège Henri Chevreau, sur la colline de Ménilmontant. La grève générale de mai 1968 se déroula alors qu’il était en classe de cinquième. Avec d’autres élèves, ils demandèrent la suppression des cours de morale et d’instruction civique et leur remplacement par des exposés faits par eux-mêmes. Un professeur bienveillant permit, l’année suivante des exposés sur l’anarchisme, le communisme, réalisés notamment à partir de bandes dessinées publiées par le journal Pilote. Il fit ses classes de première-seconde-terminale, en série scientifique, au Lycée Arago, dans le XIIe arrondissement. Ce furent des années de forte mobilisation lycéenne, marquées par des grèves et des manifestations auxquelles il participa. En 1971, les lycéens manifestèrent contre l’arrestation de Gilles Guiot, élève de prépa scientifique, injustement emprisonné. Également ils furent solidaires de Richard Deshayes, un militant d’extrême gauche de l’éphémère Front de Libération des Jeunes, qui avait perdu un œil à la suite d’un tir de grenade à bout portant, le 9 février 1971. Au printemps 1973, la loi Debré supprimant les sursis militaires fut la cible de puissantes manifestations lycéennes à Paris et dans toute la France. Il participa aussi au soutien des mal logés qui squattaient des maisons vides, avec des militants de la Cause du Peuple, et il manifesta le 21 juin 1973 contre le meeting d’Ordre Nouveau à la Mutualité. Mais c’est surtout avec les militants de l’Organisation révolutionnaire anarchiste (ORA) qu’il eut le plus d’affinités, dès 1973. Les discussions avec des militants anarchosyndicalistes, comme Jacky Toublet (de la CGT des Correcteurs), ou avec Olivier Sagette, Patrice Spadoni et Thierry Renard (futur responsable de Solidaires) le persuadèrent de l’importance du travail de masse dans les syndicats. Sa rencontre avec le militant libertaire Daniel Guérin, avec lequel il participa au journal Lutte antimilitariste, fut également fondatrice. Faisant son Service national d’avril 1975 à fin mars 1976, il participa à la rédaction de tracts protestant contre l’utilisation des soldats pour briser une grève d’éboueurs. Quand une majorité de ses camarades libertaires décida de construire l’Union des travailleurs communistes libertaires (UTCL), qui devint plus tard Alternative libertaire, lui-même, attaché à l’unité des révolutionnaires – qui avait montré son efficacité aux municipales de 1977 – s’orienta avec d’autres vers la LCR. Certes des désaccords subsistaient avec les militants trotskystes, notamment sur la nature de l’URSS. Mais l’adoption de la résolution « Démocratie socialiste et dictature du prolétariat » (Mai 1978) par le Secrétariat unifié de la Quatrième Internationale dont la LCR était la section française, acheva de le convaincre, lui l’anti-autoritaire, que cette organisation avait évolué sur les questions de démocratie et d’autogestion. La lutte des Lips, pensait-il, n’y était pas étrangère.
Il avait été embauché à la Société générale en novembre 1973. Il se forma dans une agence de Seine-Saint-Denis. Employé au salaire modeste, affecté à des tâches répétitives, il participa aux grandes manifestations qui scandèrent l’impressionnante grève nationale des banques qui surgit en 1974, appelée parfois « le Mai des Banques ». Parti des ateliers de mécanographes au Crédit lyonnais en février 1974, le mouvement se répandit en tâche d’huile parmi cette main d’œuvre très jeune et féminine. La grève avait débuté sur des revendications classiques, augmentation des effectifs, augmentations des salaires égales pour tous. Elle se généralisa aux autres banques, la Société générale, la BNP, le Crédit du Nord … Elle dura sept semaines, se traduisit pas des occupations d’agences, d’immeubles, et fut menée selon des modalités nouvelles : souveraineté des Assemblées générales et importance des Comités de grève élus par le personnel gréviste, syndiqués et non syndiqués. La CGT fut réticente, au contraire de FO (à laquelle adhérait la jeune employée du Crédit lyonnais Arlette Laguiller) et surtout de la CFDT, à laquelle plusieurs milliers de grévistes donnèrent leur adhésion, dont Jean-Claude Branchereau. Entre 1974 et 1975, les effectifs de la Fédération CFDT Banques passèrent de 9000 à 17000. En accord avec des syndicalistes de la LCR sur leur action syndicale, il donna son adhésion à l’organisation trotskyste peu après, en 1978. Un syndicaliste expérimenté, Alain Bonnet, syndicaliste au Crédit du Nord puis dirigeant de la CFDT des banques, contribua à sa formation. Avec lui et avec une majorité des sections syndicales parisiennes, ils s’opposèrent aux méthodes