COTINAUD Léonce

Par Rolf Dupuy, Thierry Bertrand

Né le 28 décembre 1863 à Beaulieu-sur-Sonnette (Charente) ; ouvrier menuisier ; anarchiste à Marseille et en Algérie (colonie anarchiste de Tarzout).

Son père se prénommait Pierre, il était tailleur d’habits, et sa mère, Marie Marchives.

Léonce Cotinaud avait commencé à militer à Lyon avant de se fixer à Marseille au début de l’année 1886. Cette même année il se trouvait à Toulouse et fit la connaissance de Fourgatia Jean-Paul.
A Marseille il demeurait alors 5 rue des Honneurs, au 1er étage, où il habitait avec sa sœur Amélie et son beau-frère Henri Tricaud venus également de Lyon. Ce logement servait de salle de rédaction au premier journal bilingue du mouvement anarchiste : L’International Anarchiste (Marseille, 4 numéros du 16 octobre au 6 novembre 1886) dont Cotinaud assurait la gérance. Ce journal était imprimé au 21 de la rue Thiars ; il faisait la promotion du vol et de l’incendie.
Le comité de rédaction était composé de L. Cotinaud, Justin Mazade, Alexandre Tressaud et Henri Tricaud pour la partie française et de Nicolo Converti et Ugo Acquabona pour la partie italienne. Les rédacteurs organisèrent aussi un cycle de conférences auquel participa, entre autres, Joseph Tortelier.
Les difficultés financières ne tardèrent pas à arriver pour le journal, les fonds manquèrent rapidement, et après la publication du second numéro, au cours de la réunion du 21 octobre à la Buvette du Caveau située sur la Place d’Aix, la rédaction lança une souscription auprès des compagnons anarchistes, ce qui permit la sortie du troisième numéro, le samedi 30 octobre.

C’est également chez Cotinaud que se réunissaient, le lundi et le vendredi, les membres du Groupe d’Etudes sociales.
Cotinaud reçut cinquante exemplaires de l’Indicateur Anarchiste et s’employa à les faire circuler parmi les compagnons de Marseille.

Après la disparition du journal, Cotinaud avait continué à militer au sein du mouvement local, puis il partit pour l’Algérie.
A Tarzout, en Algérie, Paul Regnier, ingénieur et architecte, acheta en 1888 un terrain vers El Marsa et y créa une colonie libertaire. Cotinaud assez rapidement vint s’y installer.
A Alger, il a connu Moulines qui vint plus tard à Tarzout pour apprendre l’agriculture. Quand il apprit que Mollet Gustave avait abandonné sa sœur, Amélie en 1888, il décidait de rompre les liens avec lui.
A Tarzout il connut Combard (Brunot) et lui permit de déserter en lui prêtant son livret militaire. Celui ci le remercia dans une lettre du 8 mai 1889.
Cotinaud était en relation avec les anarchistes et déserteurs réfugiés à Genève.

Le 12 janvier 1891 il écrivit une lettre à ses parents dans il exprimait certaines de ses idées. Notamment que « l’ouvrier qui produit donne tout au patron et qu’il n’y a qu’une solution « la vengeance par la mitraille, le feu ou la dynamite ». La terre appartient à tous. Les bourgeois sont pourris. ».

Début janvier 1894, la ferme où il résidait fut l’objet d’une perquisition où la police avait saisi une abondante correspondance. Cette perquisition avait été faite dans la foulée de celles effectuées aux fermes de Paul Regnier à Tazrout et d’André Reclus à Tenes et dans lesquelles plusieurs compagnons - dont Xixonnet, Jean Cheitanov, Tracol... - furent arrêtés.
L’idée de la justice était d’inculper de crime d’association de malfaiteurs Boisson, Cheitanov, Xixonnet, Lopez, Regnier, André Reclus, Tracol et Cotinaud. Pour les policiers il était évident que ce regroupement d’anarchistes, à Tarzout, appartenant à des nationalités différentes n’était pas le fait du hasard. Suite aux perquisitions ils en avaient conclu que la ferme Regnier comme la ferme Reclus, étaient « des asiles sûrs et toujours ouverts aux gens les plus suspects ». Ils craignaient que l’entente entre les colons de Tarzout d’une part et des anarchistes de Genève ou de France, d’autre part, n’aurait pas eu pour objet « de préparer ou de commettre des crimes contre les personnes ou les propriétés ». La correspondance saisie chez Cotinaud permit d’obtenir certains renseignements sur les déserteurs présents à Genève.
En avril 1921 Cotinaud se trouvait toujours à Tarzout.

Pour citer cet article :
https://maitron.fr/spip.php?article233354, notice COTINAUD Léonce par Rolf Dupuy, Thierry Bertrand, version mise en ligne le 26 octobre 2020, dernière modification le 24 août 2021.

Par Rolf Dupuy, Thierry Bertrand

SOURCES : Arch. Dép. Bouches-du-Rhône M6/3392, 3393, 4476, 4689 B. VO T 4/26. — Arch. Dép. Haute-Garonne 11 R 130. — Arch. Nat. BB 186450, F/7/12509, F7/12518. — R. Bianco « Le mouvement anarchiste à Marseille.. », op. cit. — R. Bianco « Un siècle de presse… », op. cit. — Bettini "Bibliografia...", op. cit.— Les Temps Nouveaux, 1er avril 1921.

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