SORIEUL Marcel, Louis, Auguste. Pseudonyme littéraire : RIEUL Marceau

Par Anne Bidois

Né le 25 février 1900 à Bolbec (Seine-Inférieure, Seine-Maritime), mort le 21 novembre 1977 au Havre (Seine-Maritime) ; typographe, linotypiste, correcteur ; secrétaire général du syndicat du livre du Havre de 1935 à 1939 puis de 1945 à 1965, président de la société de Secours Mutuel de la typographie havraise de 1946 à 1965, administrateur de la Caisse de retraite de la Presse de Province de 1955 à 1965, secrétaire adjoint de la section des Retraités du Livre de 1971 à 1977 ; auteur de contes en cauchois et de pièces de théâtre.

Marcel Sorieul (ˆ gauche) et Charles Jacky, 1965, arch. fam.
Marcel Sorieul (ˆ gauche) et Charles Jacky, 1965, arch. fam.

Fils d’un père artisan couvreur à Bolbec, Marcel Auguste Sorieul, et d’une mère tisserande puis contremaitresse dans l’usine textile Tetlow, Pauline Louise Tasserie, Marcel Sorieul fut très tôt sensibilisé à la question ouvrière, assistant aux grèves et conflits qui secouent notamment l’industrie textile dans les années 1918-1919. Son père lui transmit l’amour des livres, il suivit une scolarité exemplaire à l’école communale où il obtint le certificat d’études primaires puis, à partir de 1911, un apprentissage de la typographie chez l’imprimerie Lasne qui édite le Progrès de Bolbec. Il épousa, en 1925, Marthe Godefroy, jeune femme placée depuis ses 13 ans, comme repasseuse dans la famille Forthomme, propriétaire du tissage à Bolbec. De cette union, nait en 1929, une fille, Sylvette.
Arrivé au Havre en 1922, il travailla pour le Journal Le Havre Éclair et devint successivement linotypiste et correcteur à l’imprimerie de la Presse.
Sa carrière de militant syndical commença dès son apprentissage dans l’imprimerie Lasne de Bolbec. Puis, en 1935, succédant à André Vaillant, il fut élu secrétaire général de la Chambre syndicale typographique havraise et devint un fervent défenseur de l’unité syndicale. Avec Charles Jacky de la CGTU, ils jouèrent tous deux alors un rôle déterminant pour organiser l’unité syndicale en 1936 et prirent la direction de la XIe section, 16e groupe de la Fédération française des travailleurs du livre. Sur une photographie d’une manifestation de 1936, conservée dans les archives familiales et syndicales, Marcel Sorieul et les anciens confédérés portent le chapeau, pendant que Charles Jacky et ses camarades unitaires arborent la casquette, subtile distinction dans ce milieu d’ouvriers fiers de leur qualification et de leur unité retrouvée. Ils signèrent durant cette période le contrat collectif de travail en 1937. Tous deux évitèrent aussi la scission en 1947 alors que le départ des ministres communistes du gouvernement Ramadier engendre localement de houleuses discussions. A l’occasion de la fête pour son départ à la retraite, en janvier 1966, il conclut encore son discours en encourageant « les jeunes à continuer dans la voie de l’unité syndicale ». Dans l’histoire du syndicat du livre havrais, il demeure une figure associée à cette recherche de l’unité syndicale et est cité dans les discours et écrits en ce sens. Marcel Sorieul occupa cette fonction jusqu’à son départ à la retraite en 1965. Le binôme qu’il formait avec Charles Jacky fut alors remplacé par une équipe formée par Jean Lacrique, Jean Denise et Pierre Hamet.
Il était également président de la Caisse mutuelle de la typographie à partir de 1945 et administrateur de la Caisse de retraite de la presse de province dès 1955. En 1971, il fonda la sous-section des retraités du livre de la XIe section du livre et en devient secrétaire adjoint. Il reçut la médaille d’or des syndicats professionnels en 1965.
Cette carrière professionnelle et militante fut interrompue par la guerre, entre septembre 1939 et mai 1945 : fait prisonnier dès juin 1940, il séjourna en Allemagne jusqu’au printemps 1945. Il devint membre de l’association des anciens combattants prisonniers de guerre du Havre par la suite. Durant sa captivité, il écrit plusieurs pièces de théâtre dont l’intrigue se déroulait tantôt dans un secrétariat de rédaction, tantôt dans un syndicat, Le chien écrasé, le Jour béni, A l’ancien Gefang et constitua avec quelques prisonniers une troupe qui se représente régulièrement. D’autres pièces furent publiées après-guerre par extraits dans la presse havraise. Il signa également des contes cauchois qui paraissaient dans la presse havraise tous les samedis, comme le "Grand match des GDB" et d’autres, en partie, réunis dans Arseine Toupétit (1965) ; enfin, il se produisit ponctuellement comme lecteur de « cauchoiseries » et « bonnes histouées glanaies par-chi par-là ». Auteur inlassable, il proposa même un scénario de film à TF1 en 1975.
Sorieul aimait les mots. On le compte parmi les premiers espérantistes diplômés français dès l’entre-deux-guerres. Plus tard, cruciverbiste confirmé, il rédigeait les mots croisés dans le journal. Ce fut également durant sa captivité qu’il se passionna initialement pour la mycologie. Désireux d’améliorer sa situation dans le Stalag XC, il « apprend les champignons ». Il devint ensuite membre réputé pour son expertise puis administrateur de la Société Linnéenne de Seine-Maritime. Signant sous son pseudonyme, il rendait régulièrement compte des activités de la société savante, expositions, fêtes, conférences, dans la presse locale.
Marcel Sorieul aimait se présenter comme un homme libre se réappropriant la formule de Camus « Ici vit un homme libre, personne ne le sert ».

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article232857, notice SORIEUL Marcel, Louis, Auguste. Pseudonyme littéraire : RIEUL Marceau par Anne Bidois, version mise en ligne le 10 octobre 2020, dernière modification le 10 octobre 2020.

Par Anne Bidois

Marcel Sorieul (ˆ gauche) et Charles Jacky, 1965, arch. fam.
Marcel Sorieul (ˆ gauche) et Charles Jacky, 1965, arch. fam.
Marcel Sorieul, sd, arch. fam.
Marcel Sorieul, sd, arch. fam.
L'Unité syndicale retrouvée [Marcel Sorieul à gauche de la pancarte], 1936, arch. fam., arch. syndicales CGT Le Havre.
L’Unité syndicale retrouvée [Marcel Sorieul à gauche de la pancarte], 1936, arch. fam., arch. syndicales CGT Le Havre.

ŒUVRE : Arseine Toupétit, ses meilleures histouèes cauchoises, Fontaine-le-Bourg : Le Pucheux, 2004 ; - Arseine Toupétit, Le Havre : Impr. De la Presse, 1965

SOURCES : Archives familiales ; - Archives de la XIe section du livre CGT du Havre ; - Archives personnelles de Pierre Louvard.

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