anti-démocratiques de la direction de la CFDT. Ainsi, en janvier 1978, 1000 adhérents de la CFDT-BNP Paris furent suspendus puis exclus du syndicat. À ces militants très actifs, parfois membres de diverses organisations d’extrême gauche, la direction reprochait « d’avoir succombé à la tentation néo-marxiste […] le risque le plus sérieux pour l’identité de la CFDT » (Edmond Maire cité par Paule Masson, coord., 2008, p.117). Estimant qu’il y avait déjà trop de syndicats, il fut de ceux qui déconseillèrent à ces militants exclus de créer un autre syndicat, autonome, le Syndicat démocratique des banques (SDB). Encore militant de la LCR, il fit signer dans son entreprise l’appel de « l’Union dans les luttes » qui avait été lancé en décembre 1979 par des syndicalistes, des socialistes unitaires et des communistes opposés au raidissement de la direction de leur parti vis-à-vis du PS, qui à terme risquait de remettre en cause la victoire de la gauche aux présidentielles de 1981 (Adam et Coustal, 2019, p.322 et sq.). Il s’opposa aussi à la politique de la direction de la Confédération CFDT qui semblait abandonner peu à peu le thème de l’autogestion au profit d’un réformisme classique. Cette orientation, le « recentrage », à laquelle le nom du secrétaire général Edmond Maire est attaché, semblait, aux yeux de ces jeunes militants, une renonciation à toute ambition de transformation sociale à la veille de l’arrivée de la gauche au gouvernement. En 1981, ils participèrent au 1er mai unitaire pour « battre Giscard, pour le désistement ». L’installation des partis de gauche au pouvoir fut saluée par ces militants, mais les hésitations sur le passage aux 39 heures sans perte de salaire et le tournant vers la rigueur en 1983 les conforta dès le début sur la nécessité des luttes sociales. Une grève longue et unitaire eut lieu en 1984, pour des grilles d’augmentations automatiques des salaires, notamment afin de reconnaître les compétences acquises. Menée selon les modalités mises en pratique en 1974 (AG souveraines et Comités de grève), elle eut des résultats mitigés mais illustra cette volonté de créer un rapport de forces, seul moyen d’obtenir la victoire. Après le retour de la droite au gouvernement en 1986 (première cohabitation), les banques retournèrent au privé et commencèrent à supprimer des postes, à fermer les agences considérées comme non rentables. La Société générale se lança elle aussi dans cette politique de réduction des coûts et du réseau bancaire. Elle récidiva en 1992 alors qu’elle faisait des profits importants. Jean-Claude Branchereau et ses camarades n’hésitèrent pas à monter une « opération commando » un week-end, cueillant à froid les directeurs en réunion dans un hôtel de luxe à Deauville. Ce fut la première initiative coup-de-poing, suivie d’autres, menées en intersyndicales. Après des pétitions, des grèves, des exposés argumentés aussi (avec utilisation de transparents, comme le faisait la direction !), celle-ci dut retirer son plan de licenciement et des agences furent sauvées. Cependant, en 1993 le régime de retraite particulier aux employés de banque fut supprimé. Ils rejoignirent le régime général et les complémentaires.
Tout en gardant des contacts jusqu’en 1992, il prit ses distances avec la LCR en 1988-1989, lassé par des campagnes minorisantes et ce qui lui apparaissait comme l’abandon d’une politique unitaire. Parallèlement, son engagement dans le syndicat, déjà important, s’accrut. Il prit un mi-temps syndical pour s’occuper de la région Île-de-France de la Société générale. En 1992, il accepta d’être délégué syndical national. Son implication à la CFDT fut de plus en plus grande. En 1995 il se retrouva co-responsable de la branche Association française des Banques (AFB, le syndicat patronal) à la Fédération des banques CFDT. Il travailla en bonne intelligence avec le secrétaire général Jean-Luc Wabant, notamment sur la question de la réduction du temps de travail (RTT) jusqu’en 1995 où le congrès fédéral choisit un secrétaire général issu des Caisses d’Épargne : Bernard Dufil. Après les luttes de l’automne 1995 qui avaient vu les cheminots de la CFDT descendre dans la rue contre le Plan Juppé alors que Nicole Notat l’approuvait, il fut favorable à l’adhésion à « Tous ensemble », qui regroupait une bonne partie de l’opposition interne. La majorité de ses amis de la fédération ne le suivit pas, mais ce ne fut pas un motif de division car il y avait accord sur le fond. Début 1998, les banquiers avaient décidé de dénoncer la Convention collective. Allaient suivre plusieurs années de luttes et de négociations qui ne suffiront pas à conserver les acquis. Mais l’expérience de travail unitaire entre les cinq fédérations fut riche. À l’occasion de ces luttes, il fut aspiré à l’exécutif fédéral. Élu au Conseil fédéral par le congrès de 1999, il devint secrétaire général-adjoint de la Fédération. Siégeant à ce titre au Conseil national, il fut le témoin des fortes tensions existant entre les fédérations et les régions hostiles à l’orientation de Nicole Notat (secrétaire générale de 1992 à 2002). De plus, le reproche était fait à Nicole Notat de s’être maintenue alors que le congrès de Montpellier (1995) avait voté majoritairement contre son rapport d’activité.
Peu après, il adhéra au PS (en 2000-02) dans le but de renforcer son aile gauche. Il y sera très peu actif, alors qu’il poursuivait son activité au syndicat, devenant secrétaire général de la Fédération des Banques au congrès de Loctudy en 2002, malgré une opposition soutenue par l’appareil confédéral. Un nouveau conflit sur les retraites éclata au cours de son mandat. Il sera un accélérateur de la crise de la CFDT. En septembre 2003, il signait un texte avec Philippe Bourgallé, secrétaire général de la Fédération CGT des secteurs financiers, dans le journal La Tribune. Ils appelaient à « faire le pari d’un renouveau syndical », à en finir avec les faux clivages hérités du passé. La Fédération CGT des secteurs financiers répondit favorablement à une énorme majorité à cet appel. Elle décida de se dissoudre, permettant ainsi l’organisation d’un congrès, en 2005, pour la construction, avec la direction et de très nombreux militants actifs des syndicats de la Fédération des banques CFDT d’une nouvelle Fédération Banque-Assurance CGT. Environ 1500 militants de la fédération CFDT avaient fait ce choix, Jean-Claude avec plusieurs de ses amis se retrouvèrent membres du secrétariat de la nouvelle organisation. Cette arrivée entraîna une forte augmentation des adhésions. Il resta en responsabilité jusqu’en 2013. Début 2014, il cessa tous ses mandats. Il était déçu par un fonctionnement trop peu démocratique et avait plusieurs désaccords de fond. En 2006, il était désormais militant du PS en Seine-Maritime, où il habitait auprès de sa compagne. Membre du Bureau fédéral jusqu’en juin 2015, il avait rejoint la sensibilité de Gérard Filoche, la Gauche socialiste. Ayant appelé publiquement à préférer le candidat communiste - soutenu unitairement - à la députée du PS sortante, aux élections législatives de 2017, il fut exclu du parti socialiste. Aux élections municipales de 2020, il fut candidat à Sotteville-lès-Rouen (Seine-Maritime) en 13e position sur la liste « Ensemble pour Sotteville », liste citoyenne unitaire soutenue par EELV, Ensemble, la France Insoumise, la Gauche démocratique et sociale, Génération.s et le PCF. Elle obtint 25,36% des voix au premier tour et 27,48% (5 élu.e.s) au second tour. Elle fut devancée par la liste Divers Gauche dirigée par Luce Pane, maire sortante, adhérente au Parti socialiste.
Considérant que l’idée selon laquelle les syndicats détiennent seuls la bonne parole est une conception d’un autre âge, il fut toujours très à l’écoute des salariés, prêt au débat. Ainsi, dit-il, « les objectifs revendicatifs partagés sont construits à partir des propositions syndicales comme des expressions des salariés eux-mêmes ». Avec l’existence d’intersyndicales solides, c’est la condition de grèves massives et victorieuses, pense-t-il (Paule Masson, coord., 2008, p.124-5).

Œuvre : -articles ou interviews dans la revue mensuelle Démocratie & Socialisme ; -participation au blog Syndicollectif.fr ; -avec Patrick Brody, 21e siècle. Syndicalisme : cinq défis à relever, Syllpese, 2014.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232817, notice BRANCHEREAU Jean-Claude par Jean-Paul Salles, version mise en ligne le 9 octobre 2020, dernière modification le 9 octobre 2020.

Par Jean-Paul Salles

Dans une réunion de la CGT à Montreuil.
Dans une réunion du Parti socialiste, 3e à partir de la gauche. Au pupitre, Gérard Filoche.

SOURCES : -Document de cinq pages, envoyé par J.-Cl. Branchereau, été 2020 et plusieurs échanges par mèls en septembre-octobre 2020 ; -"Démocratie socialiste et Dictature du prolétariat, résolution du SU de la Quatrième Internationale, mai 1978, 32 p. — Arlette Laguiller, Moi, une militante, Éditions Stock (J’ai lu), 1974, notamment les pages 99-114 sur « La grève de février 1974 ». — Paule Masson, coord., Syndicalistes ! De la CFDT à la CGT, Syllepse, 2008. — Hélène Adam, François Coustal, C’était la Ligue, Syllepse, 2019.

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